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Bénin : Le vacarme des politiciens malgré le statut de l’opposition

Le Bénin a amorcé son renouveau démocratique en 1990 avec la tenue historique de la conférence des forces vives de la nation. Une conférence qui met le pays sur la voie de la gestion du pouvoir par le peuple et pour le peuple.  Comme l’exige le système démocratique, il urge que le statut de l’opposition soit clairement défini par le vote d’une loi à l’Assemblée nationale. Ce qui a été le cas en 2002.

Mais malgré le vote, la promulgation de cette loi et la prise de son décret d’application, les choses peinent à se concrétiser et le gouvernement Talon, au pouvoir depuis le 6 avril 2016, semble être allergique à tout ce qui touche à l’opposition.

 La République du Bénin s’est dotée de la loi N°2001-36 du 14 octobre 2002 portant statut de l’opposition. Aussitôt votée par les parlementaires de la 4ème législature, la loi portant statut de l’opposition en République du Bénin a été promulguée par le Président, feu Général Mathieu Kérékou la même année.

« une pleine et rapide application des lois répond à une triple exigence de démocratie, de sécurité juridique et de responsabilité politique ».

Mais il aurait fallu six (6) ans plus tard, soit en 2008 plus précisément lors du conseil des ministres du  19 novembre 2008 avant que le Président Thomas Boni Yayi n’adopte le décret N°2008-649 portant modalités d’application de la loi citée supra. Le retard qu’avait accusé ce décret d’application posait évidemment problème dans un Etat de droit et de démocratie pluraliste et par surcroît émergent. Comme le dit le politiste Kiti, « une pleine et rapide application des lois répond à une triple exigence de démocratie, de sécurité juridique et de responsabilité politique ». En terme clair, l’anomalie dénoncée par les politiques béninois étant corrigée depuis 2008, l’on se demande ce qui bloque une affirmation et un accompagnement, comme l’exige la loi, des personnes et organisations politiques se déclarant de l’opposition dans la République.

Sur cette question, le politologue Mathias Hounkpè avait fait une évaluation critique parue dans le numéro de l’hebdomadaire catholique « La croix du Bénin » au lendemain de la prise du décret d’application en 2008.

Le régime Yayi, en adoptant ce décret, entendait faire taire les cris parfois assourdissants de certains politiciens d’alors qui réclamaient à cor et à cri l’adoption dudit décret.

Le seul décret d’application prévu par le statut de l’opposition étant ainsi adopté par le gouvernement du Président Yayi en 2008, l’on devait dire qu’à partie de cet instant là, ne serait-ce que théoriquement, plus rien ne devrait encore faire obstacle à l’application complète et intégrale de cette loi sur le statut de l’opposition en République du Bénin.

Un statut de l’opposition au Bénin, pourquoi ?

 Le Bénin est l’un des pays les plus jeunes en matière de pratiques démocratiques puisqu’il s’essaie à ce système seulement à partir de 1990 contrairement à ces grandes nations démocratiques qui sont aujourd’hui des modèles et des pays cités en exemple. Et dans ce système démocratique, l’on est contraint de créer des conditions particulièrement favorables à un groupe de partis politiques sous la dénomination de partis de l’opposition parce que ces partis sont appelés à aider à l’amélioration du fonctionnement de la démocratie dans le pays.

Dans la loi  N°2001-36 du 14 octobre 2002 portant statut de l’opposition, il est clairement défini que ce statut est comme l’ensemble des règles juridiques permettant aux partis de l’opposition de : (1) critiquer le programme, les décisions et les actions du gouvernement ; (2) développer des programmes propres ; (3) proposer des solutions alternatives à la nation ; et (4) œuvrer pour l’alternance au pouvoir par voies légales.

Suivant donc ce statut voté, les partis qui la composent sont supposés contribuer à rendre plus transparente la gestion des affaires publiques, à réduire le coût de l’accès à l’information des citoyens, à rendre plus aisée l’opération des choix politiques par les citoyens  au moment d’une élection par exemple, éventuellement, à éclairer les gouvernants, surtout l’Exécutif, dans la prise de certaines décisions, à l’amélioration des politiques publiques mises en œuvre par l’Etat pour ne citer que celles-là.

Il est vrai que le statut, en l’état, regorge des insuffisances

Surtout celles liées à la quasi absence de distinction entre les différents espaces d’opération de l’opposition. En effet, l’opposition opère dans au moins deux espaces distincts : (1) la scène publique nationale et (2) le Parlement. Dans le présent statut avec son décret d’application, le flou persiste à ce niveau et les acteurs du droit ne se sont pas priés en les relevant. Mais hormis cet aspect en démontrant les insuffisances de cette loi sur le statut de l’opposition en République du Bénin, il y a la question de l’accès à l’information. La loi est restée incomplète sur cette question et des observateurs avertis se demandent depuis peu comment y parvenir sans les vraies notes informatives.

« En effet, pour ne reprendre que le contenu de notre statut de l’opposition, comment peut-elle critiquer le programme, les décisions et les actions du gouvernement sans disposer d’informations fiables sur la réalité des faits ? Comment peut-elle développer des programmes propres et proposer des solutions alternatives à la nation sans avoir des informations nécessaires sur l’état des affaires de la cité ? » se demande constamment le politologue Mathias Hounkpè dans sa réflexion.

Loin dans son analyse, le politologue fait remarquer « qu’il est clairement établi que l’opposition ne peut convenablement jouer aucun des rôles qui lui sont attribués sans un niveau d’accès raisonnable aux informations disponibles sur la gestion des affaires de l’Etat ». 

Difficile accès des opposants aux médias officiels

Se déclarer opposant à un régime présidentiel et y assurer en est un. Mais jouir pleinement des avantages que confèrent les textes et la législation en vigueur en la matière en est une autre. L’article 8 de la loi N° 2001-36 du 14 octobre 2002 portant statut de l’opposition stipule, « Conformément à l’article 142 alinéa 2 de la constitution, les partis politiques de l’opposition bénéficient d’un accès équitable aux médias officiels d’information et de communication. Ils jouissent de toutes les libertés publiques garanties par la Constitution ».

Suivant la loi Nº 90-32 du 11 Décembre 1990 portant Constitution de la République du Bénin, l’article 142  évoque que « la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) a pour mission de garantir et d’assurer la liberté et la protection de la presse, ainsi que de tous les moyens de communication de masse dans le respect de la loi. Elle veille au respect de la déontologie en matière d’information et à l’accès équitable des partis politiques, des associations et des citoyens aux moyens officiels d’information et de communication ». Des dispositions légales et constitutionnelles claires mais qui peinent à être effective au Bénin.

Il est donc évident que sans une bonne application de cette disposition – c’est-à-dire la disposition relative à l’accès équitable aux média d’Etat – de la loi, il est illusoire d’espérer ériger une opposition véritable et crédible dans une démocratie pluraliste.

En effet, à quoi sert-il d’apprécier les actions et programmes du Gouvernement et de formuler des critiques s’il faut les garder pour soi, si l’on n’est pas en mesure de les partager avec les citoyens qui ont le besoin et le droit de savoir ? Comment l’opposition peut-elle œuvrer à l’alternance sans avoir la possibilité, dans des conditions sérieuses, de partager ses points de vue sur la gestion des affaires de la cité telle la gestion du Gouvernement et les problèmes préoccupant les populations ?

Du régime Yayi à celui de Patrice Talon, le Béninois ne constate malheureusement que le même scénario en la matière.

Les politiciens sont, par tous les moyens officieux, interdits d’accès aux médias officiels afin de partager leurs points de vue sur la gestion du pouvoir en place. Dans un passé très récent, après la nébuleuse de la cocaïne « découverte » dans un des conteneurs de l’homme d’affaire Sébastien Germain Ajavon, celui-ci a de la peine à se prononcer sur les médias officiels du pays.

Malgré les démarches qui se sont soldées par la suite infructueuses, l’homme a dû se référer à sa propre chaîne de télévision Sikka TV le dimanche 15 avril 2017 afin de se prononcer sur l’actualité du pays. Au cours de cette sortie médiatique qui coïncidait avec celle du Président de la République sur la radio Rfi, Sébastien Germain a pris du recul, il a décidé urbi et orbi de laisser les affaires et de devenir un acteur politique.

Il s’est ainsi engagé à apporter son soutien à toute initiative qui contribue à la réduction de la pauvreté et au développement du Bénin. Non seulement il a été empêché de se prononcer sur une chaîne nationale officielle, mais cette sortie semble constituer la tasse quotidienne d’acharnement politique dont il fait objet depuis lors.

De l’autre côté, les militants et responsables de la coalition des Forces cauris pour un Bénin émergeant (FCBE), un conglomérat de partis politiques acquis à la cause du régime Yayi ne se contentent depuis lors que de leurs sorties médiatiques uniquement relayées par les médias privés sur fond de grosses factures communicationnelles.

Le gouvernement Talon n’est certes pas le seul à le faire mais le peuple aurait aimé voir ce régime de la rupture, du nouveau départ ou du Bénin révélé faire l’exception de ce qui a toujours été la bête noire du régime précédent.

Les cas sont légions puisqu’il convient même de signaler que les journaux ne traitant pas l’information selon la communication du gouvernement sont parfois interdits ou écartés dans les revues de presse sur ces stations pourtant du service public.

La gestion de l’accès équitable aux média officiels doit prendre en compte la logique fondamentale qui sous-tend l’idée même de l’existence de l’opposition dans une démocratie.

Accepter et créer des conditions spéciales pour l’activité des partis d’opposition, c’est reconnaître la possibilité de l’existence de plusieurs opinions valables sur les questions relatives à la gestion des affaires de la cité.

C’est reconnaître et accepter qu’en dehors du Gouvernement, d’autres groupes de citoyens, en l’occurrence les partis politiques de l’opposition, peuvent détenir des avis pertinents et utiles pour la détermination et la mise en œuvre des politiques publiques. Cela suppose donc que l’occasion doit être donnée aux citoyens, à chaque fois, d’entendre les différents sons de cloche.

En d’autres termes, l’accès équitable aux média officiels doit également vouloir dire qu’à chaque fois que le Gouvernement ou son Chef se prononce officiellement sur des questions majeures, l’opposition doit avoir la possibilité d’en faire autant dans des conditions bien déterminées. Mais, un tel état de chose n’est malheureusement ni la politique du régime Talon, ni sa vision des choses ou sur ce statut de l’opposition.

Il va sans dire aujourd’hui que des acteurs politiques, en leur rang respectif, se sont déclarés opposants au régime de l’actuel locataire de la Marina.

Mais, au lieu d’accepter la contradiction, conférer à ces acteurs les prérogatives légales et constitutionnelles, le gouvernement Talon se préoccupe, s’il convient de le dire ainsi, de la diversion et de l’occupation du peuple par des sujets de pacotille.

De la politique de diviser pour régner

La politique du Président Talon au sommet de l’exécutif béninois semble revêtir d’une particularité voire d’une exceptionnalité légendaire en ce qui concerne surtout la gestion et la cohésion des formations politiques sous son ère.

Depuis l’avènement de ce régime le 6 avril 2016, c’est un tsunami inédit qui s’observe dans le rang des acteurs politiques béninois. Que le gouvernement Talon l’accepte ou pas, le peuple béninois retiendra que c’est sous sa gouvernance que le pays a connu autant de destitution de maires en si peu de temps.

En douze (12) mois pour être plus précis, le pays a enregistré plus de douze (12) destitutions de maires de leurs fauteuils municipaux.

Au même moment, les formations politiques qui étaient jadis considérées comme des partis traditionnels aussi solides pour avoir résisté pendant tout ce temps aux intempéries politiques et au charivari des gouvernants respectifs, sont emprunts à de bouleversements et de naufrage qui risquent de les rayer de la carte politique du pays.

La politique du gouvernement Talon basée sur la ruse et faite avec de la rage ne s’inscrit, selon certains observateurs, aucunement dans la logique de ce statut d’opposition qui voudrait qu’il y ait des voix opposées et contraires à celles véhiculées constamment par le régime en place aux fins d’une communication sur ses actions.

La Renaissance du Bénin (RB) fondée par l’ex première dame Rosine Vieyra Soglo et que préside depuis peu son fils Léhady Vinagnon Soglo est sur un lit « d’hospitalisation » où il lui faudra une bonne dose de sérum injecté avant qu’elle ne renaisse. L’affaire étant toujours pendante devant la justice, l’horizon de cette formation politique est bien sombre.

Au même moment, le bateau du Parti social démocrate (PSD) du vétéran politique Bruno Amoussou tangue depuis peu et sa présidence âprement disputée entre l’aile Emmanuel Golou et Clément Ebo. Une scène qu’assiste presque impuissamment le père fondateur Bruno Amoussou taxé, à tord ou à raison, de complicité dans le « désordre ».

Des situations qui profitent malheureusement le gouvernement en place parce qu’il entend « diviser pour mieux régner ».

La mise en application des dispositions de cette loi et de son décret d’application permettra de franchir un nouveau pas dans la gouvernance au sommet de l’Etat et surtout dans les activités des acteurs politiques qui se déclarent opposant au régime Talon. Il est certes vrai que le climat ou l’environnement politique de l’heure ne favorise guère les choses, mais entamer et faire appliquer les textes à ceux qui s’y sont lancés réduirait les dérives du gouvernement Talon.

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2 commentaires
  1. Zinsou Dedonougbo dit

    votre analyse est peut-être pertinente mais les politiciens Béninois se sont mal pris.
    La liberté ne se donne pas mais s’arrache. Les fcbe, pourquoi vont-ils vont-ils tous à la mouvance ? ils ne s’affirment pas et comme tel, personne ne leur accordera de crédibilité. l’opposition est difficile et quand on a géré pendant 10ans, il faut accepter subir ne serait-ce pour 2 années les fruits de ce qu’on a semé.
    Le gouvernement de la rupture a fait beaucoup sans tapage et sans clientélisme.
    La seule erreur que je relève est la fusion police gendarmerie programmée pour début Janvier 2018.

  2. Zinsou Dedonougbo dit

    votre analyse est peut-être pertinente mais les politiciens Béninois se sont mal pris.
    La liberté ne se donne pas mais s’arrache. Les fcbe, pourquoi vont-ils vont-ils tous à la mouvance ? ils ne s’affirment pas et comme tel, personne ne leur accordera de crédibilité. l’opposition est difficile et quand on a géré pendant 10ans, il faut accepter subir ne serait-ce pour 2 années les fruits de ce qu’on a semé.
    Le gouvernement de la rupture a fait beaucoup sans tapage et sans clientélisme.
    La seule erreur que je relève est la fusion police gendarmerie programmée pour début Janvier 2018.

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