Joel Aïvo - Agrégé de droit Ph: Bénin Times

Bénin – Présidentielle 2021: Joël Aïvo compte déverrouiller le parrainage

Le système de parrainage est le nœud gordien dressé sur le chemin des aspirants à la fonction présidentielle. Ce blocage, le professeur Joël Aïvo, potentiel candidat à cette élection compte bien le contourner.

Dans un échange qu’il a eu ce jeudi 13 Août 2020 en vidéoconférence avec des béninois de la diaspora, le professeur Joël Aïvo a partagé ses préoccupations sur la situation actuelle du pays et à laisser dévoiler ses perspectives. Convaincus de la nécessaire pour le Bénin de construire un nouveau pacte national, les initiateurs de cette réunion virtuelle ont voulu savoir si l’agrégé de droit public peut être l’homme de la situation. Dans ses interventions, ce dernier a justifié sa motivation et a levé un coin de voile sur ce qui constitue sur les perspectives heureuses qu’il envisage pour le Bénin.

A la question de savoir comment le potentiel candidat à l’élection présidentielle de 2021 compte faire pour contourner le parrainage qui s’érige sur le chemin comme une barrière pour les potentiels challengers de l’actuel locataire de la Marina, l’ancien président de l’association béninoise du droit constitutionnel affirme qu’il a sa stratégie pour déverrouiller ce blocage.

“Nous allons utiliser toutes les ressources constitutionnelles pour déverrouiller le parrainage”, a laissé entendre le constitutionnaliste sans autres détails.

Quid du parrainage dans le contexte actuel où l’opposition est absente ?

Dans une tribune publiée en début de semaine, l’agrégé de droit, le professeur Ibrahim Salami s’est penché sur la question du parrainage qui capitalise depuis un moment toutes les énergies et constitue un casse-tête pour les potentiels candidats à l’élection présidentielle de 2021. Selon l’homme de droit, dans le contexte politique actuel où l’opposition est inexistante au parlement et insignifiante dans les mairies, il y a lieu de s’interroger sur les implications juridico-politiques que peut avoir le parrainage sur le système électoral.

Spécifiquement, les partis qui s’affichent comme étant de l’opposition pourront-ils participer au scrutin présidentiel de 2021 ? Plus généralement, le parrainage tel qu’il est conçu au Bénin renforcera-t-il les acquis démocratiques ou les fragilisera-t-il davantage ?

Les ambiguïtés juridiques du parrainage

Pour apporter réponse à ces préoccupations, Me Salami examine les enjeux juridiques du parrainage présidentiel et ses ambiguïtés politiques. Pour lui, dans l’histoire constitutionnelle et politique du Bénin, le parrainage est une innovation qui trouve sa source dans la version modifiée de la Constitution béninoise du 11 décembre 1990 par la loi n° 2019-40 du 07 novembre 2019.

Son nouvel article 44 in fine dispose que le candidat à l’élection présidentielle doit être « parrainé par des élus dans les conditions et suivant les modalités fixées par la loi », précise-t-il. A sa suite, la loi 2019-43 portant Code électoral apporte des précisions relatives au seuil à atteindre pour valider sa candidature et à la qualité du parrain.

Pour ce qui est de la détermination du seuil de parrainage, Me Salami fait remarquer que le nombre d’élus-parrains est fixé par le Code électoral. L’article 132 de la loi 2019-43 dispose en effet : «Nul ne peut être candidat aux fonctions de président de la République ou de vice-président de la République s’il (…) est dûment parrainé par un nombre de députés et/ou de maires correspondant à au moins 10% de l’ensemble des députés et des maires ».

Pour l’agrégé de droit, il découle de ces dispositions que le seuil à atteindre pour être candidat aux élections présidentielles est au moins 10% d’accords de parrainage de l’ensemble des députés et/ou des maires du Bénin. « Il s’agit non d’un collège électoral mais d’un collège de parrainage qui procède de la combinaison des élus nationaux et locaux« , indique-t-il.

Ainsi, suivant la configuration institutionnelle actuelle, on dénombre 160 parrains au total, soit 77 maires et 83 députés. Le tableau de parrainage se décline alors comme suit :
soit par 16 députés,
soit par 16 maires,
soit une combinaison de 16 élus (députés et maires). En conséquence, indique-t-il, les duo aspirants à la magistrature suprême qui n’auront pas reçu les parrainages escomptés, quelle que soit la combinaison, seront éliminés de la course.

A en croire Me Salami Ibrahim, ce type de parrainage est des plus contraignants et restrictifs. « Il est restrictif par sa nature politique (il aurait été plus ouvert s’il était citoyen). Il est plus restrictif par le contexte politique consécutif aux élections législatives exclusives de 2019. Il est encore plus restrictif à cause de la nationalisation des élections communales de 2020 qui n’ont laissé que 6 ou 7 mairies dirigées par le parti «FCBE», seul parti se réclamant de l’opposition ayant pu y participer« , laisse entendre Me Salami dans son analyse.

Selon lui, autant le vote est secret, autant la désignation d’un candidat doit être publique et transparente. « Cela implique que tous les candidats doivent pouvoir bénéficier de façon égalitaire de ce parrainage. De même, le droit de parrainer des élus doit être exercé librement sans aucune contrainte. Ainsi, le parrainage aurait tout son sens dans le système démocratique en tant que moyen de sélection des candidats, puisqu’il est supposé être un indicateur de l’envergure politique et de la représentativité d’un candidat. », expose-t-il.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter En savoir plus