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Bénin : Préparer les 60 ans de notre Nation en devenir (chronique de Roger Gbégnonvi)

58 ans d’accession à la souveraineté internationale. C’est ce que prépare avec ferveur le peuple béninois. Mis pour le chroniqueur Roger Gbégnonvi, il faut projeter les 60 ans d’indépendance; une année qui sera celle du grand bilan où nous devons mesurer le chemin parcouru depuis 1960.

Si pour le chroniqueur les 58 ans passés depuis ce glorieux 1er Août 1960 ne doivent pas nous faire gonfler d’orgueil, il reste persuader que les deux prochaines années qui nous mèneront à 60 ans d’indépendance seront riches en réalisations et en consolidation des acquis pour faire du Bénin, une nation unie et prospère.

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Pour y arriver, « l’Etat béninois doit avoir maintenant l’intelligence politique de mettre à la disposition du peuple béninois les instruments indispensables de son unité inaltérable et de son développement nécessaire. » Lire ci-dessous le chronique de Roger Gbégnonvi.

Chronique de Roger Gbégnonvi:

La célébration des 58 et 59 ans de notre indépendance sera modeste comparée à celle des 60 ans qui appellent déjà notre attention, parce que ce chiffre permet un meilleur bilan qui devra lui-même permettre l’élan vers un avenir à mieux construire que le passé. A partir donc de maintenant, nous avons deux ans pour un bon bilan, solide piste d’envol.

Notre bilan en 2020 sera largement positif car rien n’était acquis au matin du 1er août 1960. Ce jour-là, un prêtre français montre à son enfant de chœur une image d’Alger et lui dit : ‘‘Regarde la belle ville que nous avons bâtie en Algérie. Et pourtant, ils nous haïssent.

Vous voulez les imiter ?’’ Ce jour-là, dans telle région de notre pays, ayant appris que les Français étaient partis, nos concitoyens ont demandé si les Dahoméens aussi étaient partis. Car en 1894, c’est la France qui, ayant vaincu Abomey, a mis dans le ‘‘couloir du Dahomey’’ des peuples que rien ne destinait à vivre ensemble. Au mieux, ils s’ignoraient.

Au pire, ils s’affrontaient, jouant au jeu de terreur de qui livrerait l’autre à l’esclavagiste portugais. Sous la botte française, tous connurent le sort des espèces taillables et corvéables à merci. Par quatre fois, leur maître les envoya sur ses fronts de guerre servir de chair à canon pour les Allemands, les Nazis, le Vietminh, les Fellaghas. A l’intérieur du couloir, leur vie s’usait en ‘‘effort de guerre’’, impôts arbitraires, et autres saloperies qui ont fait mentir les Lumières. Après donc la victoire du général Dodds en 1894, c’est à un pays bric-à-brac, sans conscience nationale, que le général de Gaulle fit hypocritement don d’une dite indépendance en 1960.

‘‘Peu de pays africains, écrit Robert Cornevin en 1961, ont bénéficié d’un partage territorial aussi magnifiquement absurde que le Togo allemand et le Dahomey français.’’ Donner un sens viable à l’absurde, ce fut le défi que les Dahoméens durent relever, après avoir compris qu’ils étaient dans le couloir pour y vivre ensemble et solidaires et non pour y périr dispersés et adversaires, qu’une guerre civile pour résoudre les graves crises serait une ‘‘abomination de la désolation’’.

Car c’est une absurdité abyssale que de réduire en miettes les morceaux du pays évanescent. Car on ne sort jamais d’un abîme. Aussi, avec intelligence politique, les Dahoméens transformèrent le chaos en ordre, firent des morceaux ethniques un pays cohérent, une nation à venir. Intelligence doit s’entendre ici au sens de manœuvres, habiletés, compromis, voire compromissions et trahisons (non mortelles).

Eviter le pire pour entrevoir le meilleur. Le meilleur, par exemple, du baptême nouveau. ‘‘C’est le seul exemple à ma connaissance, écrit Robert Cornevin, où le nom d’un royaume vaincu ait déterminé l’appellation d’une entité territoriale cinq fois plus grande.’’ Dès lors, quoi de plus normal que tous ne s’y retrouvent pas ? Pour que tous s’y retrouvent, le Bénin advint en 1975.

Et le Bénin existe. Plus rien ne lui arrivera d’autre que d’être consolidé, constitué en Nation pour toujours. L’Etat béninois doit avoir maintenant l’intelligence politique de mettre à la disposition du peuple béninois les instruments indispensables de son unité inaltérable et de son développement nécessaire.

De toutes les mesures techniques envisageables pour cette double fin, la plus urgente, on ne le dira jamais assez, est celle du lien, du liant de l’écriture qui, seule, permet à l’homme de ‘‘lier le bois au bois’’. L’Etat béninois a deux ans pour ordonner l’écriture de toutes nos langues maternelles au nombre surfait de 62 pour que tous s’y retrouvent.

L’Etat béninois a deux ans pour définir quelles sont, au maximum, les quatre langues béninoises, ordonnées nationales par décision politique, et que chaque Béninois scolarisé devra savoir lire et écrire pour être pleinement béninois de l’Atlantique au fleuve Niger. L’Etat béninois a deux ans pour préparer les 60 ans de notre Nation en devenir de façon à faire du Bénin une Nation devenue. Nous nous le devons. Nous le ferons.

Roger Gbégnonvi

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