PRD: Adrien Houngbedji a conservé son parti, mais doit se battre pour son électorat

En choisissant de suspendre les négociations entamées en vue de la création du parti “les Républicains”, le Président de l’Assemblée Nationale a créé un choc dans la mouvance Présidentielle puisque cette décision aura de multiples conséquences pour le Président Talon qui va avoir beaucoup de mal à maintenir la discipline dans ses rangs.

Du côté du PRD, cette décision est salutaire pour un parti qui évite le piège de sa disparition complète. Adrien Houngbedji a prouvé qu’il n’était pas prêt à tout accepter de la part du Président Talon, mais cela ne suffit pas pour faire oublier les derniers mois où le leader du PRD a multiplié les prises de décisions en contradiction avec la volonté de son électorat. Face à la menace USL dans l’Oueme, le PRD a choisi de prendre son destin en main, mais il lui faudra redoubler d’effort pour éviter la débâcle aux législatives…

L’histoire du PRD a résisté au rouleau compresseur Patrice Talon

Cette rupture de point de vue était inévitable de l’avis de la plupart des analystes politiques. Si le PRD est entré à fond dans le train de la Rupture, ce choix n’a été motivé que par la logique de ne plus faire l’opposition au Bénin. Le PRD a été largement récompensé pour son soutien au Président Talon, avec plusieurs ministres nommés, des contrats accordés aux proches du Président de l’Assemblée, ou encore le poste de Président de la Fédération de Football.

Le PRD a été et est toujours un membre important de la mouvance Présidentielle. Cependant, à l’approche des élections législatives, les positions ont commencé à se tendre sur la question des regroupements politiques. Dans le fond, le PRD et le Président Talon sont sur la même longueur d’onde au sujet de la limitation du nombre de partis politiques et la mise en place d’un financement public. Le problème est que le Président Talon a voulu mettre en place des blocs qui correspondent à son bénéfice politique au détriment des intérêts politiques des autres. Si les petits partis se sont facilement pliés face à la volonté Présidentielle, le PRD est depuis des années le premier parti du Bénin et le plus régulier au niveau électoral. Un parti dont le leader fut condamné à mort dans son combat pour le multipartisme, il était donc évident que Adrien Houngbedji ne laisserai pas se dissoudre, ce monument politique sans imposer certaines conditions assurant son héritage.

Les décideurs du PRD ont mesuré l’importance de ce parti dans l’histoire démocratique du pays tout comme le symbole que représente le logo arc en ciel pour les populations de l’Oueme-Plateau. Si le PRD est une religion, l’arc en ciel en est son symbole. Le problème est que les autres membres du Bloc Républicain issus essentiellement du Nord Bénin étaient conscients de la difficulté qu’ils auraient eu de convaincre leurs électeurs de voter pour l’arc en ciel. Il faut se souvenir que depuis prêt de 10 ans, des députés comme Kassa ou Degla ont fait plusieurs campagnes électorales dans le Nord du pays contre ce même logo de telle manière que ce symbole soit devenu un repoussoir. Concrètement, entre le “Cauris” et l’arc en ciel, le Cauris prendrait aisément le dessus dans les départements du Nord. Les discussions ne pouvaient donc pas prospérer et cela malgré la pression du Président Talon.

Désormais seul, le PRD fera face à de grands défis

La décision des instances du PRD est une question de survie politique et non de Rupture avec le Régime. Il ne faut pas se tromper, le PRD demeure un soutien inconditionnel du Président Talon. Aucun autre Régime n’a autant fait pour les intérêts de ce parti et de ses dirigeants. Ceux qui espéraient déjà voir le PRD dans l’opposition devraient donc calmer leurs ardeurs. Toutefois, le PRD se retrouve aujourd’hui dans une position très complexe. Menacé par la montée en puissance de l’USL de Ajavon, le parti est dorénavant privé du soutien du Président Talon qui a indiqué être en désaccord avec le choix du parti.

Si le PRD choisissait donc de ne pas former le Bloc Républicain tel que le souhaite Patrice Talon, il devrait alors faire sans les moyens colossaux du pouvoir mais également affronter une liste sérieuse du Bloc Progressiste. Adrien Houngbedji a mis une véritable épine dans le pied du Président Talon, contraint de négocier et également de gérer les états d’âmes des autres partis qui pourraient être inspirés par le PRD. Cette agitation ne va pas rester sans conséquence et il serait donc logique que le Président autorise le Bloc Progressiste à proposer une liste forte dans l’Oueme-Plateau alors que jusque-là, il avait encouragé ses soutiens originaires de la région à s’unir avec le PRD.

Au demeurant, en choisissant de conserver son parti, le PRD subira donc des assauts venus de tous les côtés. Et alors qu’il risque d’affronter leurs collègues de la mouvance sur le terrain, le PRD continue de clamer haut et fort son appartenance à cette mouvance Présidentielle. Une position intenable quand on sait que le Président Talon n’a jamais été très populaire dans l’Oueme et que sa véritable assise dans la région est justement le PRD!

Et pendant que la pagaille règne dans la mouvance, les idées d’opposition de l’USL gagnent du terrain. Il ne faut pas oublier que faire l’opposition ne fait pas peur aux populations de l’Oueme, ils demandent avant tout, fierté et loyauté à leurs leaders alors que la position actuelle du PRD est floue. Les tchoco tchoco soutiennent un régime contesté, alors que ce Régime les combat sur le terrain et contribue à les diviser avec notamment le départ de certains députés PRD vers le Bloc Progressiste. Comme le dicton le dit,” Avec des amis pareils vous n’avez pas besoin d’ennemis”.

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