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[Exclu] Il y a 3 ans, Patrice Talon était élu président: l’opinion de Daniel Edah

Ce 20 mars 2019, cela fait trois ans jour pour jour que Patrice Talon a été élu président de la République au terme du second tour de la présidentielle de mars 2016. Il était alors porté par la coalition de rupture afin de dire non au slogan du camp adverse porté par Lionel Zinsou « Après nous, c’est nous ». Que retenir de la gestion du nouveau président ? Les objectifs définis lors de la fomation de cette coalition née à la veille de l’élection  ont-ils été atteints. Nous avons recueilli pour vous l’avis de l’ex candidat Daniel Edah.

BÉNIN WEB TV: Ce 20 mars 2019, cela fait 3 ans jour pour jour que le peuple béninois a porté son choix sur le Candidat Patrice Talon, au second tour de l’élection présidentielle sur orientation des candidats de la Coalition de la Rupture dont vous faisiez partie. A l’heure du bilan à mi-parcours, que doit-on mettre sous la dent ?

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Daniel Edah : D’abord je vous remercie pour l’opportunité que vous me donnez d’évoquer ce que nous avions fait en tant que peuple il y a effectivement trois ans. Le peuple ne voulait plus de l’ancien régime et de tout candidat représentant en ce moment-là le fameux slogan « Après nous, c’est nous ». Il l’a clairement démontré par son vote largement majoritaire accordé aux candidats alors opposés au régime. Le message du peuple ayant été entendu et le peuple n’ayant jamais tort, nous avions respecté son orientation en appelant à voter le Candidat Patrice Talon au second tour comme vous le dites si BIEN. Et déjà au soir du 20 mars 2016, avec les tendances et le coup de fil téléphonique historique que lui a donné son challenger du second tour, le Candidat Patrice Talon devenait Président élu en attendant même la proclamation par la CENA et la confirmation par la Cour constitutionnelle.

Le « Après nous c’est nous » a été battu, donc renvoyé par le peuple au vestiaire. On ne devrait plus avoir les acteurs du « Après nous c’est nous » au cœur de la gestion de l’Etat, pas en tout cas sous le Président Patrice Talon. La rupture était pour moi incompatible avec le « Après nous c’est nous ». Et c’est d’ailleurs, si vous vous souvenez, pourquoi j’avais parlé de la nécessité d’une rupture profonde pendant que la coalition originelle de la rupture se formait en janvier 2016. Je n’en faisais pas partie. Entre les deux tours, il fallait choisir et après maintes hésitations, considérant les pressions de toutes parts y compris de certains soutiens aujourd’hui actionnés pour nous contraindre à disparaître et surtout du peuple qui ne voulait plus de l’ancien régime, j’ai rejoint la coalition de la rupture entre les deux tours. Sur la promesse que le « Après nous c’est nous » n’aura pas droit de cité sous la rupture promise au peuple. C’était une des promesses, une promesse à laquelle j’avais cru en tant que candidat du premier tour ayant rejoint la coalition de la rupture. Tout ceci est de l’histoire à présent. Trois ans passés, vous, comme tout le peuple béninois, êtes en droit de vouloir savoir où nous en sommes. Je me dois de remercier Dieu pour les trois ans que le Président Talon boucle aux commandes de notre pays et je prie pour que seule la volonté de Dieu soit faite dans sa vie et dans la vie du peuple béninois.

De la kyrielle d’engagements pris à l’égard  des autres candidats de la Coalition de la rupture et du peuple, dites-nous lesquels ont fait objet de satisfaction ?

Daniel Edah : Je voudrais avant tout préciser qu’il n’a été jamais question, pour ce qui me concerne en tout cas, d’engagements financiers du Président Patrice. Il était essentiellement question de comment la coalition de la rupture allait solidairement, sous son leadership, conduire les affaires de l’Etat pour faire oublier à nos compatriotes toutes les malversations, les nombreux scandales économiques et financiers ayant émaillé le régime précédent, relancer la démocratie qui tendait à céder face aux velléités dictatoriales avec la proclamation par l’ancien président de la « dictature du développement », relancer l’économie pour créer des emplois et libérer la presse, notamment les organes de service public qui étaient devenus les moyens d’action des griots de l’ancien président. J’y avais cru. Vous savez mieux que moi si tout ceci est encore d’actualité aujourd’hui. J’ai une profonde pensée pour les anciens candidats du premier tour de la présidentielle de 2016 ayant soutenu le Président Talon au second tour et qui se sont retrouvés dans diverses affaires devant la justice ou en prison, notamment les Présidents Atao Hinnouho, Saliou Youssao et Sébastien Ajavon.

Mes pensées vont également à tous les syndicalistes, les femmes et les jeunes leaders qui s’étaient mobilisés pour faire échouer le candidat de l’ancien régime et qui depuis sont devenus des victimes d’un système judiciaire apparemment aux ordres.

J’ai une pensée particulière pour le syndicaliste Laurent Metongnon, les jeunes actuellement contraints à l’exil ou emprisonnés comme Sabi Sira Korogoné, les milliers de compatriotes ayant perdu leurs emplois dans différentes réformes engagées  et les femmes revendeuses dont les entreprises ont été détruites et les emplois volés suite aux déguerpissements de l’espace public qui auraient pu être organisés autrement pour atteindre l’objectif d’embellissement de nos villes tout en préservant les sources de revenu des plus vulnérables de notre société qui devraient être protégés envers et contre tout par l’Etat.

Enfin, j’ai une pensée pour tous les béninois qu’ils aient été acteurs ou non de l’ancien régime et qui sont aujourd’hui contraints à l’exil pour échapper à l’emprisonnement dans des dossiers pour lesquels ils continuent de clamer leur innocence.

Les portes de la prison seront ouvertes en son temps pour que tous ceux qui s’estiment injustement embastillés soient libérés et le retour de ceux actuellement en exil sera facilité pour qu’ensemble nous construisons le Bénin économiquement prospère et socialement stable.

Aux plans social, politique et autres, quel est votre regard sur la gouvernance sous Talon?

Daniel Edah : Je me réserve de faire le bilan de la gouvernance Talon. Ce n’est pas le moment. Nous aurons bientôt l’occasion de comparer les promesses aux réalisations. Et chacun se fera une idée, y compris ceux qui soutiennent sans condition le régime. Ce qui me préoccupe pour l’heure c’est ce qu’il faut faire pour avancer, faire avancer notre pays au plan économique notamment. Le social est tenu par l’économique tandis que le politique détermine les deux. Vous n’êtes pas sans savoir, même si la fierté du béninois l’oblige à arborer le sourire pendant qu’il saigne, que les entreprises privées dans notre pays sont en difficultés, les femmes des marchés, les opérateurs touristiques, les artisans béninois et même les béninois de la diaspora qui rêvaient pourtant de revenir investir massivement dans leur pays après l’élection présidentielle de 2016 sont surpris que les réformes du Président tardent encore à apporter le miracle nécessaire pour le porter en triomphe. Mon engagement politique est pour la transformation économique de notre pays en vue de résoudre les problèmes sociaux. Voilà pourquoi vous me permettrez de me concentrer sur quelques aspects urgents du volet économique de notre pays.

Il faut être honnête pour reconnaître que les difficultés des entreprises ne datent pas du 20 mars 2016 ou plus exactement du 6 avril 2016. Seulement, on attendait le miracle vu la qualité d’homme d’affaires du Président de la République et aussi à partir de sa promesse de faire « le miracle ». Mon constat que ces difficultés héritées du régime précédent se sont empirées, les victimes sous l’ancien régime étant devenues les bourreaux de ceux qui les persécutaient. Bien sûr en épargnant, les rares sphinx qui ont su faire usage de ruse pour se convertir rapidement. Malheureusement, certains entrepreneurs et opérateurs économiques qui ont dépensé des fortunes pour son élection sont aussi comme mis en quarantaine tout en demeurant au service du système. J’ai comme l’impression que le système tient à neutraliser toutes les forces économiques dont le contrôle illicite lui échappe. Je note  une peur voire une psychose qui empêche les opérateurs économiques victimes de s’ouvrir et d’exprimer les difficultés qu’ils vivent.

Dans un pays normal, du moins dans le Bénin économiquement prospère et socialement stable pour lequel je suis engagé en politique, tous ceux qui ont des chiffres d’affaire supérieures ou égaux à 500 millions ou 1 milliard de francs CFA devraient être chouchoutés et accompagnés par l’Etat. Car ils sont les créateurs de la richesse, ceux dont nous devons travailler à multiplier l’effectif.

Paradoxalement chez nous il suffit que vous montriez des signes de richesse pour qu’on se mette à vos trousses pour des redressements que beaucoup qualifient d’injustes.

Nous devons nous organiser pour qu’au moment opportun un bureau spécial soit créé pour recevoir les plaintes et réexaminer favorablement les situations de toutes les entreprises qui auront été, selon elles, injustement redressées.

Ce faisant, nous ne faisons de faveur à aucun individu mais nous contribuerons à relancer l’économie nationale par le secteur privé qui perd depuis quelques temps la confiance en l’Etat qui est censé le protéger.

De même, le paiement des impôts par les entreprises ne doit pas forcément passer par la répression mais plutôt par la sensibilisation et les conseils fiscaux. Il ne doit pas non plus être utilisé, à l’instar de certaines réformes pertinentes mais malheureusement taillées sur mesure, pour forcer l’adhésion de certains opérateurs économiques et autres citoyens influents à la politique partisane du régime.

Malheureusement au même moment que les entreprises sont persécutées pour le paiement des impôts ou à travers des redressements, l’Etat continue de devoir à plusieurs d’entre elles sur une, deux voire trois années sans se préoccuper de leurs engagements auprès des banques et du sort de leurs personnels salariés.

Dans les faits, il est clair qu’en se refusant de régler à temps les dus aux entreprises privées, le gouvernement fait du secteur privé sa banque d’investissement public et œuvre inconsciemment à étouffer la création de la richesse et des emplois. Ce qui n’est pas normal et qui doit être changé.

Au moment opportun, nous prendrons les dispositions pour le paiement intégral de toute la dette intérieure et nous réformerons le code des marchés publics. Pour ce qui est particulièrement de la réforme du code des marchés publics, nous visons deux objectifs principaux:

– libérer les ressources des entreprises privées en obligeant l’Etat à désormais payer toute prestation ou service rendu par une entreprise privée dans un délai maximal d’un mois après la livraison et la réception officielle du marché;

– faire des marchés publics un dispositif d’encouragement du secteur privé à accompagner la politique de création d’emploi du gouvernement: plus une entreprise offre des emplois et des stages aux jeunes, plus elle sera éligible à certains niveaux de marché public.

Comme vous voyez, une meilleure santé économique du secteur privé béninois aiderait énormément l’Etat à résoudre le problème de chômage et même à recaser les dizaines de milliers qui ont perdu leurs emplois ou forcés à la retraite au cours de ces trois dernières années.  

La commémoration des 3 ans de l’avènement au pouvoir de la rupture intervient à un moment où le Bénin traverse une crise sans précédent. Quelles sont selon vous, les solutions pour une sortie de crise?

Daniel Edah : Il faut que la sagesse prenne le pas sur les calculs politiciens. Ce que nous traversons en ce moment est grave et demande que le système composé de l’opposition et de la mouvance accepte de jouer balle à terre et se souvienne que le peuple ne demande que le pain et la paix au quotidien. Toute action politique, toute réforme politique devrait avoir cela en esprit et éviter l’instauration du chaos qui se profile à l’horizon.

Je ne fais pas partie de ce système qui nous gouverne en ce moment. Je ne peux donc que tirer sur la sonnette d’alarme, encourager le système composé de la mouvance et de l’opposition à rompre avec les calculs habituels, rester solidaire du peuple inquiet, l’inviter à la sérénité et continuer de prier pour que la volonté de Dieu, et seule la volonté de Dieu, se fasse dans notre pays.

De quel type de parlementaire rêvez-vous pour la 8eme législature, vous qui êtes Président de parti politique ?

Il faut dire à l’heure actuelle que j’étais Président de parti politique. En tout cas, si nous nous en tenons à la réforme du système partisan telle qu’adoptée et qui prescrivait que les anciens partis politiques non mis en conformité disparaitraient à compter du 17 mars 2019 !  Ceci dit, nous travaillons à la création d’un tout nouveau parti politique à idéologie social-démocrate pour défendre la vision du Bénin économiquement prospère et socialement stable.

Pour le type de parlementaire, je souhaite simplement bonne chance à toutes les listes en compétition pour les élections législatives prochaines et je les assure que nous sommes disposés à travailler avec eux, le moment venu, pour la prospérité et la stabilité de notre pays.

Avec la mise en application de la réforme sur le système partisan, beaucoup de formations politiques dont FCBE, USL, RE ont perdu depuis ce 17 Mars leur légitimité. A qui la faute selon vous ?

La réforme a été adoptée par le système auquel ils appartiennent même s’ils ont voté contre. Vous me demandez à qui la faute ? La faute est au système que nous devons désormais tous combattre. Car ce système qui nous a conduits dans les incertitudes actuelles n’est plus recommandable pour le bien-être de notre pays. Il ne s’agit pas d’indexer un seul individu. Tout ce qui arrive est le résultat d’une série d’actions et de compromissions entretenues au sein du système. Le responsable des dégâts, vous voyez bien, c’est le système. Et moi je suis contre le système.

Un message à la classe politique pour conclure cet entretien

Je voudrais inviter la classe politique béninoise à reconnaître qu’à chaque génération correspondent ses défis qui ne peuvent trouver de solution qu’en son sein. Bien évidemment les conseils des anciennes générations doivent être pris en compte par les jeunes générations si elles veulent éviter leurs erreurs mais non pas pour refaire exactement ce que les anciens ont eu à faire.

Chaque génération ayant le devoir de mieux faire que ses aînées, en se servant des solutions de son temps et à sa portée.  Donc, continuer à vouloir relever les défis de notre génération avec des solutions empruntées aux générations passées ou au système qui manifestement est à bout de souffle est un choix suicidaire à la fois pour le présent et l’avenir de notre Nation.

Nul n’est indispensable et nul n’est incontournable. Tout le monde est utile.

Dieu bénisse le Bénin !

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