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Média au Bénin : Soleil FM, et le piratage continue…

Cela fait déjà quelques semaines (5 semaines précisément) que la fréquence de la radio Soleil Fm est brouillée par des pirates jusque-là non identifiés. Les différentes démarches menées par la direction de la radio, le cri parfois alarmant des auditeurs, l’indignation des professionnels des médias et les efforts du patronat de la presse sont malheureusement des réactions qui n’ont pas ému la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac), organe régulateur des médias au Bénin.

« La direction de la radio Soleil FM nous a écrit nous faisant part des perturbations observées sur sa fréquence. L’institution que je dirige a répondu à leur courrier et les mesures sont entrain d’être prises ». Ainsi s’est exprimé le Président de la haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication (Haac) dans les colonnes du journal « le Matinal » au détour d’une interview exclusive accordée à ce quotidien béninois paraissant à Cotonou. Loin dans cet entretien, Adam Boni Tessi promet que « la Haac corrigera le tir si elle remarque qu’il y a une autre radio qui interfère et essayera de la  ramener à l’ordre ».

Le président de cette institution avait fait cette promesse le 17 octobre 2017, soit une semaine environ de la brouille de la fréquence de cette radio qui est d’ailleurs la mieux écoutée dans la partie méridionale du Bénin.

Mais depuis lors, aucune action de la Haac et aucune commission de cette institution de régulation des médias en République du Bénin n’a été dépêchée sur les installations de la radio  Soleil Fm comme l’avait pourtant promis son président Adam Boni Tessi.

« Jusqu’à cet instant, nous n’avons reçu aucune délégation ni une quelconque commission de la Haac dans le cadre du piratage de notre fréquence alors que toutes les démarches administratives ont été menées »

Jérôme Kassa Chef des programmes de la radio

Si la radio pirate s’emparait de la fréquence de la radio Soleil FM à des heures bien précises surtout lors des émissions à grande écoute, la brouille est quasi permanente et totale depuis une semaine environ.

« Au début, la radio pirate opérait les matins à 8h, dans l’après-midi à 13h, dans la soirée à 19h et parfois dans la nuit à 23h empêchant du coup les émissions, les titres en débat, la grande édition du journal de la mi-journée, l’intégrale et la rediffusion de l’émission les titres en débat la nuit », a fait remarquer pour sa part, Donklam Abalo, directeur de la radio tout en signalant également que « la fréquence est désormais brouillée en permanence dans l’indifférence presque totale  des autorités de la Haac ».

 La Haac dans l’incapacité ? 

Point besoin de rappeler la place qu’occupe depuis peu la radio Soleil Fm sur l’échiquier médiatique national. Sans risque de se tromper et selon les témoignages des uns et des autres, c’est la station radio la plus écoutée actuellement au Bénin. On peut certes  la taxer d’être une radio de l’opposition étant donné que son promoteur, Sébastien Germain Ajavon, s’est déclaré opposant au régime du Président Patrice Talon, mais il convient de reconnaître le professionnalisme dont font montre les journalistes exerçant sur cette station radio. Plus de quatre semaines déjà que la  fréquence de cette radio est brouillée, l’institution devant réguler les médias au Bénin semble être indifférente à cette situation qui expose pourtant dangereusement le pays.

Lors de sa sortie médiatique, l’ancien conseiller à la Haac, Irénée Agossa, a répondu à tous ceux qui estiment que la Haac ne disposerait pas les moyens technique nécessaires afin de détecter ou de localiser cette fréquence pirate.

« Au cours de ma mandature, la Haac a acquis un véhicule à plus d’un million de francs CFA pour cette mission et il n’y a pas d’argument pouvant justifier le contraire »

Irénée Agossa Ancien conseiller à la Haac

Mais après cette annonce, la Haac réplique en annonçant que ledit véhicule est en “panne depuis un an environ ». Il aurait donc fallu cette déclaration de l’ancien conseiller de cette institution pour que l’actuelle équipe signale au peuple tout entier que « le véhicule technique payé et commis pour cette tâche est en panne ». D’aucuns  qualifient l’inaction et surtout le silence de la Haac de  coupable puisqu’aucune action concrète n’est menée depuis la brouille de la fréquence par cette radio pirate.

« Si la Haac ne peut pas faire le travail, qu’elle se déclare incompétente et sollicite l’expertise de l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (Arcep) qui, sans nul doute, devrait disposer des moyens techniques nécessaires pour la détection de cette fréquence pirate qui s’est emparée de celle de la radio Soleil FM », a vivement souhaité Jean Kpoton, grogneur et faiseur d’opinion.

La Haac sur le banc des accusés

La fréquence de la  radio Soleil FM étant brouillée par une autre qui joue de la musique à longueur de journée, les auditeurs de cette radio sont privés des émissions et ne pourront pas avoir ainsi le droit à l’information et à écouter les médias de leur choix.

Dans la loi fondamentale du Bénin toujours en vigueur, il est stipulé à l’article 142 que « la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (Haac) a pour mission de garantir et d’assurer la liberté et la protection de la presse, ainsi que de tous les moyens de communication de masse dans le respect de la loi ».

Au vu donc de cet article et du dernier développement de l’actualité concernant les médias béninois (Soleil FM et Capp FM ndlr), on est en passe de se demander si la Haac accomplit constitutionnellement cette mission à elle assignée par le peuple béninois au cours de la conférence des forces vives de la nation tenue en février 1990.

L’inefficacité des efforts

 La situation de piratage qui embête depuis peu la radio Soleil Fm et ses dirigeants devrait interpeller chaque citoyen et tout acteur épris de paix et de la sécurité intérieure du pays. Pour l’instant et depuis lors, la radio pirate ne diffuse que des musiques gospel.

« Qu’arriverait-il si cette radio démarre avec des informations ou diffuse de fausses informations pouvant porter atteinte à la sécurité intérieure du pays ? » s’est interrogé le directeur de la radio, Donklam Abalo au cours d’un entretien exclusif accordé à nos  confrères du journal « Le Confrère de la Matinée ».

Une interrogation légitime que se posent d’ailleurs des millions de Béninois qui craignent que cette radio pirate soit, un jour, celle des milles collines du Rwanda.

Pour donc éviter de pareille chose au Bénin, les acteurs tant de la classe politique que de la société civile montent au créneau pour dénoncer cet état de chose dans un Etat pourtant démocratique où les libertés doivent être respectées.

C’est donc à travers une question orale adressée au gouvernement que le député Guy Dossou Mitokpè, élu sur la liste de l’Union fait la nation (UN) mais originellement du parti Restaurer l’espoir (RE) a interpelé le gouvernement. Une telle démarche suivant les dispositions des articles 102, 103 et 106 du règlement intérieur de l’Assemblée Nationale.

Le député invite, par cette question orale, le gouvernement à apporter des clarifications sur cette situation qui entrave la liberté d’expression dans un pays démocratique comme le Bénin.

A la suite de ce jeune député, le Front pour le sursaut patriotique (FSP). A travers des sorties médiatiques et surtout lors de la marche qu’a organisée ce conglomérat de partis politiques et d’acteurs syndicaux, les membres du FSP ont fustigé la situation et ont invité le gouvernement, à travers la Haac de prendre les mesures idoines afin que la fréquence 106 MHZ soit complètement et intégralement retournée à la radio Soleil Fm qui ne manque pas de remplir ses obligations contenues dans le cahier de charges signé avec cette même  Haac.

Dans cette lutte, certains acteurs politiques des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE) se sont prononcés pour toujours dénoncer cette manœuvre qui porte dangereusement atteinte à la liberté de presse dans le pays.

« Face à la situation qui prévaut à la radio Soleil FM, j’ai adressé un courrier au reporter sans frontière (RSF) et les institutions internationales afin d’attirer leur attention sur le danger qui plane sur le Bénin avec ce piratage des fréquences des radios dans le pays », a annoncé sur ses pages web, Léonce Houngbadji, président du Parti pour la libération du peuple (PLP).

« Dans cette épreuve, il faut saluer les efforts des instances faîtières de la corporation. L’Union des professionnels des médias du Bénin (UPMB), le Conseil national du patronat de l’audiovisuel et de la presse (CNPA-Bénin) ont également mené des démarches afin que la situation soit vite décantée. Mais malheureusement, elle n’a fait qu’empirer », a reconnu le directeur de la radio, Donklam Abalo.

Tout en restant optimiste et dans cet univers d’espérance, le directeur précise qu’il est impératif qu’on comprenne que la différence de l’autre nous enrichit et qu’il se battra pour que ceux qui n’ont pas les mêmes points de vue que lui  puissent  toujours s’exprimer puisqu’il estime qu’il s’agit juste d’une épreuve qu’il surmontera avec brio. « L liberté de presse à l’épreuve en République du Bénin et chaque acteur devrait s’en indigner », a-t-il conclu.  Mais pour l’heure, le piratage suit son cours.

1 commentaire
  1. Israël dit

    Le piratage de la fréquence de Soleil fm est un aveu d’échec de la rupture et une honte pour la démocratie et la république

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