Gaspillage alimentaire au Bénin: de la faim chronique près des poubelles remplies

Le Bénin est confronté, comme nombre de pays sous-développés du monde, au diktat de la faim. Au moment où le taux de pauvreté reste encore élevé dans le pays (46,4% en 2018), des groupes sociaux continuent de gaspiller des aliments.

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Deux sachets poubelles remplis du reste de nourritures après une manifestation festive d’une compagnie d’assurance le 1er mai 2019 à Cotonou. Des emballages de nourritures dans de sachets plastiques noirs entassés en attente du passage des éboueurs après une cérémonie funéraire à Porto-Novo. Des repas abandonnés sur les tables après quelques coups de fourchettes lors de l’anniversaire d’un octogénaire à Abomey-Calavi.

Tomates abandonnées à même le sol au marché Dantokpa, Cotonou. Des piments versés dans le fleuve Ouémé,  à Adjohoun, puisque pourris et rongés par des insectes. Des légumes jetés dans une fosse de collectes d’ordures sur le site maraîcher à Sèmè-Podji. En somme, c’est un tableau qui devrait préoccuper, mais qui laisse des acteurs indifférents.

Une culture dans les dépotoirs

Suivant le rapport sur la situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture publié ce 14 octobre 2019 par l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), près de 14% de la production agricole mondiale sont perdues après la récolte et avant d’atteindre l’étape de la vente. Au Bénin, ce taux avoisine 20% compte tenu de certains paramètres de stockage que les agriculteurs peinent à maîtriser.

Toutefois, précise le rapport, ces pertes alimentaires varient considérablement d’une région à l’autre pour les mêmes produits et étapes de la chaîne d’approvisionnement.

Dans ledit rapport, les experts qui ont travaillé ont souligné que le Bénin, tout comme les autres pays sous-développés, est plus vulnérable et ses différentes pertes alimentaires sont dues au manque de connaissances des bonnes pratiques, à une mauvaise infrastructure et installation de stockage notamment d’entrepôts frigorifiques. Des pertes qui plongent, conclut le rapport, davantage le pays dans un manque permanent de ressources alimentaires.

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De la « bonne » bouffe dans les poubelles

« A la fin de nos services, nous jetons une quantité suffisante de nourritures, le reste, dans la poubelle », nous a déclaré Estelle Dagan, promotrice de restaurant qui offre des services traiteurs pour toute manifestation. Nous sommes aussi dépassés, continue-t-elle, alors que les invités pouvaient prendre la quantité qu’ils pouvaient manger sans en gaspiller.

Selon l’organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 1.3 milliards de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année. Cette quantité équivaut, selon le rapport, à la production de l’Afrique sub-saharienne dans son ensemble.

Au Bénin, 3 personnes nanties sur 5 déversent de quantités énormes de nourritures dans leurs poubelles chaque semaine au moment où 1 personne sur 7 dans le monde couche le soir en ayant faim et 1 Béninois sur 3 regagne son lit sans manger.

« Au Bénin comme dans de nombreux pays en développement, de nombreux citoyens vivent à la limite de l’insécurité alimentaire et une réduction des pertes alimentaires pourrait avoir un effet immédiat et considérable sur leurs moyens de subsistance », a indiqué Isidore Agbokou, alors Team leader environnement du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) au Bénin.

En moyenne, chaque personne dans le pays gaspillerait environ 300 calories de nourriture par jour. Dans les familles aisées, ce chiffre est bien au-delà. Des statistiques qui amènent des experts à se demander le nombre de citoyens qui fait l’effort de ne pas jeter le reste de sa nourriture.

Combien de personnes essaient de garder chaque fois plus longtemps une nourriture en la transformant au lieu de la jeter ? Se demandent aussi ces experts qui ont élaboré le rapport « Pertes et gaspillages de nourriture dans un contexte de systèmes alimentaires durables », édition 2014. Malheureusement, les données récentes sur la situation publiées par la FAO en 2019 n’ont toujours pas trouvé de réponses à cette interrogation puisque le phénomène de gaspillage est toujours plus présent.

Une conscience collective

« Le gaspillage alimentaire est un problème bien plus grave que nous le pensions. En limitant le gaspillage, nous pourrions nourrir cinq personnes au lieu de quatre avec les aliments qui se trouvent dans nos poubelles », note Thom Achterbosch, co-auteur de l’étude sur le gaspillage de la FAO publiée en 2019. Des analyses, il signale que le gaspillage a tendance à progresser plus rapidement dans les pays plus pauvres. Une attitude qui résulte, conclut-il, de la mauvaise utilisation des ressources alimentaires disponibles et leur dispatching pour soulager d’autres citoyens affamés.

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Pour donc stopper le phénomène, tant  au Bénin que dans le monde, les chercheurs estiment que des solutions simples, comme la réduction de la taille des portions de nourriture, une prise de conscience généralisée et un changement global des comportements semblent indispensables pour atteindre l’objectif international. Ces objectifs visent  à réduire de moitié le gaspillage alimentaire d’ici 2030.

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