Bénin – Budget 2018 : le dangereux choix de 60% d’apport intérieur de financement

 « Trop d’impôts tuent l’impôt », dit-on souvent. Le Bénin qui en a pleine conscience, a choisi au titre de cette année 2018, non pas d’en créer de nouveaux mais d’alourdir ceux existants. Et le monde des affaires est ainsi mis en difficultés.

Les réformes fiscales amorcées sous le régime précédent n’ont pas produit leurs effets. Le but poursuivi par ces réformes était essentiellement l’allègement des tracasseries fiscales. Elles ont abouti à la simplification des charges autrefois disparates et étouffantes.  C’est ainsi que naissait au grand soulagement des jeunes entrepreneurs, la Taxe professionnelle synthétique (TPS). Mais celle-ci ne prit effet que le temps d’une seule année. Elle fut remise en cause à l’avènement du régime « du nouveau départ », c’est-à-dire depuis l’exercice budgétaire de l’année dernière.

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C’est alors que toutes les entreprises concernées par cette grille, soit celles ayant un chiffre d’affaires inférieur ou égal à cinquante (50) millions de francs CFA, ont été doublement imposées l’année dernière. Outre la TPS, elles ont été sommées de payer une patente supplémentaire. Or, cette taxe dite patente était déjà comprise dans la nouvelle formule de la TPS.

Cette année, de nouvelles orientations sont données, pour augmenter cette charge fiscale à toutes les entreprises.

Un apport intérieur de financement de 60%

 Le gouvernement de la « rupture » a opté pour un déséquilibre de financement des investissements. Désormais, le Budget de l’Etat, exercice 2018 veut que pour tout investissement, la participation du Bénin soit portée à 60%. Ce choix fait sur le dos du contribuable oblige à une pression fiscale. Ainsi, l’ancienne assiette a été élargie, impliquant d’autres activités imposables. Les autres déjà sous régime fiscal ont vu leurs parts portées au double, ou presque.

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Partant, la situation fiscale des entreprises sous la loi de finances, exercice 2018, est sérieusement compromise, avec l’augmentation exponentielle du taux imposable ou assiette imposable. Cette augmentation se traduit par la considération maximale du chiffre d’affaires des entreprises. Ainsi, une entreprise qui a par exemple un chiffre d’affaires avoisinant le million (1.000.000 FCFA), ses impôts cumulés atteignent presque la moitié, soit environ 450.000 FCFA.

[bs-quote quote=”Dans le même temps, les opérateurs de grande taille, surtout ceux qui sont dans les transports, sont exonérés des frais de douane lorsqu’ils importent des camions neufs.” style=”style-7″ align=”center”][/bs-quote]

Comment expliquer une telle situation où c’est encore le plus riche qui bénéficie de facilités pendant que le petit entrepreneur doit subir « la rage fiscale », en payant la moitié de son chiffre d’affaires aux impôts ?

Comment y faire face, surtout dans un environnement de restriction d’opportunités ? Quelle vision a-t-on de notre économie en se comportant de la sorte ? Les députés à l’Assemblée nationale, qui ont voté cette loi ont-ils eu conscience de cette triste réalité ? Et pourtant, elle est remplie d’opérateurs économiques, tout comme l’Etat qui est géré par un autre opérateur économique.

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En somme, entreprendre au Bénin, va devenir très compliqué pour tout agent économique. Seuls, les gros propriétaires de camions auront la facilité de déverser sur notre territoire plus de camions pour on ne sait quoi faire, sur des routes construites sans résistance aucune.

Cette option dangereuse ne promeut guère la libre entreprise, la volonté entrepreneuriale, l’ambition et le goût du risque.

Le seul moyen pour un jeune sorti de nos universités et en quête d’emploi, c’est d’éviter de se faire écraser par ce lourd poids fiscal, c’est de trouver refuge dans la fonction publique pour y servir comme agent permanent, agent contractuel et autres. L’entrepreneuriat est ainsi tué malgré les efforts d’allègement et de simplification déployés par le gouvernement défunt de Boni Yayi.

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