Coronavirus au Bénin : le secteur informel en chute libre

La pandémie de Covid 19 frappe de plein pied l’économie mondiale et celle du Bénin n’est nullement épargnée. Dans le secteur informel, c’est la descente aux enfers.

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Cotonou, la ville vitrine du Bénin est fortement dominée par des activités généralement menées par les acteurs du secteur informel. En définition, cette économie informelle est un ensemble d’activités non réglementées par les normes administratives, législatives, comptables et fiscales de l’Etat. Le taux d’actifs dans ce secteur  avoisine 65% selon les dernières données d l’INSAE. A l’heure où la pandémie du Coronavirus sévit dans le pays, le secteur est fortement secoué et des acteurs ne savent à quel saint se vouer.

Rolande dispose d’une baraque de prêt-à-porter au centre-ville de Cotonou. Robes de tout genre, nuisettes, pantalon et jeans de femmes, chemises,  foulard et autres accessoires vestimentaires de la femme, la baraque de Rolande dispose de tous les attraits pour accueillir sa clientèle.

« Aujourd’hui, ma clientèle est drastiquement réduite. Je réalise à peine 1/3 de mon chiffre d’affaire d’antan. J’ai dû mettre mes deux employés au chômage technique et fermer ma seconde baraque du même genre. Tout ceci dans l’espoir que la situation se stabilise », a déclaré Rolande très embarrassée face aux factures d’électricité, d’eau et de loyer à régler dans la semaine.

Chez les vendeurs  de chaussures à l’un des carrefours d’Akpakpa, dans le 1er  arrondissement de Cotonou, la clientèle s’est raréfiée. « Les potentiels acheteurs expriment légitiment leur crante quant à  la contamination de nos articles. Ils soutiennent qu’ils ne savent pas le nombre de personnes ayant touché ces chaussures avant eux et que  le risque de contamination au Coronavirus est si grand. Pour se protéger, il faut donc éviter de s’y approcher », a désespérément évoqué Habib, vendeur de chaussures en cuir.

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Marguerite, vendeuse de charbon en détail manque de marchandises puisque son fournisseur ne s’est pas approvisionné compte tenu du cordon sanitaire. La marchande des sacs de gari, farine faite à base des tubercules de manioc est en rupture de stock, le détenteur de la baraque de friperie du quartier passe ses journées sans clients. La promotrice du restaurant ne vend presque plus puisque ses clients préfèrent se restaurer chez eux que de fréquenter son restaurant au risque d’être contaminés.

En bref, presque tous les secteurs d’activité de cette économie informelle sont dangereusement touchés aggravant ainsi la situation sociale des citoyens qui peinent à s’assurer un repas quotidiennement. Des paramètres qui ont été pris en compte par la Banque mondiale dans son rapport Africa’s pulse publié ce jeudi 9 avril 2020. Selon ce rapport, la crise sanitaire risque de créer une crise alimentaire surtout en Afrique subsaharienne.

Quelques lueurs

Il est de notoriété de tous que les activités professionnelles reçoivent de grands coups créant un nouvel ordre sociétal.  Dans ce monde informel où des artisans et autres acteurs du secteur se plaignent, d’autres sont par contre au clair de leur vie professionnelle.

Sylvestre est maître soudeur dans le 12ème arrondissement de Cotonou. « En ce moment, j’ai assez de commandes pour fabrication des supports pour l’installation des dispositifs de lavage de mains. Je suis même débordé », se réjouit Sylvestre qui dit n’avoir jamais reçu de telles commandes en si peu de temps.

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Tout comme sylvestre, Alban, plombier est professionnellement débordé, lui aussi, en ce temps où il est constamment sollicité pour l’installation des robinets et autres accessoires relevant de son domaine pour la  mise en place de ces dispositifs de lavage de mains, il se dit à l’abri du besoin pour l’heure.  Ces quelques secteurs professionnels sont loin de combler le gap, soutient Ahouandjinou, sociologue, que crée cette pandémie.

Le gouvernement béninois s’efforce certes pour protéger les citoyens face à cette pandémie du Covid 19, mais ceux agissant dans le secteur informel et qui vivent au quotidien se retrouvent presque impuissants face à la paupérisation qui s’installe peu à peu dans les ménages.

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