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La révolution soudanaise et la géopolitique des droits de l’homme

L’ancien président soudanais Omar al-Bashir a été mis en accusation par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et génocide. Mais pourquoi n’est-il pas en procès?

Les dirigeants de l’armée soudanaise ont destitué le président Omar al-Bashir du pouvoir lors d’un coup d’État le 11 avril 2019. Cette initiative intervient après cinq mois de manifestations de masse dans les principales villes du pays. Des manifestations qui ont été déclenchées par de fortes réductions de la subvention pour le pain, mais soutenues par un ressentiment généralisé à l’égard de la corruption du gouvernement et des décennies de guerre civile dans le pays, au Darfour et dans la région qui est aujourd’hui le Soudan du Sud.

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Al-Bashir est le dernier dictateur à chuter depuis le début des troubles régionaux de 2011 dans le prétendu «Printemps arabe». L’élan plein d’espoir de ces mouvements a semblé briser ces dernières années par la répression violente dans de grands États tels que l’Égypte, et la guerre civile brutale en Syrie. Au début d’avril 2019, toutefois, des manifestations de grande ampleur ont abouti à la démission du président algérien Abdulaziz Bouteflika, qui avait demandé un cinquième mandat. Les événements survenus en Algérie et au Soudan montrent que l’idéologie et les tactiques organisationnelles des jeunes mouvements de démocratie de masse ont survécu.

Les préoccupations économiques et stratégiques empêchent de nombreux pays de prendre parti, en particulier lorsque l’issue des révolutions sociales reste incertaine.

Toutes ces révolutions ont posé un dilemme diplomatique à la fois aux superpuissances mondiales et aux voisins régionaux. La plupart d’entre eux renoncent publiquement aux violations des droits humains des autocrates qui ont provoqué de telles manifestations nationales. Mais les préoccupations économiques et stratégiques empêchent de nombreux pays de prendre parti, en particulier lorsque le résultat des révolutions sociales reste remis en question. En effet, de nombreuses contre-révolutions ont amené les États-Unis à soutenir l’opposition (telle que la reconnaissance des Frères musulmans égyptiens en 2012) dans des théories du complot jouant sur les inquiétudes postcoloniales du public selon lesquelles les superpuissances enfreignent leur souveraineté nationale.

L’une des circonstances uniques de la transition actuelle au Soudan est qu’Al-Bashir a été mis en accusation par la Cour pénale internationale en 2008 pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité et en 2010 pour génocide pour le conflit au Darfour. Issue de tribunaux internationaux tels que les procès de Nuremberg, la CPI n’a que vingt et un ans. Elle a été créée pour officialiser les poursuites pour génocides des années 1990, comme les conflits en Bosnie et au Rwanda. Kurt Mills, spécialiste des droits de l’homme, fournit une analyse détaillée du processus par lequel Omar al Bashir est devenu le premier président au monde à être mis en accusation par la CPI.

Al Bashir, la CPI, l’UA et la résistance

Tandis que la CPI avait inculpé des acteurs non étatiques tels que Joseph Kony sans incident, la décision de poursuivre Omar al-Bashir a déclenché un différend diplomatique entre l’Union africaine (UA) et la CPI. L’UA est la première organisation diplomatique continentale créée il y a vingt et un ans. Trente-trois États africains ont dûment ratifié le Statut de Rome, qui reconnaît la responsabilité individuelle pour les crimes de guerre et la compétence de la cour. Pourtant, l’acte d’accusation de Bashir a rencontré une forte opposition de nombreux délégués auprès de l’UA en 2008. Tous les cas en instance devant la CPI impliquent des Africains, et les États africains exercent un faible pouvoir dans le cadre des Nations Unies. Certains ont donc décrit l’acte d’accusation comme une nouvelle forme de puissance européenne néocoloniale sur le continent sous prétexte de faire respecter les droits de l’homme.

Les généraux soudanais qui ont organisé le coup d’État se battent actuellement pour se positionner dans le nouvel ordre politique. Maintenant qu’Al-Bashir est parti, l’UA a exigé qu’ils confient le pouvoir à un gouvernement civil au lieu d’attendre deux ans comme ils le souhaitent. Mais la seule chose que les généraux ont catégoriquement refusé de faire est d’autoriser l’extradition d’Omar al-Bashir pour un procès devant la CPI. Il sera remarquable de voir ce que l’UA ou l’ONU pourraient faire pour les convaincre de faire des compromis sur cet aspect de leur souveraineté perçue. Si le conseil militaire tient à se maintenir en place pendant la période fixée, c’est-à-dire deux ans, il risque de faire des compromissions pour avoir le soutien de la communauté internationale, en occurrence, les grandes puissances. Livrer Bashir à Bensouda pourrait faire partir de ce deal éventuel.

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