Bénin: que comprendre de la loi sur les collaborateurs externes adoptée par les députés?

Les députés à l’Assemblée Nationale, réunis en séance extraordinaire le vendredi 17 mars 2017 ont la prouvé la proposition de loi relative au recrutement des collaborateurs extérieurs. Avec 51 députés sur les 83, l’assemblée nationale donne quitus au gouvernement de procéder au recrutement des personnes extérieures ou étrangères lorsque le besoin se ferait sentir.

La bonne foi du gouvernement

Selon le gouvernement, cette proposition de loi « vise à améliorer la qualité et l’efficacité des prestations de services de l’administration centrale de l’état, des services déconcentrés, des administrations et institutions de l’état, des collectivités territoriales décentralisées et des établissements publics à caractère social, culturel, administratif et scientifique ou des établissements à caractère industriel ou commercial » et permettra de :

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  • recruter des cadres ayant des compétences de niveau élevé dans des domaines spécifiques ;
  • renforcer la capacité d’employabilité des demandeurs d’emploi en vue de les sortir du chômage de longue durée ;
  • combattre le sous emploi dans l’administration publique, les institutions de l’état ainsi que les collectivités territoriales décentralisées ;
  • réduire la pauvreté en assurant une cohésion sociale.

Par ailleurs, le gouvernement tient à rassurer que lesdits collaborateurs extérieurs ne seront ni agents permanents de l’état (APE) ni agents contractuels de l’état (ACE), encore moins, du personnel de l’Administration territoriale et ne pourront donc faire partie de l’effectif de la Fonction publique.

PROPOSITION DE LOI PORTANT RÉGIME GÉNÉRAL D'EMPLOI DES COLLABORATEURS EXTÉRIEURS DE L’ETAT

Une loi vue très mal vue par la société civile

C’est d’abord la la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin (CSTB) et la   Confédération des syndicats autonomes du Bénin (CSA-Bénin) qui sont très tôt montées au créneau pour donner de la voix. Pour le premier responsable de la Csa-Bénin, le Secrétaire général confédéral, Anselme Amoussou, « il faut éviter de rendre légale la dérèglementation du marché du travail ».

Position de la CSA-Bénin sur les deux propositions de lois en étude à l’Assemblée Nationale et relatives à l’embauche et au statut des collaborateurs extérieurs de l’Etat : Il faut éviter de rendre légale la déréglementation du marché du travail.

Dans la même optique, plusieurs députés ont également fait savoir leur désapprobation de cette loi. Pour le député Idrissou Bako, « cette loi va porter un coup sur le système éducatif du pays qui désormais peut ne pas adapter les formations aux besoins en compétence du pays, car la solution facile est là : la solution de recrutement des collaborateurs extérieurs […]. »

Elle est donc « inopportune, car tirant son fondement d’une situation conjoncturelle » conclut le député pour qui, « cette loi, (…) encouragera la délinquance économique et intellectuelle par le simple fait qu’un  agent non assermenté peut prendre des décisions au nom de l’État et qu’en fin de contrat, il se retrouvera de l’autre côté pour bénéficier des retombées des décisions que lui-même a prises. Cette loi favorisera le copinage dans l’appareil de l’État et dans la fonction publique au détriment de la compétition et de la compétence. »

pour l’honorable Valentin Djènontin qui a voté contre, on ne peut donc régler un problème conjoncturel par une loi. « Même si vous recrutez un médecin, un spécialiste, pour une mission spécifique, pour un temps limité que vous placez dans un hôpital, si c’est pour deux ans, à la fin des deux ans, vous ne pouvez pas l’enlever. Si vous l’enlever, quel est le problème que vous avez réglé? »

L’autre son de cloche vient de l’ancien conseiller du président Boni Yayi, Fred Houenou. A travers une courte publication, ce dernier estime que dans un contexte de chômage chronique de nos concitoyens une telle loi est anti-sociale. « En même temps je ne suis point étonné car après avoir parcouru les quelques lignes de la nouvelle constitution proposée par monsieur Talon , je n’ai pu m’empêcher de me convaincre que nous avons désormais à la tête de notre pays une bande sympathique de copains animés par le dessein d’assujettir les populations de notre pays. » fait remarquer Fred Houenou avant de conclure en disant : « Si nous les laissons faire , croyez-moi nous sommes partis pour une des plus grandes dictatures de l’histoire de l’Afrique » fera t-il savoir.

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