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Bénin – Des paroles aux actes: bilan de mon soutien au candidat Talon (partie2)

Dans son programme soumis aux Béninois, Patrice Talon a pris des engagements précis qui ont pu inspirer ses compatriotes à porter leurs voix sur sa candidature et à inviter les Béninois à en faire de même. C’est le cas par exemple de l’ancien ministre du Général Mathieu Kérékou, Sylvain Akindes qui, 4 ans après son soutien au candidat Patrice Talon, a décidé de faire le bilan pour voir si le choix fut meilleur. Cet exercice, l’ancien ministre de la République entend le faire en plusieurs volets. Nous vous proposons ici l’acte 2 du bilan d’un engagement électoral.

Dans cette deuxième partie du bilan de son soutien à l’actuel locataire de la Marina, le ministre Sylvain Akindes va aborder essentiellement deux promesses électorales. Il s’agit notamment du rétablissement d’un état respectueux des principes démocratiques et celle liée à l’indépendance de la justice.

1- Rétablir un Etat respectueux des principes démocratiques.

A ce sujet, le diagnostic posé par le programme de société du candidat se présente comme suit:
A la pratique on constate que la Constitution du 11 décembre 1990 offre au Président de la République d’importantes possibilités d’excéder ses pouvoirs et de contrôler les autres institutions.
Le Président de la République exerce désormais un pouvoir «surpuissant» qui lui a permis de dominer toutes les autres institutions, de mettre sous son contrôle exclusif tous les moyens de l’Etat, d’affaiblir les droits et de discriminer dans l’accomplissement de ses devoirs vis-à-vis des citoyens.
Le pouvoir exécutif est devenu nuisible en ce qu’il est exposé à toutes les dérives institutionnelles, structurelles et personnelles. Il œuvre exclusivement à son propre maintien et épanouissement, au détriment de la dynamique collective. Toutes choses ayant compromis la démocratie, la liberté, l’émulation et le développement humain, social et économique de notre pays
Puis suit l’énumération des mesures clés envisagées.

Présenté de cette manière, le discours du candidat Talon ne pouvait que répondre à nos vœux, indépendamment de l’opinion personnelle que nous avions de loin du candidat, indique Sylvain Akindes dans son bilan. Il est inutile de rappeler les détails des mesures clés exposées dans la profession de foi du candidat. Il était difficile de supposer, malgré les avertissements du Président sortant, qu’il ne s’agissait que de simples paroles mielleuses destinées à semer des illusions et abuser de nos espoirs de renforcement du système démocratique issu de la Conférence nationale des forces vives de la Nation de février 1990, a-t-il fait remarquer. Le diagnostic s’apparentait si profondément à nos opinions dès l’adoption du texte de la Constitution du 11 décembre 1991.
Est-il possible de bonne foi d’affirmer que la situation décrite dans le diagnostic a changé même après le boulevard ouvert par les élections exclusives de mars 2019 destinée à contrôler entièrement et à 100% le Parlement et le vote des lois? s’est-il interrogé.

Tout laisse à penser que le diagnostic mettait en exergue les aspects pervers de notre loi fondamentale qui seraient utilisés à des fins contraires à celles des mesures clés détaillées dans le fascicule du candidat Talon. Il est impossible à un citoyen attentif aux actes officiels de taire sa désapprobation de ce qui s’apparente à une mauvaise foi caractérisée, affirme-t-il. Et lorsqu’on écoute certaines déclarations et injonctions des pontes du moment, poursuit-il, on se rend compte de leur cynisme dans la définition qu’ils donnent de l’action politique. Pour eux, la politique se caractérise par la ruse et la recherche d’avantages claniques, une attitude du genre «nous sommes au pouvoir et nous avons le droit de faire ce que nous voulons ; vous en souffrirez mais vous ne pouvez rien». Cela semble d’ailleurs avoir été dit explicitement, sans vergogne, comme une conséquence honorable de l’exercice du pouvoir d’Etat. C’est cette philosophie qui préside et nourrit la formation pratique proposée à notre jeunesse qui répète à vous faire vomir que «c’est la politique» pour signifier que tous les coups bas sont possibles et permis.

En résumé, il nous est difficile d’appeler cela «Rétablir un Etat respectueux des principes démocratiques» mais plutôt «construire un Etat autocratique au service de l’immoralité» ; appréciation excessive ? Peut-être, mais qui traduit parfaitement notre vision de la réalité de l’exercice du pouvoir politique aujourd’hui. Les justifications données font appel à la loi, appliquée de manière sélective bien sûr, lorsqu’elle n’est pas modifiée pour rendre légal un tantinet escroquerie morale; conclut-il sur le sujet.

Pour ce qui est des réformes politiques, l’ancien ministre de Mathieu Kérékou semble ne pas être satisfait non plus. « Faut-il mentionner ce qui est prévu au sujet des partis politiques ? Eh bien on lit : Une loi sera prise pour instaurer dès 2016 une allocation annuelle correspondant à 0,50% minimum des ressources propres de l’Etat. Le montant de l’allocation sera reparti entre les partis au prorata de leur poids électoral pondéré par la répartition géographique de ce parti ».

Dans quelle mesure cet engagement a-t-il été respecté ? se demande-t-il. A la place, nous avons eu droit à une réforme du système partisan qui n’a pas été annoncée dans le «projet de société». Pire, elle n’a pas fait l’objet d’un débat approfondi, en dehors peut-être des sanctuaires du Chef. C’est ce projet qui est à l’origine des dérapages de toutes natures lors des élections législatives et dont le texte est ensuite modifié. Était-ce simplement pour s’assurer des élections exclusives qu’elle a été introduite et appliquée tambours battant ? Cela en a tout l’air. Le bilan, c’est la perte de vies humaines innocentes, des manquements aux droits du citoyen, un dialogue de façade et la fuite en avant dans la destruction de ce qui appartient au consensus national en catimini honteux, martèle-t-il en guise de conclusion sur le sujet.

2- Promouvoir une justice indépendante, efficace et accessible à tous

Le diagnostic se présente comme suit
• Instrumentalisation de la justice par le pouvoir exécutif
• Manque de célérité dans l’administration de la justice
• Manque de moyens humains, matériels et financiers
• Insuffisance de formation
• Grèves répétées.

Ici aussi les mesures phares sont indiquées. Il est instructif d’en présenter une qui, à nos yeux, est capitale, les autres se révélant comme étant uniquement des promesses de mise à disposition de moyens financiers, indique-il.

Restructurer le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) de sorte que le pouvoir exécutif n’y joue plus un rôle prépondérant

Quelle est la mesure finalement adoptée pour répondre à ce diagnostic ? s’est-il demandé avant de tenter lui-même une réponse. On la trouve dans la réforme du CSM. On peut notamment signaler que «pourront être désormais membres du Conseil Supérieur de la Magistrature, en dehors du chef de l’Etat, du Garde des Sceaux et de la personnalité extérieure proposée par le Bureau de l’Assemblée nationale et nommée par le chef de l’Etat, trois autres personnalités extérieures nommées suivant la même procédure, les ministres en charge des finances et de la fonction publique».
Est-il possible d’affirmer sans mauvaise foi qu’il s’agit-là d’une mesure pour «promouvoir une justice indépendante, efficace et accessible à tous» ?

L’association des magistrats estime que cette «invasion du Conseil Supérieur de la Magistrature par des allogènes vise à faire contrôler cette institution par l’Exécutif. … Cette hégémonie de l’exécutif au sein de l’instance chargée d’assurer la nomination des magistrats, la gestion de leur discipline et de leur carrière, vise à inféoder le pouvoir judiciaire au pouvoir exécutif».
La mesure donne en effet un résultat contraire au diagnostic avancé par le candidat Talon. Il y a ainsi une énorme différence entre le «Président Talon» et le «candidat Talon». Pourquoi cette différence ? Sincérité ou manque de sincérité ? Ou enfin l’exercice du pouvoir a révélé le bien fondé de la main mise de l’Exécutif sur le Judiciaire et que l’illusion de séparation ne résiste pas à la réalité de l’appareil. On est bien tenté, en l’absence de déclaration d’autocritique indiquant que l’on s’était trompé, qu’il faut simplement retenir la mauvaise foi théorisée par la promesse d’user de «ruse et de rage» que nous avions prise comme un lapsus bien malheureux. Ce n’était peut-être pas cela; a-t-il conclu.

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2 commentaires

  1. Donc il était le soutien de Talon. On ne le savait pas. Est ce que Patrice Talon le savait? Si non, pourquoi c’est maintenant qu’il en parle? Ou bien la lassitude a commencé par le gagner là ou il est? Il doit rester tel qu’il a voulu, il ne doit pas changer de position, ses amis en déperdition ont besoin de lui. Encore du courage.

  2. C’est bien cela. Nous lui souhaitons du courage dans ses hérésies même si son approche est scientifique. Seulement que cette approche est ternie par ses émotions personnelles du fait qu’il ne trouve rien à manger avec TALON.

    La gestion du pouvoir est complexe où les promesses de campagne ne valent que pour ceux qui y croient. Malgré ses nombreuses expériences, AKINDÈS devrait comprendre cela. Même lui aussi n’a pas donné satisfaction lors de ses passages dans le gouvernement KEREKOU parce que les réformes se font avec les hommes et pour les hommes. Si ces derniers ne comprennent pas, on change de posture et on leur impose le développement.

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