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“Vano Baby” : Provocation, Vulgarité et Buzz (une peinture de Florent Couao-Zotti)

Il a le physique de ces gens qu’on rencontre plusieurs fois sans jamais les reconnaître. Mince jusqu’à la transparence, toujours habillé de façon quelconque, Vano Baby (de son vrai nom Aurel Adjivon) est entré dans l’arène musicale par la provocation. Avec “azéto gbèdé” un son moyen articulé sur un texte où la surenchère le dispute à l’insolence, il a attiré l’attention du public par son habileté à se prendre pour ce qu’il n’est pas: une star du rap.

A l’endroit de de ses aînés et des principaux animateurs du genre au Bénin, il décoche des flèches, les traitant de “pédés” tout en leur demandant d’aller se rhabiller. Car il est “phénomène”, lui, un “sorcier vivant” (azéto gbèdé) qui débarque pour tout emporter sur son passage. Même, s’il se dit “né par accident” et que son papa n’a pas “fait auto-école”.

Ce jeune d’origine modeste qui maîtrise le fon urbain et en utilise les variations verlan, connaît parfaitement les codes de la communication à l’heure d’internet et sait, justement, en tirer bénéfice. Si le premier single lui a permis de s’affirmer ou de se faire connaître, le deuxième, “adigoué gboun gboun” l’a révélé comme artiste.

Car, ici, il s’agit d’un véritable tube, d’une musique charpentée avec des onomatopées “gboun gboun” scandées en synchronisation sur une note basse et une percussion grasse. Le synthé y est joué à fond, répétitif et tournoyant, donnant à l’ensemble un rythme joyeux et chaloupé.

Vano Baby parle de Fanny, une jeune femme dont le postérieur “gboun gboun” (énorme) reste le point d’ancrage de ses fantasmes. Des popotins que le chanteur transforme volontiers en oreiller, capable de lui assurer le sommeil du juste pendant cent ans; ou de mirador pour assister de loin au spectacle de “egun egun”.

D’ailleurs, les gâteries de la jeune femme ne se contentent pas de le projeter vers la félicité christique (“alleluia” s’écrie-t-il), mais dès qu’elle sort, des émeutes et des accidents s’enchaînent à son passage, surtout quand les conducteurs distraits jettent leurs regards sur ce fameux arrière-train.

En deux sons, deux impertinences, Vano Baby est devenu le nouvel héros de la jeunesse béninoise. Les parents d’élèves et enseignants ont beau dénoncer la vulgarité de ses mots et le contenu de ses chansons, il est plébiscité par la tranche dix–vingt ans et même considéré comme l’une des têtes d’affiche du rap béninois avec Blaaz et Fanicko.

Une génération qui semble avoir érigé la gouaille et l’obscénité comme mode de fabrique tout en mettant définitivement à l’ombre leurs aînés des années 2000, Ardies, H2O, Afafa. Vano n’est pas encore un phénomène. Il en est sûrement sur la voie.

1 commentaire
  1. Gigo dit

    Quand le domaine artistique d’un pays n’est pas organisé, voilà les genres de désordre auxquels on peut assister. Si un ministre en charge s’était levé pour refuser la mise en vente de cet album, des citoyens, des politicards sinon des politiciens de merde trouveraient que le gouvernement en fait de trop; même le préfet qui voit qu’il faut un rappel à l’ordre suite à son concert du week-end dernier est déjà décrié par des canulars de la république. Dites-moi, dans ces circonstances, pensez-vous que la culture du pays peut connaître de l’avancement? Je comprends maintenant pourquoi le gâteau de fonds d’aide à la culture vous tient si tant à cœur; je vois maintenant pourquoi vous ne voulez pas que cette vache et son lait vous soit suspendu… Honte à vous oui…

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