RDC, Gabon, Soudan, Bangladesh, un début d’année avec des violations des droits numériques

Alors que le monde célébrait la nouvelle année 2019, le Soudan, le Bangladesh, la République démocratique du Congo (RDC) et le Gabon ont fermé Internet, bloqué les services en ligne et bloqué les médias sociaux, violant ainsi les droits de leurs peuples à l’information et à la liberté d’expression.

En réponse à la situation en RDC, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté d’expression, David Kaye, a expliqué : « Un arrêt général du réseau constitue une violation flagrante du droit international et ne peut être justifié par aucun moyen. » En particulier, lors d’élections et de périodes de tensions exacerbées, «Les barrages nuisent à l’accès des personnes à l’information, mais également à leur accès aux services de base», a déclaré Kaye.

Que s’est-il passé en République démocratique du Congo? 

Aux petites heures du 10 janvier 2019, la Commission électorale nationale indépendante de la RDC (Commission électorale nationale indépendante ou CENI) a annoncé que le chef de l’opposition, Felix Tshisekedi, avait remporté l’élection présidentielle dans l’un des plus grands pays d’Afrique. Même si l’incertitude plane encore sur l’investiture de ce dernier (en attendant la décision de la cour), cela surprend beaucoup de monde. Les élections, attendues depuis longtemps, et qui, ont enfin eu lieu le 30 décembre ont été entachées d’irrégularités électorales, de manifestations et de nombreuses violations des droits de l’homme. Juste après la fermeture des bureaux de vote, le 31 décembre, le gouvernement a mis en place un système national de blocage des SMS et d’Internet, toujours en vigueur.

S’appuyant sur un historique de perturbations intentionnelles du réseau, y compris des fermetures d’internet en janvier et février 2018 lors de manifestations, ce dernier arrêt était particulièrement dangereux. L’absence de services Internet et SMS rend le travail des prestataires de services de santé en RDC encore plus difficile, car ils luttent contre une épidémie d’Ebola dans certaines régions du pays. De plus, il s’agit du premier arrêt d’Internet qui a également touché les réseaux communautaires: les ordres consistaient à fermer des réseaux maillés et communautaires ciblés en plus des sociétés de services de télécommunications.

Que s’est-il passé au Gabon?

Depuis plus de 50 ans, le Gabon, qui ne compte que deux millions d’habitants, est dirigé par la famille Bongo. À la mort d’Albert-Bernard Bongo en 2009, son fils, Ali Bongo, musicien en difficulté, a été nommé président lors d’une élection boycottée par les partis de l’opposition. Le président Bongo n’a pas été vu en public depuis son accident vasculaire cérébral en octobre 2017 et réside actuellement au Maroc.

Au petit matin du 7 janvier, des soldats ont repris les chaînes de télévision et de radio de Libreville et ont annoncé leur prise de pouvoir pour selon eux, rétablir la démocratie au Gabon. En moins de 24 heures, la tentative de coup d’Etat a été déjouée et quelques-uns des soldats qui ont participé ont été tués. Alors que la tentative de coup d’État était en cours, la connexion Internet de tous les fournisseurs de services de télécommunication était déconnectée.

Les cinquante années de règne de la famille Bongo au Gabon sont marquées selon des observateurs, par de nombreuses fraudes électorales et violations des droits de l’homme, notamment des actes de torture, des arrestations ainsi que par un manque de liberté de la presse et des coupures de connexion Internet. Au cours d’une élection disputée en 2016, le Gabon a fermé Internet pendant quatre jours et a ensuite mis en place un couvre-feu de 12 heures sur Internet.

Que s’est-il passé au Soudan?

Au cours des trois dernières semaines, le Soudan a été secoué par des manifestations massives à travers le pays. Ce qui semblait avoir commencé dans la capitale, Khartoum, avec la flambée des prix des denrées alimentaires et le taux d’inflation élevé, a maintenant saisi d’autres villes comme Omdurman. En réponse à ces manifestations à l’échelle du pays, le gouvernement a convoqué ses propres manifestations et le président, lors de multiples déclarations télévisées, s’est engagé à augmenter les salaires des fonctionnaires, à contrôler l’inflation et à endiguer la crise économique.

Alors que les récentes manifestations envahissaient tout le pays, le gouvernement soudanais a ordonné aux fournisseurs de services de télécommunication de bloquer l’accès aux plates-formes de médias sociaux, notamment Facebook et Twitter. Ces blocages étaient en vigueur du 20 au 28 décembre 2018 et semblent avoir été levés sur tous les télécoms, à l’exception d’un, Zain. Mais les tensions dans le pays continuent de s’intensifier et la violence policière contre les manifestants atteint de nouveaux sommets. Le Soudan à l’habitude de recourir à la fermeture d’Internet pendant les périodes d’agitation, comme lors des manifestations anti-gouvernementales de 2013.

Au cours des trois dernières décennies, beaucoup de choses se sont déroulées au Soudan. Par exemple, la partie sud du Soudan a fait sécession , emportant avec elle une grande partie de la réserve de pétrole et devenant le plus jeune pays du monde; les conflits prolongés au Darfour ont laissé de nombreux morts et réfugiés sans domicile; les États-Unis ont imposé des sanctions en 1997, qui n’ont été que partiellement levées en 2017; la Cour pénale internationale a inculpé le président soudanais pour les crimes commis au Darfour. Enfin, le gouvernement soudanais a été responsable de nombreuses violations des droits de l’homme au cours des trois dernières décennies. La seule chose qui est restée la même depuis 30 ans est le président soudanais, Omar al-Bashir.

Que s’est-il passé au Bangladesh?

Le Bangladesh a tenu ses élections législatives le 30 décembre et il ne s’agissait pas d’élections ordinaires. Il a été entaché d’irrégularités, de violence et de fermetures d’internet. Trois jours avant les élections, le gouvernement du Bangladesh a bloqué Facebook et d’autres plates-formes de médias sociaux ; et un jour avant, la suspension des services de données mobiles 4G et 3G.

Au milieu des restrictions, la commission électorale a annoncé que la Ligue Awami, au pouvoir, du Premier ministre Sheikh Hasina, avait remporté 288 des 298 sièges du Parlement, pendant que les partis de l’opposition criaient au scandale. Ce n’est pas la première fois que le Bangladesh coupe l’accès à Internet en 2018. Quelques mois plutôt, le gouvernement avait ralenti la connexion Internet lors des manifestations estudiantines, bloquées Skype et censuré d’importants sites d’informations au nom de la lutte contre les fausses informations et la désinformation. Au cours de la même période, le Jatiya Sangsad (Parlement du Bangladesh) a adopté une loi sur la sécurité numérique qui menace la liberté d’expression dans le pays.

 

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