Afrique : un regard dépassionné sur la crise politique au Togo

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Doctorant à l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin, Gérard Houenonlo est panafricaniste. Observateur averti de l’actualité, notamment internationale, il a une position apparemment centriste sur la crise qui secoue le Togo. Débutée à la mi-août suite à une marche, a priori pacifique, du Parti national panafricain (Pnp), parti d’opposition, la crise est loin de son épilogue. Dans les rues de Lomé, la capitale, et dans plusieurs autres villes du pays, l’opposition continue de manifester pour réclamer, désormais, le départ du président Faure Gnassingbé.

Dans cette interview qu’il a accordée à BENIN WEB TVM. Houenonlo analyse, de façon dépassionnée, les revendications de l’opposition, passe au scanner les déclarations du chef de l’Etat sur la responsabilité des violences et l’intervention de la communauté internationale sollicitée par l’opposition. Il propose une piste de sortie de crise en invitant le président Faure Gnassingbé à suivre l’exemple des présidents Edouardo Dos Santos de l’Angola et feu Mathieu Kérékou du Bénin qui ont, sans tambour ni trompette, procédé à une alternance pacifique à la tête de leurs pays en organisant des élections libres et transparentes à la fin de leur mandat. Lisez plutôt.

Bénin Web Tv : L’opposition togolaise exige aujourd’hui, le départ pur et simple du président Faure Gnassingbé du pouvoir. Est-ce pour vous une revendication légitime ?

Gérard Houenonlo : Avant de répondre à la question, je voudrais vous remercier pour cette opportunité que vous nous offrez de nous exprimer sur la crise togolaise. Pour revenir à la question, je pense que l’opposition togolaise est dans son rôle. Vous savez, dans tous les pays démocratiques, l’opposition est un maillon important pour la construction d’un Etat.

C’est en effet grâce aux critiques de l’opposition que le pouvoir réajuste sa gouvernance en vue du mieux-être et du développement. L’opposition joue donc son rôle en réclamant un certain nombre de réformes. Cependant, j’estime qu’on ne peut pas demander à un chef de l’Etat régulièrement élu de quitter le pouvoir avant le terme de son mandat constitutionnel.

Outre le départ du président Faure Gnassingbé, l’opposition réclame le retour à la constitution de 1992 qui prévoit un scrutin uninominal à deux tours et à la limitation du nombre de mandat à deux mais avec un effet rétroactif…

Je pense que la réforme constitutionnelle est une exigence légitime de l’opposition. Vous convenez avec moi, que la constitution actuelle comporte quelques lacunes et qu’il faille la retoucher. J’estime, par ailleurs, que la constitution de 1992 mérite d’être également passée au scanner pour que les imperfections soient retirées et que soient  prises en compte? les aspirations du peuple togolais. Et pour cela, il serait important que les Togolais, qu’ils soient de l’opposition ou du parti au pouvoir, se doivent de se retrouver autour d’une table de discussion.

Vous parlez d’un nécessaire dialogue entre Togolais. Mais pensez-vous que les conditions sont réunies pour un dialogue ?

Le président Faure Gnassingbé est, peut-être, sorti de ses gonds lors de cette tournée. Mais je le comprends. Imaginez-vous la réaction d’un commandant en chef qui envoie ses hommes sur un terrain pour encadrer une marche dite pacifique, mais voit ses éléments tombés les uns après les autres suite à des violences de ceux que ces hommes sont venus protéger.

La réaction du président quoique regrettable est pour moi compréhensive. Mieux, le président Faure Gnassingbé a posé un certain nombre de pas allant dans le sens de l’apaisement. Entre autres, la libération des manifestants arrêtés lors des marches violentes, la levée de restriction judiciaire de Jean-Pierre Fabre, le leader de l’opposition et surtout l’appel à un dialogue.

Parlant de ce dialogue l’opposition ne semble pas prête à accepter la main tendue du président Faure Gnassingbé. Au contraire, elle multiplie les manifestations dans les rues et récemment Tikpi Atchadam, lors d’une sortie sur Rfi, a appelé à l’intervention de la Communauté internationale, notamment de la France…

En tant que panafricaniste, j’ai été choqué par l’appel de Tikpi Atchadam. Alors partout sur le continent, nous réclamons la véritable indépendance, nous prônons des solutions made in Africa à nos différents problèmes, notamment en ce qui concerne la résolution des crises sur le continent, appelez à l’ingérence de la France est pour moi une injure au peuple togolais et au continent. S’agissant du dialogue, l’opposition, à mon sens, devrait accepter la main tendue du pouvoir et aller à la table de dialogue.

Vous êtes contre l’ingérence de la France, mais que pensez-vous des médiations sous-régionales notamment celle du président ghanéen qui a récemment envoyé des émissaires à Lomé. Pour vous, la solution pourrait-elle venir de là ?

Je salue l’initiative des dirigeants africains en vue de la résolution de la crise. Mais à la question de savoir si ces initiatives sont de nature à conduire à la sortie de crise, je suis un peu sceptique vu les positions des uns et des autres.

Contre l’intervention étrangère et sceptique sur les médiations sous-régionale, quelle est la meilleure porte de sortie selon vous ?

La meilleure porte de sortie de crise est celle qui passe par un dialogue entre Togolais. Au fond, le président Faure Gnassingbé est un développeur. Prenez le Togo d’il y a 20 ans et comparez-le au Togo d’aujourd’hui. Il y a beaucoup d’efforts qui ont été faits par le régime Faure. Le taux de croissance,  de 1,2% en 2005, est passé en 2016 à 4,9%. Les infrastructures routières et aéroportuaires sont construites.

Le nouvel aéroport de Lomé est l’un, sinon le plus moderne de la sous-région. La modernisation du port de Lomé, l’électrification, un  Fonds d’aide pour les jeunes sont nombres de réalisations du président Faure. Pour nous donc, le président Faure Gnassingbé fait beaucoup pour mettre son pays sur les rails du développement. C’est pour ne pas que tous ces efforts ne soient réduits à néant que je voudrais lancer un vibrant appel au président Faure Gnassingbé.

Monsieur, le président, vous êtes pour nous jeunes panafricanistes, un modèle en matière de développement. Vous êtes un homme du peuple. Pour l’amour du peuple et du pays dont vous avez maintes fois déjà  donné la preuve, nous vous invitons à sortir par la grande porte à la fin de votre mandat : Préparez une transition pacifique en organisant une élection juste et transparente à laquelle vous ne participerez pas en 2020. Laissez le pouvoir. Vous êtes très jeune et pour tout ce que vous avez déjà accompli à la tête du pays, nous sommes convaincus que, comme les Béninois avec le feu président Mathieu Kérékou qui a accepté de quitter le pouvoir en 1991 avant de revenir cinq ans plus tard, le peuple togolais saura vous retourner l’ascenseur.

Je voudrais également m’adresser à l’opposition.  Je voudrais inviter l’opposition à plus de responsabilité. Notre sous-région, déjà en proie à des actes terroristes – Aqmi au Mali, au Burkina-Faso, Boko Haram au Nigeria et Niger – n’a pas besoin de nouveaux troubles. Les violences lors des manifestations ne sont pas la solution. Attaquer et assassiner les militaires venus encadrer les manifestations, c’est pointer une arme sur soi. Vous avez désormais la liberté d’expression et de manifestation, chose impossible sous l’ancien régime, je vous invite donc à savoir raison gardée. Je vous invite également à répondre à l’appel du gouvernement pour une sortie de crise. Car, jamais un pays ne s’est construit dans la guerre.

16 avril 2018 - 22 avril 2018

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