Photo par MALIK KONATE / AFP

Le Mali, dans la tourmente depuis 2012

Le Mali, où des militaires ont pris mardi le contrôle d’une garnison proche de Bamako, a vu le nord de son territoire tomber en 2012 aux mains des jihadistes, partiellement chassés par une intervention internationale initiée en 2013 par la France.

Malgré les interventions étrangères, les violences jihadistes, souvent mêlées à des conflits communautaires, se poursuivent et se sont même étendues depuis 2015 au centre du Mali et aux pays voisins, Burkina Faso et Niger.

Les jihadistes s’emparent du Nord

Le 17 janvier 2012, la rébellion touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et d’autres combattants rentrés de Libye lancent une offensive dans le Nord, marquée notamment par le massacre de dizaines de soldats à Aguelhok. Le 22 mars, des militaires renversent le président Amadou Toumani Touré, accusé d'”incompétence” face aux rebelles.

Fin mars, les rebelles indépendantistes prennent le contrôle des trois régions du Nord: Kidal, Gao puis Tombouctou. Ils sont vite évincés par leurs alliés islamistes associés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), dont Ansar Dine, dirigé par le chef touareg Iyad Ag Ghaly.

Au nom de la charia (loi islamique), les jihadistes pratiquent amputations et lapidations, interdisent le football, la musique, l’alcool… Ils détruisent aussi des mausolées de saints musulmans à Tombouctou, qui seront ensuite reconstruits grâce à l’Unesco.

Opérations Serval et Minusma

Le 11 janvier 2013, la France lance l’opération Serval pour enrayer la progression des jihadistes, qui évacuent trois jours plus tard les grandes villes du Nord. Fin janvier, les soldats français et maliens reprennent Gao, entrent sans combat dans Tombouctou, avant de prendre le contrôle de l’aéroport de Kidal, zone ensuite “sécurisée” par quelque 1.800 Tchadiens.

Trois semaines après le début de l’intervention française, le président François Hollande est accueilli en libérateur. Le 1er juillet, la Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) est lancée, prenant le relais d’une force panafricaine.

Barkhane remplace Serval

Le 11 août 2013, Ibrahim Boubacar Keïta, dit “IBK”, est élu président. En mai 2014, l’armée malienne subit une cuisante défaite à Kidal, face à des groupes rebelles touareg et arabes qui reprennent le contrôle de la ville.

Le 1er août, l’opération Serval est remplacée par Barkhane, qui mobilise initialement 3.000 soldats français à travers le Sahel (5.100 hommes actuellement). En mai-juin 2015, un accord de paix est signé par le camp gouvernemental et les rebelles séparatistes du Nord.

Troubles jihadistes

Mais le pays reste en proie aux violences des groupes jihadistes, aux tensions intercommunautaires, fomentées ou attisées par ces mêmes jihadistes, et aux trafics de toutes sortes qui ébranlent l’autorité de l’Etat. Les attaques se multiplient contre les forces maliennes ou étrangères, ainsi que contre des lieux fréquentés par des étrangers, y compris à Bamako.

En mars 2017, les jihadistes liés à Aqmi, dont les groupes de l’Algérien Mohktar Belmokhtar et du prédicateur radical peul Amadou Koufa, se fédèrent en un “Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans” (GSIM), dirigé par Iyad Ag Ghaly. Cette coalition a depuis revendiqué la plupart des attentats dans cette partie du Sahel.

En janvier 2020, le président français Emmanuel Macron et ses homologues du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) décident de coordonner leur action militaire en la concentrant sur la zone des “trois frontières” (Mali, Niger, Burkina), et en visant en priorité l’EIGS (Etat islamique au Grand Sahara).

Paris a revendiqué la “neutralisation” de plusieurs dizaines de jihadistes, dont en juin l’émir d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), l’Algérien Abdelmalek Droukdal, figure du jihadisme dans la région depuis 20 ans.

Contestation

En mars-avril, des législatives sont organisées, malgré le coronavirus. Le chef de l’opposition, Soumaïla Cissé, est enlevé juste avant le premier tour alors qu’il était en campagne pour les élections dans le centre du pays.

Le camp présidentiel sort majoritaire mais affaibli de ces élections. Le 30 avril, la Cour constitutionnelle inverse une trentaine de résultats, dont une dizaine au profit du parti de M. Keïta, attisant la colère de l’opposition.

Le 5 juin, une manifestation de dizaines de milliers de personnes marque le début d’un mouvement de contestation contre le président Keïta. Une coalition d’opposants, de responsables religieux et de personnalités de la société civile demande depuis la démission du chef de l’Etat en l’accusant notamment ainsi que son entourage de corruption et de népotisme.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.