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Spécial Can 2019

Raymond Adjakpa Abile: « nous assistons au crépuscule d’un nouveau modèle économique »

A l’heure où notre pays a engagé une transformation de son économie et s’apprête à fêter les 58 ans de son ascension à la souveraineté internationale, nous avons souhaité interroger Raymond ADJAKPA ABILE Coordonnateur du Mouvement Tous Acteurs qui nous livre ici à cœur ouvert ses réflexions.

Vous êtes le coordonnateur du mouvement Tous Acteurs, Qu’est-ce que c’est ?

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Le mouvement Tous Acteurs est une association loi 1901 qui a pour objectif de mobiliser l’intelligence collective béninoise pour influencer l’action publique. Il s’agit de refonder le nouveau citoyen en promouvant l’action commune et in fine transformer le Bénin. Transformer le Bénin demande de penser, proposer et  essayer de nouvelles idées et surtout de voir le verre à moitié plein. Chacun doit jouer pleinement son rôle pour le développement économique de notre beau pays le Bénin.

Le Bénin va fêter les 58 ans d’indépendance, quel regard portez-vous sur le développement du Bénin ?

Les efforts de tous nos Présidents depuis 1960 ont été remarquables pour nous permettre d’atteindre notre niveau actuel. Ils ont construit pierre après pierre dans la douleur quelquefois l’héritage Bénin que nous avons. Il est important de leur rendre hommage.

Les Présidents Hubert MAGA, Sourou Migan APITHY, Justin AHOMADEGBE qui ont travaillé pour permettre à notre pays d’accéder à la souveraineté internationale et de construire les premières infrastructures de bases comme l’hôpital CNHU, la Présidence de la République… et le développement de la filière palmier à huile. Le Président Emile Derlin ZINSOU qui a amorcé l’autonomisation de notre pays par la création des impôts pour financer le développement par nous-même. Le Président Matthieu KEREKOU nous a permis de mettre fin au cycle infernal des coups d’Etat et de vivre ce que nous appelons la stabilité politique puis la démocratie, l’exception béninoise qui nous a propulsé positivement dans le Guinness record du premier pays de l’Afrique à connaitre une conférence nationale et une alternance au sommet du pouvoir de façon apaisée.

Le Président Nicéphore SOGLO, premier Président de l’alternance démocratique qui a travaillé à la reconstruction de l’économie et de conduire la société béninoise dans la modernité. Le Président Boni YAYI qui n’a pas ménagé son énergie pour travailler à sortir le pays de la pauvreté et a renforcé les infrastructures routières de notre pays et reconcilié le Béninois avec la Politique. Le Président Talon  qui accompagne la conciliation du rêve Béninois à celui du rêve mondial, afin que le Béninois se dise appartenir à un grand pays et à un grand peuple. Ça ne veut rien dire…

Aujourd’hui, notre pays a besoin que chacune des Béninoises et chacun des Béninois soldent les querelles de clocher, les divisions internes pour bâtir enfin une communauté d’intérêts pour les générations d’aujourd’hui et de demain. Nous devons créer ensemble les conditions de la renaissance, de la transformation de la nation Béninoise.

Que pensez-vous de la gouvernance du Président Talon depuis le 6 avril 2016 ?

L’économie nationale héritée le 6 avril 2106 est paralysée par une double crise qui touche aux principales fondations de l’économie nationale. Le port de Cotonou l’épine dorsale de l’économie du Bénin avec comme enjeu principal la captation et l’acheminement du trafic de transit en provenance et vers les pays enclavés du Sahel : Niger, Burkina Faso et Mali n’était plus attractive. Le coton, l’autre secteur clé de l’économie, était lui-même paralysé par une crise profonde qui s’est manifestée par des contre-performances dans la production cotonnière. L’on sait par ailleurs l’importance socio-économique du coton dans le quartet des pays producteurs ouest-africains (Bénin, Burkina Faso, Mali, Tchad) où sont concernées plus de 4 millions de personnes. Au Bénin seul, cette culture a un impact sur la vie de plus d’un million de personnes.

Il faut être honnête et reconnaitre qu’au-delà des phénomènes liés à cette double crise, il y’a un aspect structurel et préoccupant qui demandait une réponse, celle de travailler à la construction de nouvelles fondations pour notre économie. Je pense que nous assistons au crépuscule d’un nouveau modèle économique dans notre pays.

Est-ce que selon vous ces actions seront salutaires pour notre pays ?

Vous savez notre pays caresse le rêve de devenir une économie performante de services, ce qui semble une option stratégique viable dans la continuité de nos atouts économiques actuels. Il suffit de regarder comment s’y sont pris ses précurseurs en la matière à savoir Hong Kong et la cité Etat Singapour. Dans ces deux cas, les facteurs essentiels sont : des investissements massifs dans le secteur éducatif pour disposer de ressources humaines de qualité considérées comme le premier support à toute économie de services. Ensuite viennent les avantages de la position géographique (proximité permettant la fonction de « relais » pour un grand marché) et ceux attendus des investissements dans les infrastructures (réseau routier, ports, aéroports, télécommunications performantes, etc.) et dans les hautes technologies et leurs nombreuses applications sectorielles. Cette comparaison avec les précurseurs asiatiques n’est pas inopportune d’autant que le Bénin partage avec eux l’un des préalables incontournables au succès d’une économie de services : la proximité avec un grand marché, confirmant encore le caractère déterminant de la position géographique dans les chances de réussite des stratégies économiques.

Que Pensez-vous de la lutte contre la corruption qui est aujourd’hui  engagée ?

La corruption est un phénomène répandu dans le monde. Elle donne lieu à des préoccupations sérieuses d’ordre social, moral, politique et économique, qui entravent la bonne gouvernance, font obstacle au développement et faussent la concurrence. La corruption affaiblit la justice, interfère avec les droits de l’Homme et nuit à la lutte contre la pauvreté. Tous les gouvernements s’engagent à lutter contre la corruption en adhérant à des accords internationaux, tels que la Convention sur la lutte contre la corruption d’agents publics étrangers dans les transactions commerciales internationales de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques et la Convention des Nations Unies contre la corruption, ou en adaptant leur législation locale. Cependant, la loi seule ne suffit pas pour résoudre ce problème. Il nous faut travailler ensemble la main dans la main pour résoudre ce fléau.

Que pensez-vous de la levée d’immunité de trois députés la semaine dernière ?

Nul n’est au-dessus de la loi et c’est mieux ainsi. La journée du 24 Juillet 2018 doit être inscrite d’une pierre blanche dans les annales de l’histoire parlementaire de notre pays. Depuis 1990, c’est la première fois que nous assistons à la levée effective de l’immunité de parlementaires. La raison importe peu, nous devons simplement nous réjouir du fait qu’aujourd’hui il est désormais possible de lever l’immunité d’un député. C’est un signal fort contre l’impunité, peu importe l’issue de cette triple levée.

Quel est votre mot de la fin ?

Après 58 ans, nous devons retenir comme Jean Monnet le dit : «  Rien n’est possible sans les hommes, mais rien n’est durable sans les institutions ». Notre pays doit engager une profonde recomposition de sa classe politique. Le Bénin de 2018 est exposé à de nouvelles réalités et à de nouvelles vulnérabilités mais l’offre politique n’est plus adaptée à notre époque. La jeunesse béninoise doit construire avec nos dirigeants actuels une ambition qui s’appuie sur les réalités de notre temps et qui préparent demain pour nos enfants. Ce rendez-vous à ne pas manquer est celui de la cohésion de la jeunesse béninoise de l’intérieur comme de l’extérieur. Nous devons créer ensemble un contrat social entre les institutions de la République et la jeunesse béninoise. Travaillons ensemble à traduire le rêve de nos aînés et les pleurs de nos enfants en actes pour un mieux vivre dans notre cher et beau pays le Bénin. Soyons Tous Acteurs.

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