Bénin: une présumée sorcière libérée au bénéfice de doute après 6 ans en prison

Le tribunal d’Abomey a connu un cas pas habituel ce mercredi 18 décembre. C’est dans le cadre de la session criminelle qu’organise cette juridiction. Une présumée sorcière en prison depuis mai 2013 est libérée au bénéfice de doute.

Une présumée sorcière, à l’issue de l’audience criminelle du mercredi 18 décembre, a quitté la prison pour son domicile. A la barre tout comme lors de l’enquête préliminaire, l’accusée a toujours nié les faits mis à sa charge. Mariée deux fois et actuellement veuve sans enfant, la nommée Justine Gnimon est soupçonnée par son entourage de pratiques peu ordinaires. Le comble, deux jeunes de douze ans environ, témoignent avec insistance qu’elle pratique de la sorcellerie. Ils ont décrit dans les moindres détails les conditions dans lesquelles ils pratiquent leur “art”. Mais devant le juge, la dame nie  son appartenance à un tel réseau.

Le ministère public a déploré l’absence des témoins mais tient au procès verbal de l’enquête préliminaire. Il est établi que la dame est à l’origine de plusieurs bouleversements dans sa société. Il est à noter que ses associés ont déclaré qu’elle a la capacité de renverser des véhicules de toute gamme, des poids lourds y compris. Des témoignages qui ne lui sont pourtant pas favorables. Au regard de tout cela, le ministère public a requis dix ans d’emprisonnement pour pratique de sorcellerie contre la prévenue.

L’avocat de la prévenue ne sera pas d’avis car, selon lui, aucun expert en la matière n’a été sollicité pour attester de ce que la dame soit effectivement sorcière ou pas. Par conséquent, il est hors de question que sa cliente soit aussi facilement condamnée pour des faits qui, pour lui, n’existent pas.

Le verdict

Le tribunal, statuant publiquement et contradictoirement,  évoque les articles 360 à 363 du Code de procédure pénale pour acquitter au bénéfice de doute l’accusée qui se serait livrée à des pratiques de sorcellerie consistant à porter atteinte à la personne de Issa Etchlekoun et Louis Guy Alimagnidokpo en emprisonnant l’âme de Issa ainsi que la tête et les dents de Louis Guy dans une bouteille.

Les faits

Les faits remontent à mai 2013. Alors que Louis Guy Alimagnidokpo et Issa Etchlekoun se plaignaient des douleurs de dents, des maux de tête sans en connaître les origines, il a été dit et confirmé par deux jeunots que dame Gnimon est l’auteure des maux. Leurs témoignages que voici ont obligé la brigade territoriale d’Abomey à confier le dossier à la justice en son temps.

Le premier collaborateur de la présumée sorcière, Cédric Gbétable déclarait lors de l’enquête préliminaire “c’est dame Justine Gnimon qui capte les esprits. Elle appelle le nom des intéressés neuf fois et leur esprit vient vers elle et elle les met là où elle veut. C’est l’esprit de ceux qui nous embêtent ou ne veulent pas de notre bien qui est capturé et souvent embouteillé pour les faire souffrir avant de les tuer, mais on aime les faire souffrir plus. On se rassemble à Djodji au carrefour Adandédjan et à Honmè. On est souvent très nombreux. Mais je fais partie des responsables, car j’ai beaucoup de puissances. J’ai fait au total trente-sept victimes en plus de ma tante, donc au total trente-huit. Maman Justine Gnimon est notre cerveau. Elle a des puissances pour faire renverser les véhicules même les poids lourds. Mais elle n’est pas mon chef, car si elle me commande, je peux refuser. C’est le cas ici maintenant où tout est à nu et à la portée de tout le monde”. Quant à son second, David Alimagnidokpo, il faisait comprendre que “Cédric Gbetable vient d’abord chez dame Justine Gnimon aux environs de deux heures du matin et comme nous sommes tous initiés, un oiseau apparaît et après un cri de reconnaissance, chacun se dirige vers son oiseau, nous tapons la tête de l’oiseau, il se calme, notre maman Justine Gnimon cherche la feuille d’usage et après les diverses invocations, chacun de nous incarne son oiseau et nous nous retrouvons sur les lieux des assises nocturnes. C’est ainsi qu’arrivés nous adoptons tous la position à genoux et nous saluons à tour de rôle Cédric Gbetable, et c’est lui qui répartit les diverses tâches à chaque sorcier présent sur les lieux. Je précise que ces diverses tâches sont liées aux travaux domestiques. A la fin de ces travaux, Cédric Gbetable ordonne que chaque sorcier saisisse une âme pour la viande. Après cette opération, Cédric Gbetable prononce des incantations sur chaque âme saisie qui se transforme en animal et que nous consommons. Après avoir fini, chaque oiseau retourne à la maison et l’âme reprend son corps. Effectivement, le flacon comportait une poudre constituée de l’âme de mon père et du grand-frère. C’est parce que mon père a tenté de me bastonner que nous avons saisi son âme et c’est ainsi qu’il souffre des maux de tête. Pour les délivrer, il faut ouvrir le flacon et verser le contenu dans des latrines et tous les maux seront guéris”.

Composition du tribunal

Président : Antoine Houézé
Assesseurs : Bienvenu
Anagonou, Alphonse Gbossou, Saliou Mohamed Obonou, Gédéon Adjiboyé
Ministère public : Ousmane Alédji
Greffier : Alain Ayikoué Kakpo

2 commentaires
  1. EFELDÉ dit

    Pauvre dame, dans un pays qui foisonne de mosquées et encore plus d’eglises de tous genres, l’administration en est encore au pré moyen âge.
    Pays d’hypocrites et de diables.
    Toute ma compassion à la pauvre *SORCIÈRE* .

  2. TODJINOU Moussa Edgard dit

    La bêtise humaine n’a pas de limites. Comment emprisonner une personne durant plusieurs années sans preuves et la libérée sans un mot d’excuse.
    Je demanderais à l’avocat de cette pauvre femme de demander des dommages et intérêts pour l’humiliation subie.
    La sorcellerie existe mais bon Dieu, que faites vous de votre foi en Dieu ?

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