Balayage de rues au Bénin : un métier méprisé mais indispensable

Exercer une professionnelle pour sa survie et celle des membres de sa famille requiert une volonté et un engagement personnel. Que l’on soit un cadre du bureau, un commerçant de renommé ou un simple ouvrier de rues, la finalité est qu’on soit satisfait financièrement pour le gagne pain de sa vie. Nous faisons, dans cet article, une immersion dans le monde des balayeurs de rues pour mieux découvrir leur univers.

Sous  une pluie battante ce jeudi 6 juillet 2017, au milieu de la piste cyclable à la hauteur de Sèkandji, une localité situé à 10 km environ de Cotonou, Stanislas Avocè, 40 ans, avait son balai en main, la tête couverte par une casquette blanche et le visage recouvert d’un pagne blanc afin d’éviter d’inhaler les poussières que soulèvent ses mouvements de va-et-vient. Ces mouvements qu’il ne cesse de faire avec ses bras permettent de repousser le sable qui encombrait la chaussée qu’empruntent les motos à deux roues et les tricycles.

Dans son habit uniforme, le vert clair disposant deux bandes blanches étincelantes, Stanislas dit être embauché depuis près d’une dizaine d’année par une Organisation non gouvernementale (ONG). Père de quatre (4) enfants, l’homme dit ne pas se plaindre pour l’accomplissement de ses responsabilités parentales.

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« Le benjamin de mes enfants a été au Brevet d’étude du premier cycle (BEPC) cette année et j’arrive toujours à subvenir aux besoins de ma famille »déclare Stanislas tout fier de son métier.

Selon ses dires, son salaire, contrairement aux rumeurs qui circulent souvent sur eux et sur leur métier, dépasse largement le SMIG et même s’il n’est pas déclaré à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) pour une pension de retraite après, il dit avoir toujours bénéficié d’une assurance santé lui permettant de se soigner en cas de maladie ou autres désagréments sanitaires.

Il n’y a pas de sots métiers, dit-on souvent. Une phrase confirmée par ces hommes et femmes qui, balai en main, s’efforcent à rendre plus propres les rues de Cotonou. Nul ne conteste toujours l’immensité de cette tâche des balayeurs et balayeuses des rues et voies principales.

Longtemps banalisé par des gens voire même méprisé, ce métier enregistre de plus en plus de monde étant donné également que la tâche à accomplir ne cesse de s’agrandir dépassant les commis d’antan.

Si Stanislas, malgré la forte pluie qui s’abat, devrait faire son travail, nombre de ses compères opèrent soit au petit matin avant la levée du jour ou dans la nuit profonde. Des moments de travail qui n’est pas sans risques.

Un métier indispensable mais à haut risques

Il est 12h 15 mn ce mercredi 12 juillet 2017 au carrefour Saint Michel à Cotonou. Gangs jaunes couvrant ses mains, Roméo avait son balai et exerce allégrement son métier. A cette heure et comme d’habitude, la circulation est bien dense puisque la plupart des travailleurs devraient rentrer étant donné qu’il s’agit de la pause de l’après-midi comme l’exige le  code du travail au Bénin.

« Le panneau de signalisation indiquant qu’il y a un travail de dessablement en cours que je place à quelques mètres de ma position est souvent banalisé par certains usagers qui filent même à vive allure », s’indigne Roméo.

A ces heures de pointe, ces balayeurs de rues sont exposés à de risque surtout d’accident de circulation puisque concentrés tête baisée, ils n’arrivent plus à surveiller et éviter les conducteurs. En principe, ce sont ces derniers qui devraient faire attention à ces travailleurs. Mais hélas.

Jean, conducteur de taxi-moto communément appelé « zémidjan » au Bénin, a failli renverser, à plusieurs reprises ces balayeurs selon ses déclarations. Arguant que ces balayeurs oublient parfois de mettre des panneaux de signalisation, Jean affirme que des cas d’accident avec eux sont fréquents.

« J’ai été percuté, il y a quelques années,  par un véhicule qui roulait à vive allure et qui n’avait pas remarqué ma présence sur la chaussée. Je m’en suis sorti avec mon pied droit fracturé. J’ai eu de plâtre et ai fait plus de trois (3) mois au lit », témoigne Stanislas

Avec ces accidents et ce haut risque, les employeurs de ces travailleurs ont décidé, en accord avec les services de la mairie, la voirie, de ne travailler que tôt dans la matinée ou pendant les heures où la circulation est moins dense.

Paradoxalement, au lieu que des balayeurs respectent cette décision qui limiterait les risques d’accidents et autres sur la voie, préfèrent travailler en ces temps parce qu’ils, soutiennent-ils, bénéficient de geste financier de certains usagers.

Autre moment de risque pour ces balayeurs est la nuit. Pour éviter les risques d’accident dans la journée, certains  balayeurs préfèrent la nuit profonde pour leur boulot. Même si un calme est souvent constaté en ce qui concerne la circulation routière, des cas d’accidents sont également enregistrés d’autant plus que ces balayeurs opèrent dans le noir, parfois très profond.

Les rues et voies même principales étant si peu éclairées, les usagers ne disposant pas d’un bon éclairage avec leur moto ou véhicule percutent souvent ces balayeurs de rues.

Pour le directeur des balayeurs de rues de Cotonou, S. Yarou, « comme dans tout métier, il n’y a pas de risque zéro dans le balayage de rues ».

« Même si nous réussissons à nous échapper des cas d’accidents, nous sommes constamment confrontés à des injures, des mots orduriers et autres mauvais comportements surtout des zémidjans », se désole pour sa part Arlette, balayeuse à Cotonou.

Ce travail de balayage de rues est banalisé par des gens mais il constitue pourtant  une activité indispensable pour l’embellissement de la ville aux fins d’un meilleur cadre de vie aux populations.

Pour donc leur avenir, ces travailleurs demandent plus d’attention à leur égard et l’amélioration de leur condition de travail et de vie. Un geste si favorable qui améliorera également leurs efforts sur les rues toujours pour un environnement plus sain, plus propre et plus vivable.

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