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Bénin – Dans les méandres du pouvoir Yayi: mémoire du chaudron épisode 60

La lueur du jour vint et nous ne parlâmes plus jamais de cette curieuse alerte qui perturba notre sommeil, comme s’il se fut agi d’un simple mauvais rêve.
La vie continua son cours.

Les deux informateurs de la veille, que la pénombre de la véranda ne me permit pas de dévisager, ne revinrent pas faire amende honorable de ce gros canular par rapport au supposé déclenchement du processus de révision de la Constitution et ne firent plus parler d’eux, du moins pas à ma connaissance.

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J’avais passé une partie de la nuit à essayer de me réinstaller sur mes certitudes.
En effet, Kérékou n’avait plus, en ce moment précis, les moyens politiques d’une quelconque manipulation de notre loi fondamentale.
L’éjection de Bruno Amoussou du gouvernement, le dynamitage orchestré de la grosse machine politique qu’était l’Union pour le Bénin du Futur, UBF, la cacophonie des ambitions dans la mouvance présidentielle auraient, d’une manière ou d’une autre, fait capoter un pareil projet à l’Assemblée nationale.
Et puis il y avait la très forte mobilisation de l’opinion publique enclenchée par la campagne d’affichage « Touche pas ma Constitution », brillamment conduite par un groupe de jeunes réunis au sein d’une association nommée « Elan ».
Yayi eut-il sa main derrière cette initiative ?
Je n’en sais vraiment pas grand-chose. Je puis juste dire avec certitude, que les contacts entre lui et la brillante jeune dame qui prit les devants de ce combat, Réckya Madougou en l’occurrence, date de bien longtemps avant son entrée à la Marina. Yayi n’a rien contre les femmes, et il le répétera d’ailleurs bien souvent et publiquement tout au long de son règne.
C’était une déclaration à prendre au premier degré, même si je considère que ce genre d’étiquette étoffe positivement plus qu’elle n’abîme l’image d’un vrai chef dans ce pays si phallocrate.
Sur l’initiative « Touche pas ma Constitution », je ne sais donc pas grand-chose.
À moins de prendre au sérieux ces allusions empreintes de satisfaction que ne manquait pas de faire Tundé lors de nos réunions du lundi soir chez Francis da Silva, au quartier JAK. C’était facile de détecter, en l’écoutant, sa brûlante envie de dire « oui, c’est moi votre génial Tundé qui finance cette opération patriotique ».

Mais quelle aurait été la valeur historique d’une pareille affirmation alors que les principaux acteurs de l’opération se refusent jusqu’à aujourd’hui à dire leur vérité sur ce chapitre de notre histoire électorale ?

Je pense qu’il est temps que Réckya Madougou prenne la plume et qu’elle nous dise sur ce sujet, la vérité qu’elle nous doit. On n’écrit pas l’histoire avec la loi de l’omerta.
Pour en revenir au cours normal de notre récit, Kérékou multiplia les signaux contradictoires à l’endroit de Yayi, jusqu’à son départ. Je ne pense pas que Kérékou ait aidé Yayi à prendre le pouvoir.

La vérité, selon moi, c’est qu’il l’a vu faire mais n’a rien fait pour l’en empêcher. Il ne s’agissait donc pas d’un coup de pouce actif. Mais d’une passivité finalement bienveillante par la force des choses.
Yayi avait vu juste en lançant sa machine sans attendre que le général lui prenne la main. On ne donne pas le pouvoir.
En cette fin du mois de janvier 2006, le siège de campagne de Bar Tito grouillait du monde des militants venus souvent chercher, qui des affiches, qui des posters.
Bientôt, une villa jouxtant le siège de campagne fut louée et complétait désormais le siège principal. Cette villa disposait d’un séjour suffisamment grand pour accueillir d’incessantes réunions des mouvements politiques corporatistes dédiés au soutien de notre candidat.
L’apport de ces mouvements dans la mobilisation politique pro Yayi pour les élections présidentielles de 2006 vaudrait bien une thèse doctorale en sciences politiques.
Car autant que la religion, ces mouvements corporatistes étaient également des passerelles qui permettaient aisément à l’image du candidat de transcender les barrières identitaires basiques que sont la région et l’ethnie.
Le Creuset National pour l’Education, CNE, que dirigeait mon frère aîné Albert, pouvait par exemple prêcher le yayisme avec la même facilité dans le Couffo, fief de Bruno Amoussou, qu’à Malanville.

C’est au sein de ces mouvements politiques corporatistes que s’exprime sans complexe l’engagement politique des leaders syndicaux les plus en vue du moment. Nous avions le soutien d’une flopée de ces mouvements.

Les plus actifs, à part le CNE, étaient, par exemple, le Mouvement des dockers pour la victoire de Yayi Boni, le Mouvement des zémidjans acquis à la candidature de Yayi Boni, le Mouvement des femmes des marchés du Bénin, présidé par l’épouse de Yakoubou Bio Sawé, le Mouvement des praticiens hospitaliers pour la victoire de Yayi Boni, et ma mémoire en oublie certainement de plus remuants.
Mais à l’opposé de l’intensification de la fréquentation du siège, aucune grande décision ne s’y prenait plus depuis la venue de Vicencia Boco et l’installation de la direction de campagne.
Les petites réunions sensibles se multiplièrent à travers la ville de Cotonou, à l’instar de celle à laquelle je pris part dans une salle du Conseil National des Chargeurs du Bénin, CNCB, et dont l’ordre du jour était la programmation des différents meetings électoraux de notre candidat et la définition de l’itinéraire de campagne.
Cette réunion m’intéressait au plus haut point. Je tenais de ce parcours électoral que je fis derrière le général Mathieu Kérékou en tant que journaliste – reporter en 2001 à travers les 77 communes du Bénin, une somme d’expériences que je tenais à mettre au service de l’organisation de la campagne électorale officielle de Yayi.

L’assistance, très peu nombreuse à cette séance de travail, facilita la prise en compte de certaines de mes idées. Nous n’étions, je crois, que 4 ou 5 participants. Mais ma mémoire ne retient aujourd’hui clairement que le visage et les larges lunettes claires de madame Claude Olory -Togbé.
Cette femme taciturne dont l’expression du regard me rappelait toujours avec amusement la « Castafiore » dans » Les aventures de Tintin », fut très présente dans la campagne.
Bref, j’exposai les idées que voici : parcourir les 77 communes du Bénin en deux semaines de campagne électorale est un parcours presque mystique au cours duquel on sent le pays.

C’est un circuit initiatique qui fusionne un candidat sérieux avec le pays qu’il entend diriger. Le plus simple est donc de prévoir schématiquement 77 meetings pour les 77 communes.

Pour l’organisation logistique, il faut, autant que possible, favoriser les prestataires locaux, cela se ressent toujours directement et agréablement dans les urnes. N’oubliez pas que beaucoup de vos militants opérant dans le secteur de la location de la sono, des bâches, des chaises et des podiums, n’ont pas que des convictions politiques.
Quant à l’itinéraire type de la campagne électorale, elle part des départements du sud vers ceux du nord, pour revenir finir à Cotonou. L’itinéraire a donc une forme de boucle.
Le candidat peut ainsi passer les cinq premiers jours de la campagne électorale à Cotonou d’où il s’élance chaque matin à l’assaut des communes avoisinantes. Le grand saut vers le septentrion se fait ensuite et le candidat ne réapparaît au sud que les deux derniers jours de campagne, pour boucler la boucle.
Mais la constante cartésienne et spirituelle est cette nécessité de mettre pied dans toutes les 77 communes.

Ces arguments firent grand effet cet après-midi-là. Il fut retenu de lancer notre campagne électorale dans le Mono – Couffo. Je repartis de cette réunion avec la conviction plus profonde que le hasard n’existe pas et que toutes les expériences, bonnes ou mauvaises, finissent toujours par servir.
J’entrevoyais donc la tournée électorale en vue, comme un remake de celle que je fis cinq ans plus tôt, dans ce minibus consacré à la presse, et qui, deux semaines durant, suivit le général Mathieu Kérékou.
C’était le plus grand moment de ma carrière de journaliste. J’allais donc refaire le tour, en espérant que celui que j’aurai suivi une fois encore, remportera la mise et sera le prochain président de la République.

Tiburce Adagbe

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