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Bénin: nos libertés menacées par les réseaux sociaux (chronique de Roger Gbégnonvi)

Les réseaux sociaux, un espace de liberté à l’ère du temps seraient-ils une zone d’insécurité pour la liberté des béninois? C’est la question que s’est posée le professeur de lettre Roger Gbégnonvi dans sa chronique intitulée : « Nos libertés menacées par les réseaux sociaux ? ».

Les réseaux sociaux viennent surprendre la haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication qui assurait la veille autour de la liberté de presse pour anticiper sur toute dérive d’expression ou sur les intoxications. Transigeant sur toutes les règles établies pour encadrer la liberté de presse, les réseaux sociaux, point de convergence des journalistes et les leaders d’opinion autoproclamés qui distillent intoxications, mensonges  et autres formes de publications qui se révèlent comme de véritables menacent  des libertés individuelles et communes. Lire ci-dessous la chronique du Pr Roger Gbégnonvi.

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Chronique du Pr Roger Gbégnonvi

Nos libertés menacées par les réseaux sociaux ?

Les dictatures n’ont pas peur de la liberté de presse puisqu’elles l’ont bannie. Les démocraties, dont elle est le sang, en ont pourtant une peur qui les fait trembler sur le socle solide des trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Pour exorciser cette peur, le Bénin s’est doté d’une sorte de quatrième pouvoir, la HAAC, dont le président est nommé par le Chef de l’Etat soi-même, et dont le métier consiste à se tenir au chevet de la liberté de presse, stéthoscope au poing, lui prenant sans cesse la température afin de prévenir ses fièvres orageuses et outrageuses.

Mais aucun devin n’avait prédit, le 11 décembre 1990, que les réseaux sociaux viendraient ébranler ce dispositif. Avec eux, ce sont orages et outrages inattendus, ce sont journalistes et leaders d’opinion autoproclamés. On apparaît, on assène sa vulgate, on disparaît. Entre fin septembre et début octobre 2018, un seuil critique semble avoir été atteint.

Les réseaux sociaux menacent l’ensemble de nos libertés. Voici l’histoire.
Un jour, c’est ‘‘l’Initiative de Nikki », déversée sur les réseaux sociaux. Principale cible, le gouvernement de la Rupture. Le communiqué final met face à face le Nord et le Sud, vus comme deux pays du Bénin, l’un mal aimé, l’autre bien aimé. Ce manichéisme archaïque prouve que les rédacteurs du texte, des jeunes, ne se sont pas informés des efforts qui nous ont conduits à l’heureuse étape où nous sommes. Pauvres enfants ! Puisse la jeunesse apprendre pour comprendre et entreprendre à bon escient.

Un autre jour, c’est ‘‘l’Initiative de Ouidah ». Echo sans doute à celle de Nikki. Réseaux sociaux à nouveau rugissants. Gouvernement à nouveau ciblé. Inondé et non incendié, il s’en sort trempé mais groggy, cependant qu’un problème reste entier : les fils et les filles de Ouidah, politisés et informés, ne savent pas sur quelle place publique ou dans la cour de quelle maison vaste s’est tenue la réunion initiatique dans la cité mystique, mariale et esclavagiste.

Têtus et honnêtes, ils se refusent à penser que les réseaux sociaux diffusent des mensonges. A Ouidah, on croit en Dieu et que ‘‘De ton prochain ne médiras / Ni mentiras aucunement ». Un autre jour encore, c’est un ancien candidat à la Présidence de la République qui, sur les réseaux sociaux, se fait justicier des Béninois. Il en appelle aux Mânes des Ancêtres, au grigri, aux Saintes Ecritures, pour qu’ils tuent les voleurs. Il s’en explique : ‘‘Je n’ai aucune solution pour lutter contre la corruption au Bénin. Que la mort les emporte ! Que la mort les emporte ! » Aux coupables par lui désignés, dont certains logeraient au gouvernement, il donne 21 jours pour rendre l’argent ou rendre l’âme. Croque-morts en liesse. Chômage en baisse côté port et export des morts. Un quatrième jour enfin, dans la nuit de samedi à dimanche, en plein bonheur dans les ‘‘boîtes » et les buvettes, les réseaux sociaux informent soudain que, sauf les spiritueux, le sodabi et le vin, les boissons viennent de doubler de prix. 63 cl de bière à 1.200 f ? C’est la mort ! On vous l’avait dit : la Rupture finira par taxer l’eau des rivières et des puits. Panique. Nuit agitée. Cauchemar.

Puis, ô Seigneur, le démenti rédempteur du dimanche matin !
Notre liberté de presse est dénaturée par nos réseaux sociaux. Qui finance ? Pour nous garder de ce fléau, la justice pourrait ombrager les inspirés, auteurs d’intox à foison, les justiciers, décidés à remplir les cimetières, et leurs financiers aussi, bien sûr. Un petit séjour à l’ombre est parfois une belle occasion de salut pour l’âme. Des mécréants ayant appartenu à deux académies distinctes ont été très heureux de retrouver en prison Allah et le Coran de Médine, Adonaï et la Bible de Jérusalem. Mais le Bénin est laïc. Son gouvernement ne saurait encourager ces plongées carcérales dans le bain divin. Pour protéger nos libertés menacées par les réseaux sociaux, qu’il lui plaise de regarder de haut et de noyer dans l’indifférence ‘‘les traîtres et les imbéciles », conspués naguère par Senghor dans ‘‘Prière de Paix »

 

 

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