Opinion

Trois péchés rédhibitoires de tout Béninois: (Chronique de Roger Gbégnonvi)

C’est une société béninoise empreinte à la facilité que peint aujourd’hui l’ancien ministre de l’alphabétisation dans sa chronique intitulée : « Trois péchés rédhibitoires de tout Béninois ». Pour le chroniqueur qui regarde la société béninoise à travers ses lunettes, il y a fondamentalement trois péchés qui caractérisent la jeunesse actuelle et qui serait la cause fondamentale de leur situation de souffrance.

Le premier péché est lié selon le chroniquer à un penchant très poussé à la maternité. Un héritage que les jeunes femmes d’aujourd’hui malgré leur diplôme n’arrivent pas à transcender. Le second rédhibitoire des jeunes est l’absence de  projection. Une tendance à faire le minimum et à vivre au quotidien ce que le destin lui offre. Sans perspective, et sans ambition les jeunes se complaisent dans la facilité.

L’obstination à vivre dans le statu quo et l’hostilité au changement est le dernier péché rédhibitoire évoqué par le ministre Roger Gbégnonvi dans la chronique ci-dessous que nous invitons à prendre connaissance dans son intégralité.

Chronique du professeur Roger Gbégnonvi :

Munies de leur licence et de leur master, nos filles (mais aussi nos garçons) vont en quête d’un emploi. Courageuses, elles enfilent les stages non payés. Pressées par l’horloge biologique et par leur mère qui veut porter au dos ses petits-enfants, elles accouchent deux fois en attendant l’emploi. Ce faisant, elles honorent un des péchés rédhibitoires de tout Béninois et qui s’appelle procréation quantitative à tout prix. En général, nous fonctionnons ainsi, au rythme de la nature et des habitudes héritées auxquelles nous n’offrons pas assez le supplément de la culture qui corrige et améliore. Maman et Mémé s’occuperont des enfants faits en attendant un emploi. Dans un contexte où la démographie grimpe tandis que la production stagne ou recule, ils réussiront moins bien que leurs parents. Mais qu’importe. ‘‘Ils sont là, ils ne mangeront pas du sable’’. C’est l’essentiel. Si le géniteur daigne se montrer et se comporter en papa, il leur dira peut-être un jour la phrase souvent entendue : ‘‘Je n’ai pas hérité de mes parents, n’attendez donc rien de moi, attendez tout de vous-mêmes.’’

Le ci-dessus péché rédhibitoire porte en filigrane un autre, qu’on appellera cantonnement de la vie dans un éternel présent. Dans beaucoup de nos langues d’ailleurs, il n’y a qu’un seul mot, le même, pour dire hier et demain. Ainsi enlacés et confondus, hier et demain ensemble se nomment aujourd’hui. Dans cet aujourd’hui immobile, nous travaillons le moins possible et produisons juste ce qu’il faut car, ‘‘l’on doit manger de son vivant le fruit de son travail’’. L’idéal est donc qu’il n’y ait pas de surplus. Ceux qui viendront après nous se suffiront eux aussi à eux-mêmes. Dans cet aujourd’hui figé, nous n’entretenons pas l’ouvrage de nos mains. Des trous dans le toit de la vieille case et des lézardes dans les murs : on bricolera, on ne refera pas. Les rues asphaltées parsemées de nids de poule : le Ministère en charge laissera les automobilistes ‘‘choisir leurs trous’’ jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de route.

Les deux ci-dessus péchés rédhibitoires portent en filigrane un troisième qu’on appellera nostalgie du passé immédiat. Nous avons souffert du présent qu’il fut et avons milité pour sa disparition. Nous avions en effet trop de mal à vivre. Or nous le regrettons maintenant, car c’était tout de même un bon présent. Oui, des grèves tout le temps et nos malades à la traîne et nos enfants à la rue ; oui, la police arnaquait les chauffeurs six fois sur 40 km, et ‘‘le Bénin plaque tournante de la drogue’’ et des gens hardis arrachaient la vie à d’honnêtes citoyens pour prendre leur argent. C’était mauvais. Oui, mais on vivait bien quand même grâce à l’argent de toutes sortes. Les bars hurlants inondaient nos nuits sans lumière et les filles-mères ne se vendaient pas cher dans la pénombre. Dieu était grand. Tandis que maintenant… On a bougé les lignes. Changer nos habitudes ? L’affaire est grave !

Ainsi parlait aussi le peuple de Yahvé. Confronté à l’âpreté du désert à traverser pour atteindre la terre promise, il se mit à trouver des douceurs à sa servitude et à ses chaînes à peine quittées. ‘‘Que ne sommes-nous morts de la main de Yahvé au pays d’Egypte, quand nous étions assis auprès de la marmite de viande et mangions du pain á satiété ! A coup sûr, vous [Moïse et Aron] nous avez amenés dans le désert pour faire mourir de faim cette multitude’’ (Exode, 16/3). Les trois péchés rédhibitoires de tout Béninois placent le Bénin à côté de ce peuple souhaitant le retour au pire à cause de moult difficultés à affronter, qui ne devraient pourtant, en aucun cas, empêcher le progrès de l’homme en bornant son horizon à la viande et au pain mendiés ou mangés à satiété, fût-ce dans le déshonneur et l’indignité.
De peur que les Béninois ne s’en glorifient, oublions ladite proximité entre le peuple de Yahvé et le peuple du Bénin. Observons néanmoins que ce sont deux peuples difficiles à réformer et que, pour y arriver, il faut – il a fallu – toute la détermination de Moïse.

Roger Gbégnonvi

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3 commentaires

Seka 29 novembre 2018 at 14 h 37 min

Merci, professeur Gbégnonvi. C’est tellement vrai!!!!

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Philippe CHABI 2 décembre 2018 at 0 h 44 min

D’un point de vue formel, je n’ai nullement apprécié la présentation de cette chronique (avec tout le respect que je dois à M. Djogbénou !)

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Wezepe5 2 décembre 2018 at 12 h 42 min

J’adore votre chronique mon professeur . Faites-la passer comme le coq du jour. Nous aimons la lunette au bout du nez que d’etre entrepreneur sous soleil dans contener.

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