Religion : La croyance à l’épreuve « du charlatanisme »

Le Bénin, terre de vodoun a connu l’invasion des religions importées et depuis, on note une augmentation exponentielle de ces confessions religieuses sous diverses formes. Au moment où les pratiques ancestrales du pays perdent du terrain au profit de ces religions importées, les responsables religieux s’adonnent à des pratiques peu recommandables en prêchant le blanc alors même qu’ils font le contraire de leurs enseignements.
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La République du Bénin est un pays laïc selon sa loi fondamentale du 11 décembre 1990 toujours en vigueur. Au nom donc de cette laïcité, des religions qui fleurissent dans le pays sont pratiquement dans chaque coin de la rue et ruelle. Arrivée au Bénin en 1861, l’église importée ou le christianisme a progressivement gagné le cœur des Béninois grâce à la mission de propagande et de conquête de fidèle qu’avaient mené les frères Capucins et Dominicains après l’échec de la Société des Missionnaires Africaines (SMA).

Au vue de cette prolifération dans le pays et en attente d’autres statistiques en la matière, celles en date de 2010  révèlent qu’il y a 30,4% de musulmans au Bénin (la partie septentrionale et le Sud-Est du pays ndlr). Le reste de la population est donc composé de 48,8% de chrétiens et 20,8% des adeptes de vodoun. La cohabitation pacifique de ces différentes confessions religieuses confère au Bénin un caractère spécial et le positionne comme exemple du dialogue religieux dans la sous-région.

« Le pasteur, à chaque fois qu’il touche quelqu’un lors de son homélie ou séance de prière, peu importe si vous êtes possédé ou pas, la personne entre en transe et s’évanouie quelques minutes plus tard »

Des fidèles au culte un dimanche dans une église évangélique

Mais comme dans toute entreprise humaine, tant que le nombre augmente, la concurrence s’installe et des moyens  sont déployés pour sortir non seulement son entreprise de l’ornière, mais également son image afin de s’imposer sur le « marché ». L’installation anarchique des religions sur le territoire béninois a donc ouvert les vannes à toute sorte de pratique et chaque responsable religieux se lance dans la course de sauve-qui-peut pour que se remplisse sa chapelle les jours de culte pour qu’il engrange, au finish, assez de sous.

Hortense est née dans une famille catholique. Elle y a passé toute son enfance y compris son adolescence. Une fois mariée, elle déclare avoir fréquenté pendant quelques années l’église catholique avant d’opter pour un autre chemin, mais toujours dans le christianisme. Agée aujourd’hui de 45 ans, elle se dit complètement dépassée par les pratiques du pasteur de son église.

« Le pasteur, à chaque fois qu’il touche quelqu’un lors de son homélie ou séance de prière, peu importe si vous êtes possédé ou pas, la personne entre en transe et s’évanouie quelques minutes plus tard », entame Hortense, fidèle d’une église évangélique à Cotonou.

Des séances et des pratiques du genre, on enregistre souvent lors des séances de prières et même de culte. « Au réveil, la personne se sent extrêmement fatiguée et le pasteur lui recommande des jours de prière, selon les cas, avec des offrandes à faire obligatoirement dans l’église », renchérit Jean, un autre fidèle de la même église.

Le cas n’est seulement pas unique dans cette église et ne lui est malheureusement pas spécifique. C’est un scénario qui court les rues et qui s’observe dans presque toutes les églises évangéliques qui, sous le couvert de la parole biblique, s’adonnent à des pratiques occultes.

Se mettant d’accord sur le principe, Albert confie qu’ils avaient visité un charlatan qui leur a préparé un talisman. « Il nous avait conseillé de l’enterrer devant la chapelle et de toujours l’éclairer avec la bougie rouge tous les 7 jours », martèle le sexagénaire aujourd’hui abandonné par ses proches.

En 2005, un samedi matin, raconte Albert, sexagénaire et responsable d’église évangélique, « le monsieur me rend visite et expose sa vision de la création d’une église évangélique dans le quartier ». Selon les dires de Albert, le visiteur revenait du Nigéria et aurait reçu des enseignements théologiques pouvant désormais lui permettre de propager la bonne nouvelle et de guider les hommes  sur la voie de Dieu, le Père.

Ce geste et cet objet mystique ont, en espace de quelques semaines, attiré des dizaines de fidèles et des gens de bonne volonté affluent l’église pour des actions diverses.

« Je l’avais cru parce qu’il m’a proposé président paroissial, donc premier responsable de l’église. Son premier bras droit en quelques sorte », signifie Albert. Aussitôt dit, aussitôt fait puisque la semaine qui a suivi cette rencontre, Albert et son « pasteur », avec l’aide des membres de leurs familles respectives, ont  aménagé un local pouvant leur permettre de se retrouver et de partager la parole de Dieu.

« Au début, ce n’était que les membres des deux familles et quelques enfants curieux et qui ont su échapper au contrôle parental », se rappelle aujourd’hui Albert, fils aîné d’une famille de sept (7) enfants à majorité athées.   Puisque les besoins de la paroisse vont grandissants, Albert avait proposé, selon ses dires, au pasteur « de faire recours à d’autres pratiques pouvant attirer plus de fidèles et de donateurs pour des gains plus consistants ».

Se mettant d’accord sur le principe, Albert confie qu’ils avaient visité un charlatan qui leur a préparé un talisman. « Il nous avait conseillé de l’enterrer devant la chapelle et de toujours l’éclairer avec la bougie rouge tous les 7 jours », martèle le sexagénaire aujourd’hui abandonné par ses proches.

Ce geste et cet objet mystique ont, en espace de quelques semaines, attiré des dizaines de fidèles et des gens de bonne volonté affluent l’église pour des actions diverses. « Le pasteur est devenu très adulé et ne cesse d’enregistrer des succès et des succès en matière de guérison et de désenvoûtement », témoigne Marguerite, ancienne fidèle de cette église.

Pasteur en pleine séance de prières de délivrance

L’espace initialement dédié à cette église est donc devenu, en moins de deux (2) ans, trop exigu pour contenir le flot de fidèles qui s’empressent chaque jour de culte pour se faire délivrer ou pour assister aux miracles de Dieu dans leur vie.

Loin d’Akpakpa, toujours dans la commune de Cotonou, à quelques encablures du stade de l’amitié Mathieu Kérékou à Kouhounou, était érigé un immeuble R+1. Les hommes et femmes, tous fidèles de cette église évangélique se rassemblent souvent les lundi, mercredi et vendredi pour des séances de prières et de délivrance et les dimanches pour des cultes. Le nombre impressionnant de fidèle qui fréquente cette église lui a conféré le titre des églises les plus fréquentées de la zone.

Délivrance, miracles, désenvoûtement, séances de prières, exorcisme, obtention du salut, tout était au rendez-vous et était si impressionnant « de façade » que tout être est tenté de faire le pas. « Mais hélas, on avait tous été floué par des mécanismes occultes d’un charlatan déguisé en pasteur et homme de Dieu », regrette amèrement Isidore, ancien fidèle de cette église.

Des objets mystiques souvent utilisés par des « faux pasteurs »

En effet, après quelques années de pratiques, le propriétaire de l’immeuble qui résidait à l’étranger est rentré pour utiliser son espace à d’autres fins. Il devrait alors démolir le bâtiment en place. Ce n’est qu’à cette étape que le pot au rose a été découvert. « Sous l’autel, il y avait deux serpents toujours vivants, des talismans et la devanture, des objets occultes et mystiques », raconte aujourd’hui Isidore qui, en résumant, signale que l’affaire avait été, en son temps, portée à la justice mais sans suite.

La face cachée des hommes de Dieu 

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