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Bénin – 8 activistes et 1 journaliste en prison: le code du numérique, une épée de Damoclès ?

En l’espace de deux semaines, un journaliste béninois et huit web activistes ont fait les frais de l’article 550 de la loi n°2017-20 du 20 avril 2018 portant code du numérique en République du Bénin.

Gilbert Semassa, Hamiss Dramane, Mounirou Odjo, Aristide Adéyèmi Adéyèwa, Florentin Gbédohoun, Genèse Agbédjiko et deux autres séjournent à la prison civile de Cotonou depuis mardi 07 janvier 2020. Parmi eux, 07 web activistes dont un administrateur de groupe whatsapp ont été condamnnés à 24 mois de prison ferme assortie d’une amende de 200.000 et le huitième aussi, administrateur, écope de 12 mois de prison ferme et une amende 200.000. Il leur est reproché la publication de fausses informations relatives à l’affaire de trois tonnes de cocaïnes arraisonnées en Uruguay. Les mis en cause ont reconnu les faits et ont présenté des excuses tout en misant sur la clémence du juge. Hélas ! La sentence a été prononcée sans état d’âme.

Ignace Sossou, journaliste, quant à lui est incarcéré depuis le 24 décembre 2019 pour avoir relayé sur les réseaux sociaux notamment Twitter et Facebook les propos du Procureur Mario Mètonou lors d’un atelier initié par l’agence française de développement, CFI. Des propos que le procureur n’a pas démentis mais estime qu’ils sont sortis de leur contexte. Toute chose qui a valu une condamnation du confrère à 18 mois de prison ferme assortie d’amendes.

L’indignation générale

Même si l’Union des professionnels des médias du Bénin  a été impuissante dans ses démarches et prises de contacts pour un dénouement heureux notamment au sujet du journaliste, des organisations internationales et associations pour la défense de la liberté d’expression crient à l’injustice. Dans le lot, Reporter sans frontières. Il  dénonce une  condamnation « absolument illégitime et témoigne d’une dérive très dangereuse.» Le Réseau 3i Initiative, Impact, Investigation, avec qui collabore le journaliste Ignace Sossou, demande sa libération immédiate en rappelant que les faits incriminés ne pouvaient pas donner lieu à des poursuites judiciaires. Internet sans frontières s’alarme de la responsabilité de CFI dans l’emprisonnement du journaliste, Ignace Sossou. Elle demande à « l’agence française CFI de déclarer publiquement que celui-ci a fait son travail de journaliste ».

CFI : entre remords et regrets 

Dans un communiqué, CFI reconnaît des « mots malheureusement mal choisis » au sujet du courrier et ne parle plus que de « trois posts incomplets émis par le journaliste. » « Nous regrettons autant les propos incomplets qui ont conduit à la situation juridique actuelle », ajoute l’agence « que la formulation maladroite d’une lettre dont la finalité a été dévoyée. » Car CFI l’assure : ce courrier a été fait « sans aucune intentionnalité » à l’encontre d’Ignace Sossou.

Le 24 décembre dernier, l’agence avait d’ailleurs déploré sa condamnation estimant que « rien ne saurait justifier qu’un journaliste soit emprisonné pour ses écrits. » Il s’en est suivi une série de communiqués qui, malheureusement n’ont pas apaisé les partenaires de l’agence française de développement dont Disclose qui a décidé de rompre unilatéralement leur partenariat.

Faudrait-il rappeler qu’au lendemain de la publication, précisément le 19 décembre 2019, CFI avait adressé une correspondance au ministre béninois de la Justice dans laquelle elle livrait le journaliste. : « Nous sommes désolés qu’un journaliste peu scrupuleux, ait profité de ce moment privilégié pour tenter de faire un buzz aux dépens de M. le procureur. « CFI se distancie évidemment de ses publications sur Facebook et de ce type de pratiques qui manquent à toute déontologie. »

Aristide Hounpkèvi, l’échappée belle

Aristide Hounpkèvi, également journaliste et fondateur du média en ligne l’Autre Figaro a échappé de peu à la prison. Présenté au Procureur, jeudi 09 janvier après 7 jours de garde à vue suite à une plainte d’un ministre pour publication mensongère, le professionnel des médias a été libéré  fort heureusement.

A tout prendre, le code du numérique apparaît comme la loi de la charia où à la moindre incartade, le journaliste ou le web activiste est conduit à l’abattoir. Travailler dans la peur et l’anxiété, c’est bien ce qui convient de retenir au regard des condamnations sans état d’âme en dépit des démarches des instances faîtières.

Un commentaire

  1. Les journalistes n’ont rien à craindre s’ils font leur travail conformément à la déontologie de la profession. Nulle part au monde, aucun pays n’accepte que les journalistes versent dans le compostage du mensonge, de la désinformation et des fake news. Celui qui s’adonne à ces dérives se retrouvera inévitablement en prison. Car les paisibles et honnetes citoyens ont un honneur à défendre.

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