[Entretien ] Richard Dansou : « L’art est jaloux, la photographie l’est encore plus »

L’apparition des smartphones tente de faire disparaître la photographie originelle. Mais c’est un art qui ne saurait être révolu, selon Richard Dansou, connu sous le nom de Darimage. Cet ancien agent de banque a finalement fait, de sa passion, sa profession. Dans un entretien exclusif accordé à notre rédaction, il nous trace son parcours et sa vision du noir et blanc. Entretien.

 

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Darimage : J’ai fait des études littéraires avec un baccalauréat A2. A l’université, j’ai le diplôme de technicien supérieur (DTS) qui est l’équivalent d’une licence en diplomatie et relation internationale à l’Ecole nationale d’administration et de la magistrature (Enam). Dans la même école, j’ai un diplôme d’administrateur de projet qui est un équivalent de Bac + 5 en gestion de projet.
Parlant de parcours professionnel, j’ai 5 ans d’expérience en banque. Après ces cinq ans, j’ai donc décidé de raccrocher pour me consacrer exclusivement à la photographie.

Comment vous êtes-vous retrouvé dans la photographie ?

En fait, c’est une passion qui est née à un moment où je ne pouvais même pas la soupçonner. J’ai grandi dans un environnement auprès d’une dame qui est devenue, par la suite, ma mère adoptive. Mon enfance n’ayant pas été les plus tendres puisque orphelin de père et de mère très jeune, cette mère adoptive, Mariette, elle aussi passionnée de la photographie, m’a vite donné le goût avec ses clichés. Sa passion pour la photographie m’a certes influencé, mais ce n’est que plus tard que j’ai réalisé cet amour entre la photographe et moi. Je me suis donc donné à cœur joie depuis mes études surtout supérieures et c’est donc une partie du résultat de cet amour qui n’a fait qu’entamer sa marche pour l’infini.

Pourquoi avoir démissionné d’un travail contractuel bien rémunéré pour une passion ?

L’art est jaloux. Je dirai même très jaloux (rire). Jaloux parce que cet art n’admet pas qu’on le partage avec quelque chose d’autre. J’ai fait l’effort de partager la photographie avec la banque pendant 5 ans, mais j’étais arrivé à un point où il me fallait opérer un choix. J’avais deux options : soit je continue à la banque et je perds à jamais la photographie, soit je choisis cette dernière au détriment de la banque. J’ai donc préféré cette deuxième option.

Et pourquoi avoir opté pour le noir et blanc ?

Le noir et blanc reste toujours en vogue. C’est un type de photographie qui ne peut jamais être révolu. C’est en fait le type de photographie qui raconte l’histoire de la photographie du passé, du présent et qui le sera dans le futur. En résumé, le noir et blanc est un type de photo impérissable et intemporel car ça traverse toutes les époques et le sera ainsi. Le noir et blanc, c’est la synthèse de toutes les couleurs et c’est également la simplicité.
Mon choix du noir et blanc est d’apporter une simplicité à cette vie qui tend beaucoup plus vers le « m’as-tu vu », d’apporter ma touche de différence pour une singularité dans le domaine de la photographie. Ma vision en optant pour le noir et blanc est de montrer ce type de photographie aux gens avec un nouvel angle, un angle sous lequel ils n’ont jamais regardé le noir et blanc.

Désormais en plein pied dans le domaine, quel est votre regard sur la photographie au Bénin ?

La photographie au Bénin a beaucoup évolué. Elle a connu de beaux jours au temps d’argentique. Avec l’avènement du numérique, elle continue également avec son avancement. Toutefois, la forme sous laquelle je rêve la photographie reste, en grande partie, à être réinventée. C’est d’ailleurs la raison de ma présence dans l’univers de la photographie au Bénin. Je compte donc lui apporter une nouvelle touche, faire des choses autrement. En un mot, c’est de réinventer la photographie au Bénin.

Dans votre vernissage, vous avez associé la photographie et l’art graphique ; est-ce la marque de Darimage ?

En fait la photo, ce n’est pas juste prendre l’appareil et déclencher. La photographie reste pour moi l’expression des émotions ressenties. Ces clichés de mon exposition « au-delà du visible » sont ceux qui restituent un univers donné, un univers bien apuré et qui reflète ma vision de ce paysage. C’est d’ailleurs ce qui fait la particularité d’un artiste. C’est sa capacité à transmettre sa vision et ses émotions aux autres en leur faisant découvrir un angle nouveau. Et c’est ce que j’ai fait à travers mon vernissage.

Sur qui prenez-vous exemple dans votre photographie ?

Vous savez bien qu’un artiste ne peut évoluer sans un ou des modèles dans son domaine. Pareil d’ailleurs pour tous ceux qui aspirent évoluer ; il faut forcément avoir des gens dans son viseur pour être mieux motivé.
Quand je prends l’ancienne génération, je suis bien fasciné par les clichés de Malick sidibé, de Séidou Kéïta qui sont empreints d’une beauté, d’une poésie et d’une simplicité légendaire. Ce sont généralement des photos qui restituent l’histoire d’une époque donnée. Du côté de Brésil, j’ai un faible pour le talent de sébastiao Salgado qui a fait d’énormes photos avec une forte dose émotionnelle.

Parlez-nous de vos projets

Vivre sa passion, c’est également vivre avec des projets. Le vernissage « « au-delà du visible » est un vieux projet qui s’est finalement concrétisé. Il y a d’autres projets artistiques. Certains de ces projets connaîtront le jour cette année 2020, d’autres les années à venir. Nous ambitionnons faire de Darimage un label avec un espace plus large pouvant accueillir un large public. Notre vision aussi, c’est de travailleur de sorte que l’art puisse intégrer le quotidien des gens pour une consommation des œuvres d’art. Au-delà des frontières béninoises, Darimage doit être transporté à travers le monde entier.

Que pensez-vous de la politique culturelle du régime en place ?

Le gouvernement fait déjà ce qu’il peut, à sa manière. Mais moi, j’ai reçu une éducation qui ne me permet pas d’attendre des autres. Donc personnellement, du gouvernement, je n’attends pratiquement rien et c’est d’ailleurs mieux si vous n’attendez rien de quelqu’un. Cela fait qu’on n’est pas déçu ou même fauché après. Je connais bien le paysage de la photographie béninoise. Et en toute franchise, c’est un volet qui est relégué presque au dernier rang par les gouvernants. Mais cette attitude envers les acteurs de la photographie ne peut émousser nos ardeurs. Le plus grand soutien et accompagnement vient de nos fans, nos admirateurs et sympathisants de tout genre ; et c’est déjà très réconfortant.

Quelles sont vos relations avec les autres artistes photographes ?

J’entretiens une excellente relation avec eux et c’est une collaboration magnifique ponctuée des échanges d’expériences très enrichissantes. Vous convenez avec moi que vous ne pouvez pas évoluer dans votre domaine sans vous ouvrir aux autres et participer à des travaux associatifs. La preuve, c’est la présence de ces artistes photographes lors de mon dernier vernissage « au-delà du visible ».

Votre mot pour conclure

Nous devons consommer local. C’est en consommant ses œuvres qu’on encourage les artistes. Le plus grand plaisir est de constater l’affichage, dans les différents lieux, des tableaux des artistes béninois et de Darimage en particulier. Nous pouvons y arriver et le noir et blanc sera au rendez-vous à travers notre label Darimage.

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