« Angélique Kidjo : l’ange insatiable! », une tribune de Florent Coua-Zotti

Le dimanche 26 janvier 2020, la diva Angélique Kidjo a décroché son 4è Grammy Awards. Cette distinction suscite, depuis dimanche, une vague de félicitations à l’artiste béninoise. Après le Ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts (MTCA), c’est le tour de son Conseiller Technique à la Culture de reconnaître les mérites d’Angélique Kidjo. C ‘est à travers une tribune publiée ce mercredi 29 janvier que Florent Coua-Zotti a salué le talent de la star béninoise.

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ANGÉLIQUE KIDJO : L’ANGE INSATIABLE !

Elle a la classe des divas qui, de par la force de leurs voix, la pureté de leurs talents et la permanence de leurs créativités, ont écrit – ou écrivent – l’histoire musicale de leur époque. Elle a l’aura des artistes dont l’engagement en faveur des causes nobles, a profondément changé la vie des centaines de gens. Depuis que, jeune fille au kaki un peu étroit au CEMG Gbegamey, elle criait dans le micro de l’orchestre les Sphinx, sa foi, son amour pour la chanson et pour le show, Angélique Kidjo a gravi, pas à pas, les échelons de la vie, les échelons de l’art, pour se retrouver, quarante cinq ans plus tard, au plus haut des sommets. Avec quatre Grammy Awards, quatre récompenses pour des albums aussi éclectiques que tradi-pop, l’artiste peut se targuer d’être, de toutes les stars africaines, la figure de la world music la plus marquante de ces vingt dernières années.

Car, Angélique reste la chanteuse des grands challenges musicaux. Capable de risquer des expériences avec les Voix bulgares, elle est aussi prompte à composer avec le Phil Harmonic de Luxembourg tout comme inviter sur ses albums la guitare nerveuse de Carlos Santana ou la voix rocailleuse de Jacob Desvarieux. Une tradition qu’elle tient de ses racines quand, toute gamine, dans la maison familiale, les vinyles du père s’entassaient, offrant à ses petites oreilles les musiques de toutes sortes, rumba, high life, soul, funk, jerk…Je l’entends encore dans les années 1976-1980, toujours à Gbégamey, interpréter Jimmy Cliff, Bella Bellow ou Myriam Makeba sur la tumba d’un Tehou Aristide, la guitare basse de Tobaco et les encouragements hurlés de Joseph Ogounchi. À l’époque, la chicote de Robert Detchenou, directeur de l’établissement, veillait au grain et incitait à l’émulation et au dépassement. C’était le temps des activités dites « coopératives, » où la politique de la « culture de masse », popularisée dans les écoles par le sémillant ministre de la jeunesse, le Capitaine François Kouyami, avait pris sur le terrain.

Dans ce collège, il y avait deux attractions: l’équipe de football, les Guépards et l’orchestre, les Sphinx. Lorsque l’équipe perdait, c’était à l’orchestre à qui revenait le devoir de donner du baume au cœur des supporters. Ceux-ci venaient alors de tout Cotonou suivre les concerts qui se donnaient sur le terrain de basket-ball de l’établissement. Tohon Stan pouvait, à l’occasion, gratifier les spectateurs de son flot rapide et de ses jeux de jambes; Serge Pognon, lui, jouait au crooner tandis qu’Angélique, par sa voix et par sa présence, électrisait la foule. Je la revois, pas plus haut que trois pamplemousses, chanter les vers de Myriam Makeba à l’adresse des révolutionnaires :

Mozambique!
la lucha continùa!
la lucha continùa, continùa!

Mais la boule d’énergie qu’elle était ne pouvait pas se contenter d’être simple interprète des chansons des autres. Secrètement, Angélique composait, voulait donner corps à ses propres textes, à ses propres inspirations. Tohon Stan, son camarade de micro, avait deja tracé la voix en publiant, des 1980, son premier album, le retentissant « Yallo ». Par l’intermédiaire d’un ami à son père, Ekambi Brillant, la plus grande vedette camerounaise de l’époque de passage au Bénin, fut approché. Il écouta avec intérêt l’adolescente qui, à son entendement, lui parut un peu trop bout-en-train. De leur collaboration est sorti l’album « Pretty » dont l’un des titres, Bella Bellow, raconte en mina la tragique disparition de la vedette togolaise. D’ailleurs Bella, tout comme Makeba demeureront tout au long de sa carrière ses voix, ses icônes qui inspireront ses choix, enflammeront sa créativité. Chaque fois qu’elle en a l’occasion, elle reprendra, à sa manière, leurs succès tels Blewou, Segnè, Pata Pata, Malaïka…

La voix de Kidjo, travaillée lors de son exil en France au conservatoire, est devenue l’une des plus puissantes de la world music. Elle sort de ses tripes en un seul souffle et peut s’étirer en octave en même temps qu’elle est capable de se briser en une soudaine rupture pour ensuite redescendre, grave et grasseyante. Agolo, chanson-phare de l’album Ayé, sorti en 1994, est illustratif de cette performance. D’ailleurs, la native de Ouidah devient plus sensible à la vidéo qui porte ses morceaux, créant du coup, avec des réalisateurs du genre, des clips exceptionnels où elle traduit sa vision artistique et les valeurs de son terroir. Deux ans après, elle offre justement aux mélomanes un magnifique film de trois minutes à l’intérieur d’un couvent vodun avec « Wombo lombo », une chanson magnifiant les religions endogènes. Le morceau est issu de l’opus Fifa qui traduit son retour aux sources pour les retrouvailles avec sa terre d’origine.

Les retrouvailles, c’est aussi le voyage vers les afro-descendants, ces frères et sœurs de la diaspora, éparpillés à travers le monde par le fait de l’histoire. Angélique Kidjo, par cet elan nostalgique des musiques qui se jouaient chez elle, dans la maison familiale, décide d’explorer les styles les plus divers en vogue aux Antilles et au Brésil en suivant les routes de l’esclavage. C’était en 1998. Depuis, d’autres expériences ont suivi avec des résultats inégaux.

En tout cas, année après année, la diva a fait son chemin, déployant ici et là sa force, semant partout où elle passe, la trame d’une notoriété nourrie de son talent, mais aussi de sa capacité à projecter aux yeux du monde, la culture béninoise. La femme au nom fort de Kpasseloko Hinto Hounsinou Kandjo Manta Zogbin n’est pas seulement une star de la chanson, elle est devenue une personnalité du monde culturel qui met intelligemment sa réputation au service des causes humanitaires. Ambassadrice de bonne volonté de l’UNICEF, créatrice de la Fondation Batonga, chantre de l’universalité, elle parcourt les scènes du monde pour participer aux luttes de son temps et soutenir les actions contre la faim, le racisme, l’enfance malheureuse, les violences faites aux femmes, la discrimination des minorités. Désignée par BBC comme l’une des personalités les plus influentes du monde, Angélique Kidjo est, à soixante ans, l’étoile noire du Bénin et de l’Afrique: celle qui est appelée à illuminer encore longtemps le ciel si contrasté du monde; celle qui est appelée à faire davantage rêver les nouvelles générations.

Florent Coua-Zotti

A suivre en février, 2020

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