Le Bénin veut se tourner vers les eurobonds pour financer son économie

Si de plus en plus de pays de l’Afrique subsaharienne accèdent aux obligations publiques émises en devise sous forme d’emprunt, ce n’est pas le Bénin, avec la transformation structurelle actuelle de son l’économie, qui sera du reste. Le pays prépare, en effet, sa première incursion sur les marchés obligataires en dehors de la zone Franc, pour diversifier ses sources de financement.

Après les Seychelles qui furent en 2006 le premier État d’Afrique Subsaharienne (hors Afrique du Sud) à émettre un eurobond d’une valeur de 30 millions USD, le Bénin fait le choix, plus d’une décennie après, d’affirmer sa présence sur les marchés financiers internationaux. Selon Jeune Afrique, le Bénin se prépare pour le lancement d’une émission d’obligations sur le marché international de la dette. Une première, dans l’histoire du pays, qui dénote de l’ambition du ministre de l’Économie et des finances, Romual Wadagni, d’augmenter les capacités de mobilisation des ressources du pays.

 » Le montant de l’opération n’est pas encore connu mais il sera libellé en euros et aura une échéance maximale de huit ans » nous rapporte Jeune Afrique. Pour conduire l’opération, continu le média, « le pays a fait appel à trois banques, Citigroup Inc., Natixis SA et Société Générale SA qui, depuis le 13 mars, ont entamé des discussions aux États-Unis et en Europe avec de potentiels acheteurs de ces eurobonds ou euro-obligations « .

Quid des eurobonds ou euro-obligations ?

Par définition, une obligation est un prêt qu’un investisseur fait à une entité (entreprise ou gouvernement) qui emprunte les fonds pour une période de temps définie à un taux d’intérêt fixe. Le Bénin, par le passé, s’est déjà lancé à plusieurs reprises sur le marché régional (zone UEMOA) de ces obligations.

Cette fois-ci, on parle d’eurobonds ou euro-obligations parce que cette obligation (dette) est libellée dans une monnaie qui n’est pas celle du pays qui émet l’obligation, c’est à dire le franc CFA. Ce sont des titres de dette émis par des investisseurs à l’intérieur de la zone euro.

Pourquoi les eurobonds ?

Selon les économistes, les euro-obligations constituent un moyen pour diversifier les sources de financement des investissements et s’affranchir de l’aide internationale. Non seulement ces eurobonds vont permettre au Bénin, d’emprunter de l’argent à faibles taux d’intérêt, pour financer son PAG, mais aussi de réduire son déficit budgétaire dans un contexte où les donateurs hésitent à augmenter leur aide publique au développement.

Selon l’économiste américain Joseph Stiglitz, rapporté par le site AMECAS, l’aide publique au développement et les prêts concessionnels accordés par des organismes bilatéraux ou multilatéraux se sont montrés inadéquats dans la résorption du déficit infrastructurel et à une réduction significative de la pauvreté sur le continent africain. Les conditions associées à ce type de financement et l’étroite surveillance des États bénéficiaires en font une source de financement beaucoup moins attractive. D’où l’opportunité des euro-obligations comme une panacée pour faire face à l’immense défi de développement.

Cette diversification des sources de financement de l’économie béninoise sera également un moyen de se passer de la méthode traditionnelle de financement qui est le recours à l’aide au développement, à la dette concessionnelle, en général négociée avec le FMI ou la Banque Mondiale.

Toutefois, les euro-obligations sont exposées à un risque de change. Etant désormais sur un marché de taux flexible, contrairement au taux fixe de la zone UEMOA (franc CFA), les taux de change peuvent varier rapidement. Cette variation peut affecter le rendement total sur une euro-obligation, ceci parfois de façon spectaculaire dans un très court laps de temps . Voilà par exemple pourquoi le FMI met en garde les pays africains pour cette méthode de financement.

Les précurseurs du Bénin sur le marché des émissions d’eurobonds

De plus en plus, les pays africains ont recours aux eurobonds, pour faire face à leurs immenses défis de développement. Selon AMECAS, on estime le montant levé par les Etats africains durant la période 2007-2017 à un peu plus de 20 milliards USD.

Les Seychelles furent le premier État d’Afrique Subsaharienne (hors Afrique du Sud) à émettre un eurobond en 2006 d’une valeur de 30 millions USD. Le Ghana a été le second pays à émettre un eurobond d’une valeur de 750 millions USD à un taux de 8,5% pour une échéance de 5 ans. Par la suite le Ghana a eu recours à ce mode de financement à 4 reprises (2013, 2014, 2015). Au sein de l’UEMOA et de la CEMAC, l’émission d’eurobonds est restée limitée à 5 pays : Gabon (2007, 2017), Congo (2007), Sénégal (2009, 2017), Côte d’Ivoire (2010, 2017), Cameroun (2015). Entre 2010 et 2017, d’autres pays d’Afrique subsaharienne ont émis des eurobonds tels que le Nigéria, Tanzanie, Zambie, Mozambique, Rwanda, Afrique du Sud, Éthiopie, Kenya et l’Angola. Ces données peuvent subirent de petite modifications en tenant compte des transactions de 2018.

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