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Bénin- Kemi Séba persona non grata au Togo: l’Etat en Afrique, ennemi juré de la société civile?

Après le top départ du coté du campus universitaire du Bénin,  Kemi Séba, dans le cadre de sa tournée panafricaine placée sous le signe de la liberté et de la souveraineté africaine devrait se rendre à Lomé au Togo hier 07 août pour livrer son message à la jeunesse togolaise et l’inviter à l’action. Mais une fois à la frontière du Togo, il a été smashé et contraint donc de rebrousser chemin au grand dam des jeunes qui attendaient ce rendez vous panafricain avec enthousiasme. L’Etat serait il ennemi de la société civile?

La démarche du gouvernement togolais hier 07 août d’interdire à Kemi Seba de fouler le sol togolais et tenir sa conférence à Lomé aujourd’hui 08 août est symptomatique du rapport habituel en Afrique entre l’Etat  et la société civile.  Ces deux instances qui en principe devraient fonctionner en conglomérat se regardent malheureusement bien au contraire en chien de faïence. Il y a alors comme un climat de défiance entre elles, un manque de confiance mutuel.

L’Etat africain pense que la société civile est une menace pour sa stabilité. C’est justement l’argument de la stabilité qu’a évoqué l’Etat togolais pour renvoyer Kemi Seba à sa frontière. Il a ainsi justifié son refus d’accueillir le fondateur de l’ONG Urgences Panafricaines sous le prétexte que sa venue, sa seule présence va générer l’instabilité, troubler l’ordre public. Si kemi Seba n’est ni candidat aux prochaines élections du Togo ni affilié à un parti politique du Togo mais un simple activiste de la société civile, un panafricaniste, comment alors cerner son rejet sous prétexte qu’il va troubler l’ordre public? Il nous est alors loisible de nous demander pourquoi un tel dédain de l’Etat pour la société civile. Et l’on est en droit également de se demander de quel ordre public parle ce gouvernement?

Les sociétés civiles africaines otages des Etats africains 

La société civile est un contre pouvoir mais interdit de faire de la politique. Elle n’a donc pas de programme politique. Néanmoins, elle à un droit de regard sur la gouvernance politique et le droit de faire pression sur les gouvernants afin qu’ils ne s’écartent pas de leur mandat au profit de dessein nuisible pour la paix, le développement et surtout la liberté du peuple.

La société civile fonctionne donc exactement comme un rétroviseur qui oblige les dirigeants à observer les codes de bonnes conduites dans la conduite des affaires de la cité. Elle fonctionne donc comme un frein à la course aveugle qui éloigne bien souvent les dirigeants de leurs cahiers de charges qu’est de servir l’intérêt supérieur de la nation en se soumettant aux lois, en respectant l’âme du peuple c’est à dire la constitution bref en servant la souveraineté.

Mais force est de constater que la souveraineté de l’Etat en Afrique est mis à mal par l’appétit du pouvoir. Et c’est ce défi de la souveraineté de l’Etat en Afrique qui motive et caractérise les actions de Kemi Seba partout dans le monde. Et c’est tout le sens de sa tournée en cours dénommée « L’Afrique libre ou la mort ». Une telle entreprise est en phase avec le rôle assigné à la société civile de par le monde. En quoi sensibiliser la jeunesse sur son rôle, son engagement pour bâtir une Afrique indépendante est préjudiciable pour l’ordre public?

Une lecture triviale de cette posture du gouvernement togolais qui a interdit sur son sol cette initiative en faveur de l’émancipation africaine portée par l’ONG Urgences Panafricanistes permet de constater là dessus une prise en otage de la société civile en Afrique, l’aversion des gouvernants africains pour les velléités d’émancipation et les luttes pour la liberté et la souveraineté gage d’ordre et de stabilité. En effet, l’ordre public que souhaite les chefs d’Etat africains est celui des peuples tenus comme des bétails ou des cadavres qui doivent être tenu en respect pour tourner et retourner dans tous les sens qui leurs sont imposés à coup de gaz lacrymogène ou de mitraillette. Ainsi, le gouvernant en Afrique est comme un berger qui perçoit le peuple comme un troupeau qu’il faut conduire contre son gré à subir l’aliénation, la domination intérieure ou étrangère pourvu que cet état de fait profite à ceux qui dirigent.

De là, on comprend mieux les vraies raisons pour lesquelles Kemi Seba est vomi par le gouvernement du Togo, un régime autocratique et adepte de la françafrique. Et comme ces genres de régimes n’aiment pas la vérité, entretiennent l’ignorance du peuple, il va de soi que malgré son statut de ressortissant d’un pays de l’union économique et monétaire ouest africain (L’UEMOA) , Kemi Seba se voit privé de son droit de circuler librement à travers l’espace, d’y séjourner et d’y entreprendre des initiatives citoyennes, un droit pourtant très chers à cette institution sous régionale.

D’ailleurs, Kemi Seba n’est pas le premier au Togo à faire les frais de sa détermination à défendre la liberté africaine et la souveraineté monétaire. L’ancien ministre togolais de la prospective, le Professeur Kako Nubukpo l’avais déjà appris à ses dépens en dénonçant le franc CFA comme monnaie coloniale, obstacle à la souveraineté.

Ainsi, toutes les velléités de faire bouger les lignes en matière de gouvernance gènent les gouvernants africains pour qui le copinage avec d’anciennes puissances coloniales est confortable pour s’accrocher au pouvoir au mépris des règles internationales en matière  d’organisation de la vie en commun.

Ailleurs, en occident, la société civile a une voix prépondérante et exerce sans menace son rôle de contrepoids du pouvoir qui par nature se dénature lorsqu’il n’est pas contrôlé. A contrario, sous nos tropiques, c’est l’inverse, puisque c’est l’Etat qui épie la société civile, l’intimide et le contraint à la passivité s’il ne l’envoi pas derrière les geôles pour lui apprendre la politesse et l’obséquiosité nécessaire pour tolérer tous les caprices du président narcissique qui s’impose comme  providentiel et éternel.

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