gaetane
Des parieurs au kiosque de jeux sis dans le 9ème arrondissement de Cotonou ce 20 février 2020. Crédit photo : Finogbé/ BWT

Jeux de hasard, l’autre « opium » des Béninois

La pratique n’a certes rien d’illégal, mais constitue malheureusement aujourd’hui une forme de drogue pour des Béninois surtout les conducteurs de taxi-moto (zémidjan). Il s’agit des jeux de hasard de la loterie nationale du Bénin (LNB). Pour les parieurs, c’est « la vraie porte de bonheur » qui s’ouvre à eux.

Un jeu de hasard est un jeu dont le déroulement est partiellement ou totalement soumis à la chance. Ceci peut provenir d’un tirage ou d’une distribution de cartes, d’un jet de dé, etc. Au Bénin, suivant l’article 3 de la loi N°2002-28 du 29 mars 2004 portant réglementation des jeux de hasard, d’argent et de paris en République du Bénin, les jeux de hasard de toute espèce constituent un monopole de l’Etat. Se basant sur cette disposition, l’Etat s’est doté d’un décret d’application.

Dans le décret N°2011-324 du 2 mars 2011 portant conditions et modalités d’exploitation des jeux de hasard, d’argent ou de paris par des personnes morales privées et d’émission de billets de tombola en République du Bénin, il est précisé que l’Etat dispose de deux formes d’exploitation.

A lire aussi: Bénin: décès de l’ancien DG de la LNB Emmanuel Guidibi

L’article 3 dudit décret stipule que « la forme directe du monopole de l’Etat en matière d’exploitation des jeux de hasard en vertu de l’article 3 de la loi N°2002-28, par la Loterie Nationale du Bénin (LNB), établissement public à caractères industriel, commercial et social ». L’article 4 renchérit que « la forme indirecte s’exerce dans le cadre d’un partenariat entre la LNB et des personnes morales privées »

Le nouveau jeu de toutes les convoitises

Dans la multitude de jeux de la Loterie nationale du Bénin (LNB), un attire particulièrement l’attention des parieurs. Il s’agit du tout nouveau-né de cette entreprise publique commerciale et sociale, le loto 5/90. Ce dernier est un jeu de hasard qui consiste à tirer successivement au sort cinq (05) boules, par une machine, parmi quatre-vingt-dix (90) numérotées de 1 à 90.

Au centre de jeux sis à quelques encablures du carrefour Dégakon, dans le 1er arrondissement de Cotonou ce lundi 17 février 2020, une foule majoritairement composée des conducteurs de taxi-moto attend impatiemment les résultats du premier tirage du jour. Dans cette attente (1h30 environ), les commentaires vont bon train et dans tous les sens, d’ailleurs.

Le constat d’un tel attroupement est également fait dans les autres centres et points de jeux ou kiosques sillonnés dans la municipalité de Cotonou. Hormis le temps relativement long que passent les parieurs pour ce nouveau-né dans la gamme de jeux de la LNB, il y a la présence de mineurs.

A lire aussi: Bénin: Gaston Zossou sur les réformes: « ce qui a été dit de bon est en train de se mettre en place »

Aziz est apprenti vitrier dans le 9ème  arrondissement de Cotonou. A 17h 30 ce jeudi 20 février 2020, Aziz attend avec stress le résultat du deuxième tirage de la journée. S’il dit avoir perdu sa mise (300 francs CFA, soit 0,45 £) dans la matinée lors du premier tirage, il espère un gain pour ce deuxième au cours duquel il a misé 600 francs CFA (0,91£).

« Il me faut gagner puisque je dois faire le compte à mon patron à son retour ce soir », a dévoilé Aziz qui utilise les recettes issues des travaux de la journée pour le jeu, à l’insu de son patron et de ses collègues apprentis.

Effectivement, à l’annonce des résultats, Aziz saute de joie car un de ses numéros vient de figurer dans le tirage. Il empoche 2 mille 5 cents francs CFA (3,81 £). La présence du jeune Aziz nous a interpellés, compte tenu de son jeune âge. Selon ses dires, il aurait 16 ans.

Suivant l’article 17 du décret N°2011-324 du 2 avril 2011 portant conditions et modalités d’exploitation des jeux de hasard, d’argent ou de paris par des personnes morales privées et d’émission de billets de tombola en République du Bénin, « L’accès aux salles de jeux est interdit aux mineurs ». Mais hélas, le cas du jeune Aziz n’est pas unique.

« Je sens un manque si je ne dépose pas ma mise »

Gédéon est conducteur de taxi-moto (zémidjan) dans la ville de Cotonou et environs. Chaque semaine, il doit verser, suivant l’accord, douze (12) mille francs (18,32 £) au propriétaire de la moto. Le quinquagénaire devrait attendre 18 mois pour devenir propriétaire dudit engin.

« La conduite est peu rentable depuis un temps. En dehors de mon obligation contractuelle, je dois subvenir aux besoins de ma famille (4 enfants et leur mère Ndlr). Il me faut alors d’autres alternatives », a signifié Gédéon dans le bref entretien qu’il nous a accordé.

Dans cette situation socialement délicate pour ce coiffeur ayant fermé son atelier pour manque de clients, les paris de la LNB apparaissent comme une bouée de sauvetage. « Je sens un manque énorme si je ne dépose pas ma mise dans la journée », mentionne Gédéon. Ce sont les gains, variables, qui lui permettent d’être non seulement à jour auprès du propriétaire de la moto, mais également au niveau des deux tontines hebdomadaires auxquelles il participe. En moyenne, Gédéon dit dépenser 3 mille francs (4,58 £) par semaine pour uniquement le loto 5/90.

Tout comme Gédéon, ils sont des centaines, voire des milliers, à se ruer vers ces centres et kiosques de jeu pour, disent-ils, arrondir leur recettes quotidiennes. Ces parieurs se contentent juste des petits gains, entre 2 mille cinq cents et vingt mille francs CFA.

Etant un jeu de hasard, il y a généralement plus de perdants que de gagnants. Et le comble, des  zémidjan perdent parfois leurs « maigres » recettes de la journée dans l’unique but de remporter les fois à venir. « A plusieurs reprises, je suis retourné bredouille à la maison pour avoir parié le bénéfice que j’ai réalisé dans la journée. Et quand c’est ainsi, je mets la nuit  à profit », a témoigné Gédéon.

A lire aussi: Méga Quiz SMS de Moov Bénin: l’identité du grand gagnant de la Rav 4 connue

Cette présence massive des citoyens béninois n’est que la résultante, selon le sociologue Samuel Hotègni, de la pauvreté dans le pays. « De plus en plus, il y a de parieurs et ces derniers y trouvent un acte salvateur pour s’extirper de leur situation sociale financièrement précaire », a soutenu  Samuel, tout en déplorant l’attitude.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.