Chronique de Jérôme Carlos : « Bénin ; qui forme qui et pour quoi faire ? »

C’est, tout de même, un peu gros : le Gabon a oublié d’organiser les élections législatives. La Cour constitutionnelle de ce pays a dit le droit, enjoignant à qui de droit de tout remettre à l’endroit : dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale, convocation du corps électoral. Bénin : Qui forme qui et pour quoi faire ?

Ce n’est pas seulement au Gabon que l’oubli fait des siennes. Le Bénin également s’illustre par quelques oublis, mais pas aussi gros que ceux du Gabon. Des oublis quand même. La sagesse populaire renseigne : « Les petits ruisseaux font les grandes rivières ». Voici huit de nos petits oublis en passe de devenir, si nous baissons la garde, des oublis majeurs.

1 – Le 26 janvier 2018, Simplice Dato, l’un des Sages de la Cour constitutionnelle, rendait son tablier. L’article 12 de la loi organique sur cette institution précise : « Un membre de la Cour constitutionnelle peut démissionner. La nomination de son remplaçant intervient au plus tard dans le mois de sa démission et celle-ci prend effet pour compter de la nomination du remplaçant » (Fin de citation). A la date d’aujourd’hui, rien n’est encore fait. Silence radio. « Oubli, quand tu nous tiens ! »

2 – Deux grands partis sont devant la justice. L’avis de celle-ci est requis pour dénouer la crise de leadership qui les ronge. Entre Léhady Soglo et Abraham Zinzindohoué à qui doit revenir la direction de la Renaissance du Bénin (RB) ? Au Parti social démocrate (PSD), qui de Bruno Amoussou et d’Emmanuel Golou a pouvoir et légitimité pour conduire les destinées du parti ? Les militants des deux formations politiques rongent leurs freins, n’en finissant plus d’attendre la décision de la justice. Aussi vont-ils répétant « Oubli, quand tu nous tiens ! »

3 – Deux ans déjà que les médias béninois sont sevrés de « L’aide de l’Etat à la Presse », une enveloppe annuelle de quelque 300 millions de nos francs. Quand une presse sans grand moyen est ainsi brutalement privée de son bâton de mendiant, c’est toute une corporation qui crie et qui pleure : « Oubli, quand tu nous tiens ! »

4 – Irénée Koukpaki est ministre d’Etat, secrétaire général de la Présidence de la République par décret 2017-507 du 7 octobre 2017. Des titres importants qui auraient dû le rendre plus visible, plus audible. On comprend donc qu’ils soient nombreux les Béninois qui s’étonnent du silence et qui s’alarment de l’effacement de l’intéressé. Ils ont embouché depuis la trompette du désarroi. « Oubli, quand tu nous tiens ! »

5 – Les services des impôts ont déjà ouvert la saison des patentes-auto 2018. Mais ils ont oublié de faire accompagner le précieux document de l’autocollant correspondant, celui destiné aux pare-brise des véhicules. Que s’est-il donc passé ? Qu’on ne cherche ni trop loin ni trop longtemps : « Oubli, quand tu nous tiens ! »

6 – Le lieu dit « espace triangle » à Dantokpa, en face de la Société de gestion des marchés (Sogéma) était bien parti pour être l’une des vitrines de l’opération « libération de l’espace public » à Cotonou. Les bulldozers ont bien travaillé. Un an après leur mémorable exploit, “l’espace triangle” est toujours veuf de tout projet. La nature ayant horreur du vide, les ordures sont de retour. C’est la juste sanction de notre laxisme. « Oubli, quand tu nous tiens ! »

7 – Le PLM Alédjo à Cotonou est un haut lieu d’histoire. C’est incontestablement le berceau du Renouveau démocratique dans notre pays. Malheureusement, cet hôtel est abandonné à la brousse, livré aux reptiles, offert aux sans domicile fixe. C’est un crime contre la mémoire. C’est un déni sous l’angle de la reconnaissance due à tous ceux qui ont écrit de belles pages de l’histoire nationale. Pourquoi en est-il ainsi ? Seul l’écho répond : « Oubli, quand tu nous tiens ! »

8 – En Afrique, il est de règle, avant de prénommer un enfant, de regarder d’abord du côté de sa maison, d’interroger, en d’autres mots et au premier chef, ses origines. Au Bénin, beaucoup méconnaissent cette vérité. Au mépris des réalités de nos terroirs. Dans l’ignorance de ce qui fait notre spécificité, de ce qui fonde notre identité. « Ici, c’est le Bénin ». Ce ne sont là ni des mots en l’air ni des mots vains. Une fois de plus, articulons-le telle une formule d’exorcisme : « Oubli, quand tu nous tiens ! »

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4 commentaires
  1. Philippe CHABI dit

    Belle analyse des réalités sociopolitiques du Bénin : ce goût du leitmotiv, de la ritournelle, du refrain – toujours saupoudré de quelque humour – confère charme et pertinence à votre article. De même, le clin d’oeil cocasse, en exorde, est bienvenu. Ainsi, vous n’avez nullement « oublié » de dire les inquiétudes et les angoisses de l’homme de la rue !

  2. Divin dit

    Où allons nous?? Mais dites-nous on est où là ?? Est-ce-vrai que le BÉNIN était le quartier Latin? Je pleure dans l’âme pour mon Pays.

  3. Moise Christo Bible Tora dit

    Noir Juif Noir Chrétien. Noir Judaïsme Noir Christianisme.

  4. tchibozapo dit

    Merci pour de telle réflexion!
    En fait il s’agit des oublis qui *nous arrangent* ou si vous voulez des obligations ou taches qui ne ne cadrent pas avec nos objectifs. L’état ou la rupture a d’autres finalités et dans ce cas on oublie.
    Comme on peut OUBLIER aussi la méthodologie de la gestion des malversations quand (cela risque de nous détruire et on fait à l’amiable) On ne scie pas la branche…. C’est la ruse

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