Bénin: le Prof Joël Aïvo réclame “liberté et dignité” pour Yayi Boni

Le traitement infligé à l’ancien Président, Boni Yayi depuis les événements des 1er et 02 mai derniers n’est pas du goût du Professeur de droit constitutionnel, Joël Aïvo.

Dans un article publié sur sa page facebook, le doyen honoraire de la Faculté de droit et de sciences politiques(Fadesp) pense que le Président d’honneur du parti, Force Cauris pour un Bénin Emergent(Fcbe) ne mérite pas le sort à lui fait par la République. “Notre conscience collective et l’humanité des hommes qui habitent ce pays tolèrent-elles que l’Etat inflige à un de ses fils, qui plus est, ancien Chef d’Etat, un traitement aussi dégradant, en marge de toute légalité et sans aucune décision de justice ?”, s’interroge-t-il.

Selon lui, “Si Boni YAYI n’est pas au-dessus des Lois, il n’est pas non plus en dessous”. Il appelle à la retenue et invite tous les acteurs, notamment le Président de la République, l’élu de la Nation, à garantir les libertés constitutionnelles, à préserver ce havre de paix et à travailler, malgré les divergences politiques inéluctables, à la fraternité entre les Béninois afin que le pays ne bascule dans une impasse qui n’épargnera personne.

Pour finir, il réclame pour l’ancien chef de l’Etat, Boni Yayi, “liberté et dignité” dans l’intérêt supérieur de la Nation.

LIBERTE ET DIGNITE POUR BONI YAYI

Depuis le 28 avril 2019, notre pays a perdu sa quiétude, son peuple, quoique résolu et déterminé, a le regard hagard et ne réalise toujours pas, la traque politique, la violence et l’insécurité qui lui tombent sur la tête. A tout ceci, s’ajoute le sort que fait la République à Boni YAYI un de ses serviteurs les plus loyaux et les plus dévoués. Depuis plusieurs semaines, Boni YAYI, ancien Président de la République (2006-2016), est cantonné chez lui, privé de ses droits constitutionnels, interdit de sortie, de visite, de soins et contraint à un régime plus sévère que celui qui est fait ordinairement à un criminel dangereux.

Devant vous, pendant cinq (5) ans, j’ai combattu politiquement le Président Boni YAYI lorsque j’étais le Directeur de Cabinet et Porte-parole du Président Adrien HOUNGBEDJI. Devant vous, pendant cinq (5) nouvelles années, en tant qu’universitaire, libéré de tout engagement politique, j’ai défendu face aux Gouvernements YAYI ce qui me semblait être l’intérêt général, les libertés, la démocratie et l’Etat de droit.

Aujourd’hui, ce qui est en cause c’est la dignité d’un des nôtres et, au-delà, la réputation de notre pays. Il faut le dire, le traitement qui est fait à Boni YAYI, depuis quelques semaines, est injuste. Boni YAYI qui a dirigé ce pays pendant dix (10) ans, celui que nous connaissons et que nous avons vu au service des plus déshérités, infatigable pour la cause de notre pays, cet homme-là, qui a respecté les règles électorales et a même été capable de fait jouer les règles démocratiques y compris pour rendre possible l’élection de son adversaire irréductible, ce Boni YAYI là, ne mérite pas ce que nous lui infligeons.

Je voudrais le dire de toutes mes forces, non pas pour accuser mais pour en appeler à la conscience de ce pays. Notre conscience collective et l’humanité des hommes qui habitent ce pays tolèrent-elles que l’Etat inflige à un de ses fils, qui plus est, ancien Chef d’Etat, un traitement aussi dégradant, en marge de toute légalité et sans aucune décision de justice ? Si Boni YAYI n’est pas au-dessus des Lois, il n’est pas non plus en dessous.

Si par notre silence collectif, nous restons insensibles au sort du Président Boni YAYI, si de notre silence collectif, le Gouvernement tire la force de poursuivre l’internement de Boni YAYI et son isolement au risque de sa santé, nous aurions tous, citoyens et gouvernants, contribué à inaugurer aujourd’hui un cycle de règlement de comptes qui rendrait désormais possible, malgré nos lois, la chasse à l’homme et l’humiliation d’adversaires politiques par tous les moyens. Si enfin, il peut être possible en Afrique et en 2019, de traiter un ancien Chef d’Etat de cette façon, alors et alors là, le Bénin aura ruiné tous les efforts faits ces trente (30) dernières années d’abord, pour rendre possible l’alternance, ensuite, pour faciliter la transmission pacifique du pouvoir et enfin, pour expliquer aux Chefs d’Etat africains qu’il y a une vie paisible après le pouvoir.

Les temps ne sont pas bons et nous avons le devoir patriotique et l’obligation morale de nous demander si nous sommes bien sur la bonne voie, si notre pays se renforce ou se fragilise en mettant sur les routes de l’exil certains de ses enfants, en jetant d’autres en prison pour leurs opinions. Demandons-nous aussi si l’unité de notre peuple, la cohésion nationale et la paix préalables au progrès social sont renforcées par les événements en cours dans notre pays depuis quelques mois.

Je voudrais donc en appeler à la retenue et inviter tous les acteurs, notamment le Président de la République, l’élu de la Nation, à garantir les libertés constitutionnelles, à préserver ce havre de paix et à travailler, malgré les divergences politiques inéluctables, à la fraternité entre les Béninois afin que le pays ne bascule dans une impasse qui n’épargnera personne d’entre nous.

Alors, pour Boni YAYI, citoyen béninois et ancien Président de la République, je réclame liberté. Pour Boni YAYI, citoyen du monde libre, et serviteur de la cause africaine, je réclame dignité.

Que Dieu bénisse notre pays.

Frédéric Joël AÏVO
Professeur de droit constitutionnel
Doyen Honoraire

6 commentaires
  1. A.VIGAN dit

    Ils se connaissent et ne font tromper que le peuple analphabète de tout rouage politique et autre

  2. 321 dit

    Vous êtes un exemple. Je vous dis bravo.

  3. Tchede dit

    Je pense qu’ils ont intérêt à réagir, avant que le pays ne rougisse….. Sinon nous sommes déjà à la couleur orange…..

  4. Komoulo Richard dit

    Merci Doyen Honoraire pour votre sens de patriotisme, le pays rester debout.

  5. mazounga dit

    merci mr le professeur pour votre franc parle,vous etes un modele

  6. Dona dit

    Le professeur a tout dit, la conscience collective se tait et se meurt pour permettre à un seul homme de décider du droit de vie ou de mort de tous. Levons-nous pour barrer la voie à l’imposture, la servitude, l’impartialité. Le Bénin n’est la propriété privée de personne fut il président ou quoique ce soit.

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