Bénin: lettre de Victor Topanou à Patrice Talon, un coup d’épée dans l’eau?

Le professeur Victor Prudent Topanou, comme à ses habitudes, a écrit une lettre au président Patrice Talon. Ladite lettre dont le titre « Tout devient possible » ! est inspiré d’une déclaration de Me Robert Dossou en février 1990 comme pour signifier que le Bénin venait de tourner dos à la violence pourrait ne pas rencontrer l’assentiment du patron de la Marina pour plusieurs raisons.

Primo, le professeur de science politique, Victor Topanou, a exprimé de vive voix, en 2017, sa prudence face à la révision de la Constitution par le régime de la rupture. Cette posture a déplu aux caciques du régime et probablement au chef de l’Etat. L’universitaire a voulu d’un débat public autour de la question et dénonçait déjà des articles dans le projet rejeté par les députés le 4 avril 2017. Sa position était visiblement celle qu’ont affichée les députés de la minorité au sein de l’Hémicycle. Il n’est donc pas exclu que ce sachant soit taxé, à tort ou à raison, d’être proche de l’opposition ou carrément membre de l’opposition.

Mieux, alors que l’opposition battait le macadam le lundi 11 mars dernier pour fustiger leur exclusion des législatives, le natif d’Abomey-Calavi y était aperçu. Il a même fait des déclarations hostiles au pouvoir en place. Le magazine panafricain a réussi à lui soutirer des expressions qui n’arrangent pas le chef de l’Etat. “Le régime du président Talon est un rouleau compresseur qui a atteint son summum”, disait-il. Cette posture plus ou moins axée sur la critique, quoique constructive, place le juriste de haut niveau dans la catégorie de ceux qui s’opposent au gouvernement en place.

Une lettre aux chances minces pour changer la donne

Le professeur Topanou est-il, à ce jour, qualifié pour être écouté par le régime Talon encore moins par le locataire de la Marina, lui-même? C’est là toute la problématique de la lettre que le président du parti (FUR) front uni de la République a bien voulu adresser à Patrice Talon. la démarche de l’ancien garde des sceaux de Boni Yayi est tel un gâteau qu’une femme divorcée envoie à sa coépouse. La méfiance du camp d’en face l’obligera à considérer le gâteau comme un cadeau empoisonné. Soit, elle le jetterai à la poubelle ou elle le donnera aux animaux pour espérer son éventuel impact.

C’est dire que les mots et les expressions du juriste risquent de tomber dans les oreilles de sourds. Encore que Victor Prudent Topanou, très verbeux, a choisi de rappeler certains moments historiques de la récente vie politique du Bénin dans sa lettre. Les rappels qui peuvent fâcher, à n’en point douter. Ces quelques conditions crisperont la réception du message par qui de droit. Même s’il faut reconnaître que certaines propositions contenues dans la lettre sont indubitablement exploitables pour éviter le pire au Bénin, il n’en demeure pas moins que les positions des uns et des autres sont visiblement déjà tranchées.

Faire endosser au gouvernement le risque du vide juridique?

Patrice Talon ne recule pas facilement devant les situations. En bon opérateur économique, il croit en ses convictions et tente de convaincre son interlocuteur. A maintes reprises, le chef de l’Etat n’a pas voulu se laisser faire. Il donne l’impression d’avoir une parfaite maîtrise de tous les dossiers à lui soumis. Mais dans cette atmosphère de crise pré-électorale, il a pris le soin de rencontrer en amont les présidents d’institutions avant que son gouvernement ne s’y penche. Décider de faire machine arrière, c’est bafouer l’autorité des présidents d’institutions et assumer les éventuelles conséquences du vide juridique constitutionnel quand bien même la constitution lui confère l’autorité.

La lettre de Victor Topanou, dans ces conditions, n’aboutira pas, sinon n’aboutira à rien. Il faudra, peut-être, que les présidents d’institutions prennent sur eux la responsabilité de faire un revirement pour que les cartes soient rebelotées.

2 commentaires
  1. MAX LA MENACE dit

    Mais dans cette atmosphère de crise pré-électorale, il a pris le soin de rencontrer en amont les présidents d’institutions avant que son gouvernement ne s’y penche. Décider de faire machine arrière, c’est bafouer l’autorité des présidents d’institutions et assumer les éventuelles conséquences du vide juridique constitutionnel quand bien même la constitution lui confère l’autorité.

  2. Ekanmi dit

    Est ce que la rencontre de ces présidents d’institutions étaient constitutionnelle ?
    La décision de ces présidents d’institutions dépasse – t – elle ce que la constitution lui confère en tant que président de la république ?

    Ekanmi !

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