Bénin : Wémèxwé à l’épreuve de la division

Les fils et filles de la vallée de l’Ouémé, une région située au Sud-Est du Bénin, ont, après plusieurs tentatives qui avaient toutes connu d’échec,  réussi à imposer la fête « wémèxwé » comme un label identitaire qui a aiguisé le désir d’autres localités qui leur ont emboîté les pas.  Après sept (7) éditions de cette initiative de retrouvailles et de développement, les querelles intestines ont eu raison des ambitions de départ et l’avenir de cette fête est dorénavant  hypothéqué.

La vallée de l’Ouémé, appelée « Wémè » est située à une vingtaine de kilomètres de Porto-Novo, capitale administrative du Bénin. Composée de quatre (4) communes (Dangbo, Aguégués, Adjohoun et Bonou ndlr), elle a une superficie de huit cent dix (810) km² selon les résultats officiels de l’Institut Géographique National (IGN) avec une population de 278 816 habitants selon le dernier recensement de la population de l’Institut national de la statistique et de l’analyse économique (Insae). Ils ont pour langue principale le « wémègbé ». Elle est classée deuxième vallée de l’Afrique après celle du Nil et est traversée par le fleuve Ouémé qui prend sa source dans la chaîne de l’Atacora au nord-ouest du Bénin.

Les habitants de cette région, après l’accession du pays à la souveraineté nationale et internationale, se sont regroupés, dans un esprit fraternel, pour booster le développement de la vallée. Pour y parvenir des jeunes ont eu plusieurs initiatives de développement.

Mais de la Jeusnesse Etudiante de Ouémè (JEO) à Gbénonkpo en passant par AlodéhouFinanfa et Kponou, toutes les initiatives ont connu des échecs soit pour des crises d’égo, soit pour des querelles politiques.

Mais ces échecs n’ayant pas émoussé l’ardeur des fils et filles de cette région de se retrouver dans un creuset pour décider du sort de leur localité, un groupe de jeunes, des années après, a pensé et mis en place l’association wémèxwé; une association qui, après sept ans, a fait la fierté non seulement des wémènous, mais également du Bénin tout entier.

Les « premiers pas » d’une fête devenue un label identitaire

Les différents regroupements qui ont vu le jour dans cette vallée de l’Ouémé ont tous connu des échecs pour des raisons aussi diverses que variées.  De désespoir en désespoir, naquit donc une lueur d’espoir qui s’est révélée un dimanche au cours d’une messe d’action de grâce en mémoire  du père Dominique Adéyèmi, le plus célèbre prêtre catholique de cette région.

Selon les témoignages, l’idée de la présente fête a véritablement pris corps à l’occasion de cette messe d’action de grâce en mémoire de l’homme de Dieu qui a marqué positivement la vallée de l’Ouémé.

« Nous étions sur le parvis de l’église en train de papoter quand un enfant, venant de nulle part, a lancé la phrase que voici : pourquoi ne pas initier wémèxwé ? », témoigne chaque année Antoine Bonou, coordonnateur général de l’association wémèxwé.

« Depuis lors, ce bout de phrase prononcé par l’enfant est devenu le principal sujet de réflexion entre les cadres, dignitaires, notables et autres personnalités de wémè ».

Mais bien avant, précise Pascal Todjinou, sage de Wémè, « des réflexions tournaient depuis autour d’une nouvelle association pouvant véritablement permettre de réunir les frères de la même localité autour d’un idéal commun ».

Le nouvel élan est vraiment l’œuvre de ce digne fils de la vallée de l’Ouémé, Antoine Bonou qu’il convient de saluer à juste titre

Marcel Codo Membre de CIC

In fine, wémèxwé a été mis en place en 2010 avec la première édition qui s’est tenue à Azonwlissè, dans la commune d’Adjohoun. « C’était le déclic », lance Jeanne Adounssiba, membre de la coordination générale. Après sept (7) éditions, le bilan est acclamé à l’unanimité.

Les traces de Wémèxwé

En quelques éditions seulement, la fête a laissé une marque indélébile à la grande satisfaction de tout le peuple Wémè. Toutes les communes ont déjà reçu, durant ces éditions, deux fois la fête puisqu’elle se déroule de façon rotative.

Se basant sur la thèse que « ce sont les êtres humains qui transforment leur milieu, Marcel Codo soutient que « si la région Wémè doit se développer, il est impératif de mettre l’accent sur l’éducation ». Une chose qui permettra d’atteindre l’objectif fixé qu’est le développement afin que la région s’extirpe de cet état si « honteux ».

A la première édition à Azonwlissè, précise Pierre Egléa, ancien trésorier général adjoint de la coordination wémèxwé, l’idée des réalisations n’a pas germé.

 Ce n’est qu’après ce premier pas franchi qu’il était convenu de passer aux réalisations des infrastructures socio communautaires afin de marquer le passage dans chaque localité.

Aujourd’hui, wémèxwé est apparu comme un véritable outil de développement intégré des quatre (4) communes de la vallée de l’Ouémé, un instrument fédérateur des énergies positives de tous les wémènous pour la construction de leur « nation ».

Ces infrastructures sociocommunautaires réalisées chaque année depuis la troisième édition de cette fête cadrent parfaitement avec l’idée d’un développement à la base et c’est une façon de contribuer à la construction du pays à travers une gestion participative des populations de la cité.

 Les dessous de la bataille fraternelle

Le succès de wémèxwé n’est plus à démontrer. Une réussite éclatante en si peu d’éditions qui a tôt fait de lui décerner un label dans le pays. Le nombre impressionnant de personne qu’elle rassemble chaque année, plus de cent (100) mille selon le coordonateur, prouve sa notoriété.

Le caractère apolitique de cette fête et l’opiniâtreté des responsables à ne pas fléchir, sous aucun prétexte, devant la manne financière de certains opérateurs économiques et le pouvoir des acteurs politiques ont permis aux organisateurs d’enregistrer bien des succès.

La fête a su résister aux différents candidats lors des différentes joutes électorales. Sur ce plan et à l’unanimité des wémènous, un satisfécit a été décerné aux organisateurs surtout les responsables de la coordination générale de wémèxwé.

Cependant et malgré cette réussite et « cette bonne organisation », c’est presque connu de tous que d’année en année, la grogne s’enfle dans le rang de ces populations de la vallée de l’Ouémé au sujet de certains aspects des manifestations.

Une grogne qui s’est fondamentalement cristallisée en 2014 à la dernière édition tenue dans la commune d’Adjohoun au cours de laquelle un groupe de contestataires a dû exprimer la désapprobation des masses paysannes de wémè au sujet du prix de vente du tissu officiellement retenu.

Il est à signaler qu’à la première édition de cette fête qui s’est tenue dans la commune d’Adjohoun, plus précisément à Azonwlissè, le tissu était vendu à quatorze (14) mille francs tout frais compris.

Mais depuis lors, le prix du tissu ne cesse de grimper d’année en année. De ce montant, le tissu a été cédé successivement à quinze (15) mille, dix-sept (17) mille et dix-neuf (19) mille francs la pièce. Sans oublier la surenchère qui s’observe à l’approche de la journée fatidique.

« C’était donc les premiers signes du malaise », signale Pascal Todjinou, ancien secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Bénin (CGTB) et sage de la vallée de l’ouémé.

Parallèlement donc, ce groupe avait opté pour son tissu qui était moins cher et accessible à la couche défavorisée et de revenus très faibles. Les raisons de ce choix de tissu qui était sans motif particulier résidaient dans leur manière de protester contre la surenchère du prix de vente du tissu de la coordination générale de wémèxwé.

Malgré ce signal en 2014, les choses, au lieu de s’améliorer, ont connu une avancée. Et pour l’ancien trésorier général adjoint de cette association, « ce fut le début de la brouille et de la crise de tissu au sein des Wémènous ».

En juillet 2015, la coordination générale convoque une assemblée générale anticipée puisque le mandat en cours devrait arriver à échéance en octobre 2015.

A l’ordre du jour de cette assemblée générale, étaient inscrits entre autres la question de la commande du tissu et des modifications des statuts de l’association. A la fin de ce congrès, il était donc convenu que la commande de tissu reste et demeure le monopole de la Coordination Intercommunale (CIC).

Dans la mise en œuvre de cette décision du congrès, clarifie Marcel Codo, membre de la CIC, « la coordination a compris qu’elle devrait continuer à envoyer l’un des membres en Chine pour acheter le tissu et venir le revendre aux populations ».

Mais malheureusement, cette méthode qui n’est d’ailleurs pas du ressort d’une association constituée sur la base de la loi de 1901 a continué à alimenter les débats au sein de l’opinion publique la suspicion sur le prix de revient du tissu.

Certains estiment, à juste titre, que l’opération ainsi menée permet à ses auteurs de s’enrichir sur le dos des wémènous puisque les professionnels de tissu des marchés disent haut et fort qu’aucun tissu importé du continent asiatique ne pourrait revenir à un prix aussi cher que celui déclaré par la coordination.

Après l’alerte de 2014 donnée par certains jeunes,  la 6e édition tenue dans la commune des  Aguégués en 2015 et la 7ème édition tenue à Bonou en 2016 ont connu les mêmes récriminations qui ont encore porté sur le prix prohibitif du tissu, les épaisses ténèbres qui entourent les procédures de commande de ce tissu et les difficultés d’accès au site des manifestations.

Mais face à ces récriminations et surtout à l’inaction des responsables de la coordination entretemps, un autre groupe de jeunes a été constitué pour, disent-ils, adresser formellement des correspondances à la coordination aux fins d’une amélioration, pour le bien de tout le peuple wémè, des festivités au service du développement de cette vallée. C’est ainsi qu’est née l’association « wémèxwé, notre identité ».

Une nouvelle identité pour le peuple Wémè ?

Cette association est née, selon ses responsables, pour éviter à wémèxwé, le même sort que ce qu’ont connu les différents regroupements qui l’ont précédé. Pour Wassi Yessoufou, président de cette association, « l’objectif  du groupe vise à contribuer à la pérennisation de wémèxwé afin qu’il devienne effectivement un instrument de développement du pays wémè ».

Mais cet objectif a été, jusque-là, mal perçu par les membres de la coordination générale. Les responsables de la coordination estiment qu’ils « se rebellent afin de siéger dans la coordination ou d’arracher le poste du coordonnateur qu’ils envient d’ailleurs tous ».

Il est à signaler qu’en plus des mécontentements liés au prix prohibitif du tissu, il y a la gestion financière au sein de la coordination qui ne répond à aucune orthodoxie financière. La coordination aurait gagné en crédibilité s’il y avait une traçabilité dans la chaîne des dépenses.

Pierre Egléa Ancien trésorier général adjoint de la coordination

Face à tous ces reproches et malgré les menaces de toute sorte, l’association des jeunes dénommée « wémèxwé, notre identité », a mené des démarches non seulement auprès des responsables de la coordination, mais aussi auprès des sages, cadres et têtes couronnées de la région pour une médiation afin que leurs doléances soient entendues et éventuellement prises en compte au grand soulagement de la masse paysanne de la vallée de l’ouémé.

« Nous avions reçu les jeunes, leurs objectifs étaient si nobles mais la fougue juvénile l’emporte puisqu’ils avaient refusé d’attendre encore un peu »Raphaël Degbédji, membre de la CIC

 

Les doléances des protestataires

Pour donc permettre à la population de se retrouver parfaitement dans les propositions faites, les membres de l’association « wémèxwé, notre identité », le camp qualifié de dissident depuis lors, ont élaboré et transmis aux responsables de la coordination une série de propositions entrant dans la bonne marche de ces festivités des wémènous.

Au vu donc de ces propositions, il était demandé à la coordination de revoir le prix du tissu à la baisse avec une meilleure qualité dans sa fabrication. Pour cela, le consommateur final qui paie le tissu à quatorze (14) mille franc CFA aurait déjà contribué de par sa souscription à hauteur de deux mille cinq cents (2 500) francs au moins.

D’autres propositions ayant trait à la relecture des statuts et règlements intérieur de l’association, au maintien du caractère rotatif de la fête, à la mise en place d’un fonds de développement du pays Wémè, à la mise en place de la communauté des communes de la vallée de l’Ouémé ont été évoquées.

La lettre transmise à cet effet à la coordination en date du 12 mai 2016 portant en objet : Transmission de propositions et demande d’audience a été déchargée le lundi 16 mai 2016 par Landry Noudjinlodo, agent de sécurité de Berec.

Il faut signaler que la société Bérec est la propriété d’Antoine Bonou, coordonnateur général de l’association wémèxwé et est le lieu retenu pour toutes les opérations de l’association. La coordination ne disposant pas, jusqu’à ce jour, d’un siège ou d’un secrétariat permanent en son nom, tout ce qui a rapport avec cette fête se déroule dans l’enceinte de cette société Berec.

« A la deuxième édition et vue l’ampleur que prenait cette fête, j’avais proposé à la coordination de mettre en place un secrétariat permanent avec le recrutement de trois (3) personnes pouvant gérer exclusivement les affaires courantes de l’association sous la direction des membres de la coordination générale. Des gens étaient même prêts à payer leur salaire pour  au moins un an. Mais hélas », se désole aujourd’hui Pierre Egléa.

Dans le contenu de la lettre adressée à la coordination, les membres de l’association « Wémèxwé, notre identité » ont également fait cas de cette proposition de siège.  La première lettre d’audience étant restée sans suite, ils ont relancé avec une nouvelle en date du 25 mai 2016 portant en objet: « Relance de notre demande d’audience ».Cette fois-ci, c’est le SA-BEREC qui a déchargé sur ordre du coordonnateur général lui-même. Une fois encore, silence radio.

J'ai effectivement reçu la lettre des dissidents et l’ai affectée à mon adjoint afin qu’il organise une rencontre avec eux parce mon agenda ne me le permettait pas

Antoine Bonou Coordonnateur général de l'association Wémèxwé

La rencontre devrait aussi permettre aux dissidents d’avoir le quitus de la coordination général pour la commande du tissu de l’édition 2017 qui devrait se tenir à Zounguè, dans la commune de Dangbo. Mais chose curieuse, l’adjoint n’a jamais organisé cette rencontre et n’a donc pas suivi les instructions du coordonnateur général.

Après la lettre de relance, au lieu que la coordination générale convoque les contestataires, elle a plutôt préféré convoquer une réunion préparatoire des coordinations intercommunales. Au cours de cette rencontre, la majorité des membres de la coordination a refusé catégoriquement que la confection et la réalisation du tissu soient remises « à ces jeunes dissidents ».

Mais vu la tension et la fougue de cette jeunesse, raconte Marcel Codjo, membre de la coordination intercommunale, « j’ai indiqué à la coordination que la seule voie qui reste pour la CIC pour se mettre à l’abri de tout soupçon et redorer le blason est de faire la concession en sélectionnant un fournisseur par appel d’offres ». Mais une fois encore, cette proposition a été purement et simplement rejetée à l’unanimité des autres membres de la coordination.

Mais si une suite officielle n’a pas été donnée à leurs correspondances, des manœuvres étaient déjà en cours sur les médias sociaux et dans certains organes de presse  pour discréditer et vilipender les membres de l’association déjà présentés « comme des traîtres, des rebelles et des gens animés de mauvaise foi qui n’ont que la mission de détruire ce qu’un peuple a construit après tant d’années de sacrifice et d’échec en la matière ».

La réplique ne s’est pas fait attendre. Ainsi débuta la guerre des mots par médias interposés et sur les médias sociaux.

Une bataille au nom du peuple

Nous ne pouvions jamais nous taire sur des invectives et des propos mensongers que tenaient les sbires de la coordination à notre encontre. Il fallait réagir et ceci à la hauteur de leur forfaiture s’enflamme Donatien Koutchika Zamènou, Secrétaire Général de la branche dissidente.

Chacun des deux camps se sentait donc offusqué quant « au traitement » à lui infligé par le camp adverse. Les réseaux sociaux ont été pris d’assaut, les médias locaux sollicités et la bataille entre frères s’est installée dans la région wémè où des affrontements physiques ont été aussi enregistrés.

La bataille a été rude et pour Pierre Egléa, désormais de la dissidence, « toutes les méthodes étaient au rendez-vous et il fallait s’armer à la taille de l’adversaire ». Un combat tant spirituel que physique au nom, disent-ils tous, de la fraternité et du bien-être socioéconomique de la nation wémè.

 

Ce qui était bien dans cette brouille, c’est que les deux camps se battent pour le peuple de wémè, son développement, son épanouissement et surtout la pérennisation de wémèxwé qui est devenue d’ailleurs un label dans la sous-région

François Sounouvou Ancien député et sage de la vallée

Le malaise était perceptible et face à cette dégénérescence du tissu social qui lie les fils et filles de wémè, les sages et notables de la vallée de l’Ouémé se sont constitués et sont intervenus afin de décanter la situation.

Mais malheureusement, les nombreuses rencontres de médiation de ces cadres, sages et notables de wémè en direction de la coordination générale pour qu’elle accepte de rencontrer et d’écouter les dissidents ont été infructueuses. Aucune avancée n’a été donc notée quant à cette négociation.

« Ces différentes rencontres ont été séparément organisées tant avec les jeunes dissidents qu’avec les membres de la coordination », précise François Sounouvou, membre du comité des sages et notables constitué pour la circonstance.

Voulant toujours un terrain d’entente et après les nombreux échecs, Pascal Todjinou, ancien secrétaire général de la Confédération Générale des Travailleurs du Bénin (CGTB) et cadre de la vallée de l’Ouémé, a demandé et obtenu une séance de médiation et de réconciliation entre la coordination et la dissidence.

Cette rencontre qui s’est tenue dans un complexe hôtelier de la ville capitale, Porto-Novo le vendredi 17 août 2016 a connu, contrairement aux autres, une avancée spectaculaire et positive.

« C’était la réunion de tous les espoirs », s’exalte Marcel Codjo.

C’est donc au cours de cette rencontre, signale Marcellin Houngbédji, que « le coordonnateur a décidé de confier la confection du tissu de la 8ème édition de wémèxwé de cette année aux membres de l’association qui ont dit avoir trouvé Naïmath Kpoton, fille de la vallée, pour le financement, en intégralité et sans condition, de la confection du tissu pour l’édition ».

Mais cette déclaration n’a duré que le temps de son euphorie puisque quelques jours après et à la rencontre suivante pour la finalisation et l’officialisation de cet engagement, aucun membre de la coordination générale ne s’était présenté et les rumeurs ont commencé par faire état de ce que le coordonnateur général a finalement cédé à la pression de certains membres qui ne voulaient pas lâcher la manne que constitue la confection du tissu.

Ainsi donc, un deuxième tissu a été commandé pour la même édition 2017 de Dangbo. Très étonnés, les dissidents se sont demandés ce qu’il adviendrait du premier tissu étant donné que la commande a été déjà lancée et l’échantillon déjà disponible. Ce fut  donc la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Jusqu’à la fratricide ?

Les différentes démarches d’une sortie de « crise » entre les dissidents et la coordination s’étant soldées par des échecs, la coordination, se basant sur les textes et usant de ses privilèges, dit résolument engagée à aller jusqu’au bout et ne confier, sous aucun prétexte, la confection du tissu de la fête des wémènous à une autre association qui n’est ni légalement constituée, ni reconnue par les fils et filles de la grande vallée de l’Ouémé.

« Tout autre tissu sera considéré contrefait et les auteurs seront poursuivis devant les juridictions compétentes du pays », avait menacé Antoine Bonou, coordonnateur de l’association wémèxwé dans les colonnes de certains journaux à la grande surprise des dissidents. Même menace lors de ses sorties sur certaines stations radios et chaînes de télévision.

Malgré ces menaces et ces mises en garde, les membres de l’association « wémèxwé, notre identité », l’aile dissidente, n’avaient  pas reculé et ont également promis, ou du moins, se sont aussi résolument engagés à aller jusqu’au bout de cette affaire.

« On était si mature qu’on pouvait aussi répondre de nos actes  devant ces juridictions puisque nous étions et nous sommes toujours dans le vrai, du côté de la vérité », a rétorqué Espoir Weinsou, conseiller juridique du camp dissident.

Le tissu de l’association « wémèxwé, notre identité » sort en premier et fut mis en vente en Novembre 2016. Sur le tissu et suivant le motif, il est clairement remarqué l’inscription des quatre communes de la vallée en entouré et une bande « Dangbo 2017 ».

La coordination, furieuse de cette attitude qui, pour elle, ne garantit pas la cohésion et la solidarité prônées par l’esprit de cette fête, a tenté à plusieurs reprises de dissuader les auteurs et de confisquer le stock du tissu, mais en vain. Ces derniers disent vouloir  vendre afin de récupérer le capital injecté dans cette confection de tissu.

Nous n’avions pas la prétention d’arracher le privilège de confection de tissu à la coordination, nous avions juste espéré un accompagnement pour que les deux tissus, au mot d’ordre du coordonateur, puissent être écoulés au grand bonheur des populations de wémè

Wassi Yessoufou président de l'aile dissidente

Face au refus des dissidents à renoncer à ce projet et considérant que le Bénin est un état de droit, la coordination s’en est remise à la justice du pays. La première plainte a été déposée le 18 Novembre 2016 à la brigade de recherche de Cotonou contre dame Naïmath Kpoton, opératrice économique ayant confectionné le tissu pour usurpation de titre et non qualification pour une telle activité.

La seconde plainte a été déposée au tribunal de première instance de première classe de Cotonou pour contrefaçon du tissu le 29 décembre 2016.

Mais préalablement, la coordination avait demandé et obtenu du président du tribunal de première instance de première classe de Cotonou, l’ordonnance N°888/2016 en date du 25 novembre 2016, l’autorisant à pratiquer une saisie conservatoire sur les produits prétendument contrefaits par dame Naïmath Kpoton.

L’ordonnance N°001/17 4èmech-Réf civil du 2 janvier 2017 rendue par le tribunal de 1ère instance de 1ère classe de Cotonou statuant en matière de référés civils  et celle N°001/2017/2FD du 9 janvier 2017 rendue par la 2ème chambre de flagrant délits du tribunal de première instance de première classe en matière correctionnelle dans le dossier N°COTO/2016/RP-04567 ont tous débouté la coordination en donnant raison à dame Naïmath Kpoton qui pourrait continuer, sans plus s’inquiéter, ses activités de confection et de commercialisation du tissu.

Les manifestations entrant dans le cadre de la 8ème édition de cette fête des wémènous étant prévues pour se dérouler dans la première quinzaine du mois de janvier 2017, ces deux décisions de la justice avaient créé au sein de tout le peuple béninois principalement celui de wémè, un état d’anxiété et de confusion totale.

A quelques jours des festivités et étant garant de l’ordre public et la sécurité sur son territoire départemental, le préfet de l’Ouémé, Joachim Akpithy avait convoqué les protagonistes pour une séance de réconciliation et d’apaisement.

Cette séance qui s’est tenue le lundi 9 janvier 2017 s’est soldée par un échec puisque les membres de la coordination générale, une fois sortis du bureau du préfet, ont refusé de s’adresser aux Wémènou par le biais de la télévision Golfe TV déjà présente sur les lieux pour leur signifier le retour de la paix comme convenu au cours de la réunion. L’entente souhaitée n’a donc pas été retrouvée.

Le 10 janvier 2016, l’association « Wémèxwé, notre identité », par l’entremise de son secrétaire général Donatien Koutchika Zanmènou, adresse une correspondance au Coordonnateur Général de Wémèxwé pour qu’il leur soit attribué une place sur le site de la fête. Sans donner suite à cette requête et le 11 janvier 2017, 48h après la rencontre avec le préfet, la coordination porte une nouvelle plainte au niveau du tribunal de première instance de première classe de Porto-Novo pour « trouble manifestement illicite sur le site de la célébration ».

Par l’ordonnance N°002/CR1/2017 du 12 janvier 2017, le tribunal, rendant sa décision, « a sursis en conséquence à la tenue de la fête wémèxwé, édition 2017 des 15 et 16 janvier 2017 jusqu’à la réconciliation des parties»

Wémèxwé, quel avenir encore ?

« Wémèxwé ne doit jamais rentrer dans les ravins. La fête doit survivre, l’association doit se relancer », souhaite Pierre Egléa, ancien trésorier général adjoint de la coordination. Pour lui, c’était une crise de croissance qui avait gagné le forum et il faudrait à présent que la prise de conscience puisse permettre d’éviter ces dérapages.

Cette idée est partagée par d’autres cadres de la vallée comme Raymond Zounmatoun, Bernard Ahissou, Victor Zoclanclounon qui ont entrepris de rapprocher les positions. Les wémènou sont aujourd’hui unanimes sur ce qu’il faille impérativement œuvrer pour que survive cette fête fédératrice et empreinte du sceau de développement de la vallée de l’Ouémé.

« Etant donné que le juge n’a pas prononcé la cessation définitive de la fête, cela signifie que l’espoir est toujours permis »se réjouit Pascal Todjinou

Même sentiment chez François Sounouvou pour qui « le règlement de cette crise d’adolescence ne dépendra que de l’esprit d’ouverture et l’abandon d’égo des acteurs concernés ».

Au moment où certains préconisaient le règlement de cette crise dans une des forêts sacrées des wémènou, d’autres souhaitaient une assemblée générale au cours de laquelle les différends seront aplanis avec des discussions qui déboucheront sur la signature, par les deux parties, du protocole d’accord et d’entente comme l’a exigé le juge du tribunal dans sa décision.

De cette 8ème édition à l’approche de la 9ème cette année 2018, les différents acteurs de la crise ne se sont pas ravisés et la crise, contrairement à ce que souhaitent les fils et filles de cette communauté, demeure toujours. Le protocole d’accord demandé et d’ailleurs exigé par le juge du tribunal de première instance de première classe de Porto-Novo.

Pour certains, la décision de « sursis du juge » n’a été valable que pour la 7ème édition et que les autres éditions pourraient se tenir sans gêne. Mais pour d’autres, il faut impérativement la signature du protocole afin que le juge lève la mainmise sur la fête. Chacun y va donc de son interprétation.

Le même scénario a repris…

Dans cette atmosphère, la coordination générale a procédé ce samedi 27 janvier 2018, au lancement officiel de la 8ème édition de Wémèxwé. Cette édition se tiendra du 21 au 25 février 2018 à Akpadanou, dans la commune d’Adjohoun. Et comme de coutume, un module de trois (3) classes, bureau du directeur et un magasin a été construit à Siliko dans l’arrondissement de Kodé, commune d’Adjohoun.

L’entente n’est toujours pas encore retrouvée, le tissu dévoilé pour la fête pour cette 8ème édition est à dix-huit mille (18 000) francs CFA mais le peuple Wémè est toujours dubitatif sur la tenue effective de cette fête identitaire.

On rappelle que le juge, dans sa décision N°002/CRI/2017 du 12 Janvier 2017 avait ordonné la suspension jusqu’à la réconciliation des deux parties. Mais sans la signature de cet accord, la dissidence a constaté que les préparatifs pour l’organisation de cette fête ont démarré.

Se désolant donc de cet état de choses, elle a saisi ce 1er février 2018  le tribunal de Porto-Novo par une plainte portant « violation de l’ordonnance N°002/CRI/2017 du 12 Janvier 2017 et demande de sursis à la tenue de la 9ème édition de la fête ».

Cette plainte signée par le président de l’aile dissidente, Wassi Yessoufou, relance le débat sur la tenue effective de cette fête. Il est aujourd’hui évident que le peuple wémè, au-delà de ce clivage et cette crise d’adolescence, espère toujours un retour au calme afin de fêter dans la gaieté et dans la quiétude.

 

16 juillet 2018 - 22 juillet 2018

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1 commentaire
  1. AFFEDJOU SENAN GERARD dit

    Rien ne se construit dans la division chers wémènou.

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