Cameroun : 500 000 ordinateurs de marque « Paul Biya » , « don » du chef de l’État aux étudiants

Pour fêter ses 85 ans ce mardi, le président du Cameroun a fait un improbable don d’ordinateurs. Au pouvoir depuis 35 ans, Paul Biya a promis d’offrir 500 000 ordinateurs aux étudiants des universités d’Etat et privées du pays.

Ainsi, après un premier lot de 80.000 ordinateurs réceptionné en 2017, le pays a réceptionné un deuxième lot de 100.000 ordinateurs, « dons » du chef de l’Etat promis aux étudiants en 2016. L’arrivée du deuxième lot d’ordinateurs porte à 180.000 le nombre d’appareils réceptionnés à un moment où la polémique enfle depuis plusieurs mois autour de ces appareils.

Ces appareils de marque « PB » (les initiales du président Paul Biya), fabriqués en Chine grâce notamment à un prêt d’une banque chinoise à l’Etat camerounais, sont au cœur d’une polémique depuis décembre liée à leur coût, leur qualité et leur capacité de stockage.

Alors que le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary, avait affirmé qu’un « ordinateur PB » coûtait 100.000 francs CFA (150 euros), le ministre de l’Enseignement supérieur a ainsi précisé que l’appareil revenait à 300.000 francs CFA (450 euros). Le surcoût s’expliquait par le prix d’installation des différents logiciels, notamment.

Une capacité de stockage ridicule

Puis, en réponse aux nombreux étudiants et internautes qui critiquaient le peu de capacité de stockage de ces ordinateurs, 32 gigas, un responsable du ministère de l’Enseignement supérieur avait affirmé, grâce à un raisonnement surprenant, qu’ils pouvaient en fait accueillir plus de données.

« Ces ordinateurs sont dotés de disques SSD qui sont ultra-rapides. Initialement, quand on va voir ça, on va dire que 32 gigas c’est petit. Mais, avec cette technologie (SSD), 32 gigas, ça fait 500 gigas dans l' »ancienne technologie » », avait déclaré en décembre le professeur Roger Atsa Etoundi, directeur des systèmes d’information au ministère de l’Enseignement supérieur. Ces propos improbables ont déclenché un raz-de-marée de blagues potaches sur les réseaux sociaux depuis lors, quant à la signification de la « nouvelle » et de l’« ancienne » technologie.

Des élections générales – dont l’élection présidentielle – sont prévues au Cameroun fin 2018. Certains observateurs politiques voient dans ce « don » d’ordinateurs une opération de « séduction de l’électorat ».

Notons par ailleurs que ces 500 000 ordinateurs promis aux étudiants par le président camerounais Paul Biya seront fabriqués sur fonds chinois débloqués par Eximbank, par une société chinoise, en l’occurrence la Sichuan Telecom Construction  Engineering Co., LTD et à Shenzhen (Chine). Une initiative critiquée, notamment pour deux raisons : D’abord, la délocalisation de la production qui ne bénéficie en rien à l’économie locale ou encore à un éventuel transfert de technologie. Ensuite, le fait que ce don représente un prêt de 75 milliards de F Cfa. Un montant assez élevé qui, de l’avis de plusieurs camerounais, aurait pu être injecté dans d’autres secteurs ou des initiatives plus urgentes que de distribuer des ordinateurs aux étudiants.

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