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Roger Gbégnonvi : « pourquoi Esprit Divin et non Esprit Vodou ? »

Samedi après-midi. Dans cette cité couverte de temples vodous et parsemée de buvettes. Dans l’une de celles-ci, des fonctionnaires, attablés ou accoudés au comptoir, sont occupés à vider bouteilles et canettes de bière, tout en ressassant la rengaine de « L’Afrique si riche et si pauvre ».

Venant du comptoir, une question fuse, inattendue, sans lien apparent avec richesse ni pauvreté : « Eh ! vous tous-là, pourquoi nos ateliers, nos salons de coiffure, nos collèges, etc., ne sont jamais sous la protection de quelque vodou, mais toujours sous celle de Saint Joseph, du Sacré Cœur de Jésus, de Sainte Séraphine, etc. Vous connaissez tous notre si utile Restaurant Esprit Divin. Pourquoi pas, en lieu et place, Esprit Vodou ? »

Ce à quoi répond une voix désabusée, surgie de la table. Si tu n’es pas fou, comment peux-tu imaginer que le gourbi où ma femme fait de la couture s’appelle Xêbyoso, vodou de la foudre, ou que l’école où j’enseigne s’appelle Sakpata, vodou de la terre et de la variole ? Suppose que l’alambic où nous sommes réunis s’appelle Dangbé, python adoré, eh bien personne n’y viendrait boire la moindre goutte. Le Vodou ne protège qu’en creux. En relief et dans son essence, il est repoussoir, grenade dégoupillée en permanence pour quelque foudroyance.

L’Européen a donc bien agi en nous apportant des trucs positifs pour contrebalancer la négativité du Vodou afin que nous ne soyons pas toujours sur le qui-vive.

Ce que conteste fermement son voisin. Trucs positifs ? Mon œil ! Nous avons trouvé très vite le talon d’Achille, le côté vodouiste du positif, le saint acquis d’avance à nos foudroyances. Pourquoi sommes-nous si attachés à Jeanne d’Arc et à Michel Archange ? C’est à cause de leur foudroyance visible à l’œil nu. Avec ces deux-là, plus besoin de notre Vodou.

En bon catho (diminutif de catholique – ndlr) ou sympathisant catho, il te suffit de mettre ta clinique, ta boutique, ta maison, etc., sous la protection de l’un de ces succédanés de Xêbyoso et de Sakpata, et tu foudroies sans arrêt tes ennemis vrais et supposés. Et c’est ainsi que, en pleine messe, nous retombons sur nos pieds vodouistes ! Le cas de Sainte Marie Mère de Dieu est tout aussi intéressant. Elle est Notre-Dame de tout, sauf de la guerre, pour que ça ne fasse pas bizarre.

L’astuce de l’Européen lui-même, pour éviter la bizarrerie, a été de la faire Notre-Dame des Victoires, ce qui nous arrange parfaitement, parce que, précédant la victoire, il y a la guerre. Sans oublier Marie qui écrase, depuis toujours, l’antique serpent. On vient de lui adjoindre d’ailleurs « Marie qui défait les nœuds ». Au vu de tout ça, je me dis que Sainte Marie Mère de Dieu est une très grande foudroyance. Et nous avons raison de la vénérer jour et nuit.

Roger Gbégnonvi Ancien ministre

Un bravo nuancé surgit à un bout du comptoir. Notre ami a bien parlé. Il a oublié une seule chose : la récupération du positif en Vodou négatif se fait depuis peu de façon conviviale. En effet, dans nos maisons, sous les statues des saints, nous disposons désormais des ingrédients vodous pour une entente cordiale et un renforcement réciproque. Entre un chrétien notoire et un vodouisant notoire, la différence n’est jamais notoire. J’exagère peut-être. Mais tous, vous connaissez le truc suivant : avant de bâtir la maison, on fait venir le prêtre Vodou pour « miner » le terrain.

La maison bâtie, avant de l’intégrer, on fait venir le prêtre ou le pasteur chrétien pour la sanctifier. Quelqu’un ici a dit que notre syncrétisme était de juxtaposition et que seuls les nôtres déportés à Haïti avaient opéré, là-bas, le syncrétisme classique de mixage. Or il y a place pour un syncrétisme de superposition. Et je vois bien notre Dangbé sous les pieds de Marie pour entente cordiale et renforcement réciproque.

Acceptant tous les compromis, le Vodou impose partout sa loi du sur-place, son refus de la lumière et du progrès. L’Etat ni les chefs des religions conquérantes ne savent contrer le Vodou, piège sans fin dans lequel s’est enfermé depuis toujours le Bénin.

Roger Gbégnonvi est un Professeur de lettre et ancien ministre de l’alphabétisation et de la promotion des langues
3 commentaires
  1. Sourou dit

    Mr Gbegnonvi gagnerait à faire l’effort d’écrire en français facile pour mieux faire passer ses messagess. C’est à croire qu’il n’écrit pas pour tout le monde mais pour une élite.Si c’est le cas tant pis pour nous autres.

    1. Philippe CHABI dit

      M. Sourou, je salue votre suggestion et vous prie d’être “patient” ! Le “français facile” que vous désirez et implorez tant est bien relatif : M. Gbégnonvi n’écrit pas un traité pédagogique à l’usage de nos enfants ou de nos petits-enfants encore nostalgiques du lait et de la langue maternels : il parle du “Divin” et du “Vodou”, il s’adresse singulièrement à un lectorat intellectuellement accompli. À thème simple, écriture simple : mais les réalités “divine” et “vodoue” – peut-être le savez-vous mieux que moi – ne sont guère simples. L’expression appropriée de tout ce qui concerne le divin et/ou le vodou requiert précision, concision, voire élégance. Il ne revient donc pas au texte en présence de se conformer à notre goût à nous, il incombe plutôt au lecteur de s’élever au niveau de l’article publié : par un tel procédé, le lycéen, l’étudiant (par exemple), enrichissent et diversifient leur capital lexical, syntaxique, stylistique, culturel, cultuel. Merci.

      1. Philippe CHABI dit

        ERRATUM : “Vodou” en lieu et place de “vodoue”.

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