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« Les esprits des Africains restent encore à être décolonisés »

Depuis quelques semaines, le monde est tenu en haleine par les manifestations « Black Lives Matter » contre la discrimination raciale. C’est dans cette optique que plusieurs observateurs, dont le journaliste et écrivain ivoirien, Venance Konan, appellent les Africains à ne pas se tromper de combat.

En Europe et aux Etats-Unis, des statues d’hommes, ayant marqué l’histoire, de par leur contribution à la colonisation et à l’esclavage, sont déboulonnées ou carrément détruites. Plusieurs Africains y participent, pour exprimer leur indignation contre le fait, pour ces nations, d’immortaliser ces « bourreaux ». Cependant, pour le journaliste Venance Konan, le combat des Africains est mal mené. « Je crois que ces derniers ne doivent pas se tromper de combat, et devraient laisser Européens et Américains régler, tous seuls, leurs comptes avec leur passé », a indiqué Konan. Il poursuit en soulignant que « ces Africains doivent savoir que chaque pays a son histoire et honore les personnes qu’il pense avoir contribué à sa grandeur ». Une façon pour l’écrivain d’appeler les Africains à se préoccuper de valoriser, eux aussi, leurs grands hommes, au lieu de vénérer leurs propres « bourreaux ».

« Pendant des siècles, la traite négrière n’émut personne. La France inventa même un « code noir » pour donner un vernis légal à ce commerce d’êtres humains et aux traitements inhumains, infligés aux Africains. Ce n’est que récemment que l’on a commencé à reconnaître, en Europe, que l’esclavage fut un crime contre l’humanité. Mais en Afrique même, l’esclavage n’est pas encore vu comme une grande tragédie pour le continent. En témoigne le fait que pratiquement aucun pays africain ne commémore cela et n’en parle », déplore Venance Konan. Une remarque pertinente, quand on sait que les Juifs commémorent la Shoah ; les Arméniens, le génocide, etc., et qu’en Afrique, il n’y a rien qui commémore la traite négrière, l’esclavage.

Pour tenter de revenir au vrai combat et de faire en sorte que l’Afrique retrouve sa souveraineté et surtout son identité, sur tous les plans, le journaliste propose un travail personnel de l’Afrique et en Afrique. Il explique qu’«à l’évidence, la vision que l’on a de la colonisation, dans certains pays africains,n’est pas différente de celle qu’avaient les colonisateurs, à savoir qu’elle a apporté la « civilisation » à des peuples qui n’en avaient pas ». Et de poursuivre en soulignant que « plutôt que de chercher à donner des leçons aux autres peuples et leur dire qui ils doivent honorer, certains Africains gagneraient à commencer à balayer devant leurs propres portes. Car ce sont les esprits des Africains, qui restent encore à être décolonisés ».

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