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Entretien avec Michel Gohou : “Il faut briser les frontières et supprimer les visas entre les pays africains”

L’intégration entre les peuples africains préoccupe l’humoriste ivoirien Michel Gohou. Venu à Cotonou dans le cade du Benin International Salsa Festival (BISAF), l’homme, dans un entretien exclusif accordé à la rédaction de votre journal, a déploré l’imposition et l’exigence des cartes visa avant l’entrée dans les pays africains. Aussi a-t-il souhaité la levée des barrières au niveau des frontières des pays africains pour une libre circulation des personnes et des biens sans trop de tracasseries douanières au niveau de ces frontières. Occasion également pour Michel Gohoun d’aborder les questions liées aux rumeurs le concernant avec la production de la série panafricaine « Ma famille », son entrée dans le groupe Canal+ et ses projets dans l’avenir. L’entretien.

 

Beninwebtv : Qui est Gohou au-delà de l’homme que nous connaissons à traves les écans ?

Michel Gohou : Gohou n’a pas changé, Gohou est resté tel qu’il est. Gohou est resté Gohou, voilà. C’est mon métier, je l’ai choisi depuis ma tendre enfance. Je reste moi-même, la tête sur les épaules. Je me suis fixé des objectifs et je suis en train de constater que je suis peut-être à mi-parcours. Mais on y va, c’est devant qui est intéressant. Allons-y seulement, comme le dirait l’autre.

 

On ne peut pas parler de Gohou, sans évoquer le personnage de la célébrissime série ‘’Ma famille’’. Aujourd’hui, que retenir de cette série après toutes les rumeurs qui ont eu cours ?

Ce qu’on peut retenir de Ma famille, c’est tout ce que vous avez vu. Et c’est à vous que je dois poser la question, moi je n’ai été qu’un simple acteur de Ma Famille. Pour ce qui a été l’élément révélateur de Michel Gohou, c’est les Guignols d’Abidjan. Les Guignols d’Abidjan étaient déjà connus longtemps avant Ma famille. Peut-être que Ma famille est venu ajouter un petit grain de sel. Mais en toute chose, quand ça commence, ça a une fin. ‘’Ma Famille » a été lancé, ça a fait son petit bonhomme de chemin, je crois que les gens l’ont apprécié à sa juste valeur. Nous sommes arrivés à un moment où on constatait des répétitions. Donc, la productrice a décidé d’arrêter et puis se faire une peau neuve. Ce qui a été fait. On a arrêté Ma Famille, ça fait des années maintenant. La reprise avait été annoncée, elle est effective. Les tournages ont commencé depuis, mais, pour le moment, je ne suis pas encore entré en lice.

 

 

Des rumeurs font état d’une brouille entre la productrice, Akissi Delta et vous. Qu’en est-il réellement ?

Il n’y a pas de brouille. C’est comme dans un foyer où l’homme et sa femme s’engueulent, mais vivent ensemble. Akissi delta et moi sommes des collègues avant de nous retrouver dans Ma famille. Donc, c’est tout à fait normal que de temps en temps, il y ait des prises de bec. Si la vision n’est pas la même, à un moment ça suscite des supputations, mais on finit par se mettre autour d’une table pour discuter, on arrive toujours à s’attendre sur notre désaccord, et puis l’accord vient et on continue notre bonhomme de chemin. Ce qui s’est passé entre temps a été un malentendu entre la productrice et quelques acteurs, mais tout est rentré dans l’ordre, et depuis, on a tous donné notre accord pour participer à la suite de Ma famille.

 

Les rumeurs disent que votre écartement du tournage de « ma famille », nouvelle formule, serait dû à cette brouille. Qu’en dites-vous ?

On ne m’a pas écarté, je fais partie du casting. Je devrais tourner déjà le mois passé. Le programme avait été fait quand j’ai perdu ma mère. Il fallait organiser les funérailles, et du coup, ma participation a été reportée automatiquement. Ceux qui disent que j’ai été écarté de la suite de « Ma Famille » ne sont pas dans la vérité. C’est moi qui vous dis que je suis dans le casting. Si je ne suis pas dedans, rien ne m’empêche de vous le dire. Je suis bel et bien distribué, le scénario est là mais je n’ai pas encore commencé le tournage. Et comme ça se tourne compartiment par compartiment, j’arriverai à tourner mes partitions, il n’y a pas de souci.

 

Quel regard portez-vous sur les décès et disparitions des acteurs de la série  que d’aucuns qualifient de mystérieux et mystiques ?

Malheureusement, nous sommes en Afrique où on voit toujours les choses d’un mauvais œil. Vous savez, chez les occidentaux on a connu des supers stars qui ont disparu, fauchés par la mort, mais personne n’a parlé de mysticisme. On les voit toujours comme une mort naturelle. C’est dommage qu’en Afrique, dès qu’il y a un décès, on voit une main lugubre derrière. La mort prend qui elle veut. C’est Dieu qui donne la vie, c’est Dieu qui la reprend. S’il décide d’arrêter ta vie aujourd’hui, Il l’arrête. Il n’a pas demandé ta permission avant de te la donner. Donc, ce qui se passe dans Ma famille, est naturel. C’est parce que c’est des personnes déjà connues que quand il y a un décès, ça fait du bruit. Aujourd’hui où je vous parle, quand vous rentrez dans des hôpitaux, il y a des malades qui ne sont pas des artistes. Vous entrez dans les morgues, vous verrez plein de corps. Et ce n’est pas que des artistes. Donc, qu’on arrête de dire que dans tel ou tel groupe, s’il y a des décès, c’est parce qu’il y a des mains lugubres, il y a la sorcellerie. Je pense qu’on doit voir mieux, on doit voir plus loin que ça.

 

Parlant de vous, comment a été votre intégration dans le groupe Canal + ?

Il faut reconnaître que celui qui tire la tête de cette émission, c’est Mamane. Mamane, c’est vrai qu’il est malhonnête, mais on est dedans, comme dirait ma sorcière bien-aimée, on est dedans, on avance. Mais c’est vraiment une association de malhonnêtes. Mamane est le premier, Digbeu suit, et c’est dommage que Charlotte N’Tamack soit parmi les malhonnêtes. Franchement, je suis le seul honnête parmi eux et on avance. On a connu Mamane en 2010 à travers ses rubriques à la radio. On s’est croisé à Paris, en France, lors de son émission + d’Afrique. Il nous a reçus sur le plateau avec Robert Brazza. On a vraiment communié, on a partagé de bons moments et c’est là que l’idée est venue de travailler ensemble. Il nous a dit « Je viendrai à Abidjan pour vous croiser et puis je vais vous présenter un projet. Si ça vous sied, j’aimerais travailler avec vous ». Après notre tournée, nous sommes revenus sur Abidjan et, effectivement il est venu. Il a étalé ses projets. Il fallait essayer quelque chose. C’était un challenge. J’étais dedans et voilà. C’est ce qui donne Le Parlement du rire, Abidjan capitale du rire, et bientôt Gondwana Tv.

 

Il paraît que vous êtes bien payé au Groupe Canal + et que vous vous moquez de vos collègues sur place à Abidjan et  refuse même de travailler avec eux. Que répondez-vous à ce sujet ?

(Rires). Est-ce que cela me ressemble, cette information ? Ça ne me ressemble pas du tout malheureusement. Moi je suis un homme, je respecte tous ceux qui sont en face de moi. Je n’ai de mépris pour personne. En toute chose, il y a un début. Moi, j’ai commencé difficilement. Je sais d’où je viens et quand je vois les gens qui se lancent dans ce métier et qui ont tous les problèmes, si je n’ai pas de possibilités pour les tirer vers le haut, je n’ai pas le droit de me moquer d’eux. Parce que c’est Dieu qui donne la gloire. Il te donne la gloire aujourd’hui et demain Il peut te l’enlever. Quand Il te donne la gloire, il faut savoir la saisir et partager avec les autres. Tu es au sommet, tu te moques de ceux qui sont en bas. Mais si Dieu te lâche demain, tu peux dégringoler plus bas que ceux que tu as laissés. Franchement, cela ne me ressemble pas du tout. J’ai reçu une éducation qui ne me permet pas de me comporter de cette manière-là.

 

Nous apprenons que Gohou se lance bientôt dans un projet de cinéma. Que comprendre de cette rumeur ?

Cette information est vraie, ce n’est pas des rumeurs. Effectivement, nous avons un projet de tournage de film avec Mamane. Ça s’appelle « Bienvenue au Gondwana ». « Bienvenue au Gondwana » a effectivement est tourné, fini, bouclé et nous avons eu la grande première au cinéma Majestic à Abidjan. Ça sort à Paris dans près de 200 salles de cinéma déjà programmées. « Bienvenue au Gondwana » est une production française. C’est un melting-pot d’acteurs français, africains. Parlant d’acteurs africains, il y a eu des congolais, des camerounais, des gabonais, des burkinabè, des nigériens, des togolais… Le tournage s’est passé dans de très bonnes conditions et le résultat, vous allez le voir bientôt, parce que le film va arriver ici aussi en promotion.

 

Quelle différence y a-t-il entre le petit et le grand écran ?

 

Avec le petit écran, on peut tourner avec les petits moyens. Les téléfilms, ça passe vite et sans grands efforts. Quand on parle de cinéma, les objectifs sont différents, parce que l’image qu’on projette se développe différemment. L’image du cinéma ne doit pas donne plus de grain et il faut tous les éléments nécessaires pour tourner. Et la caméra, et la lumière, et le son, rien n’est négligé. Par contre, pour le téléfilm, je peux placer ma caméra et profiter de la lumière du soleil et tourner. Au cinéma ce n’est pas pareil. Si tu le fais, on verra des grains sur les images.

Avez-vous des relations avec les artistes béninois ?
Bien sûr que oui ! J’ai déjà tourné des films ici avec Laha Productions. J’ai tourné dans un film avec Eric Dèdèwanou du Groupe H2O, même s’il vit en Hollande maintenant. On est resté de bons amis, et lors de mon mariage il est venu me soutenir jusqu’à Abidjan avec son ami Assomption. Je connais Zeynab, on s’est rencontrés plusieurs fois sur des plateaux de spectacles, je connais As de Pique. Je me suis quand-même fait pas mal d’amis ici. Il y a encore un frère, le président KPG, je ne sais pas si vous le connaissez. Voilà. Il y a de bons rapports entre nous.

 

 

L’actualité c’est aussi le décès de Marie-Louise Asseu. Une grande dame de la comédie africaine. S’il vous était demandé de lui rendre un hommage, que diriez-vous ?

 

 

C’est lourd quand-même. C’est lourd et compliqué à la fois de rendre hommage à Marie-Louise. Marie-Louise, je l’ai connue quand on se cherchait dans ce métier. On avait quand-même des objectifs à atteindre. On s’est fixé ces objectifs, on s’était dit qu’il fallait se donner les moyens d’y arriver. Avant même Les Guignols d’Abidjan, on se pratiquait sur les planches. On a vécu les difficultés des planches ensemble depuis les années 80. Nous avons monté des pièces de théâtre ensemble. Nous avons voyagé ensemble à travers les pays africains, même si à l’époque le théâtre ne payait pas beaucoup. Nous sommes même venus jouer ici, à Porto-Novo. Nous avons été au Burkina-Faso, au Niger, au Mali avec les pièces que nous avions montées avec Marie-Louise Asseu. Bonne comédienne, c’est une boule de scène aussi qui sait ce qu’elle veut. Avec les téléfilms, comme c’est une battante, elle a pu se faire de la place dans ce métier assez difficile. Aujourd’hui nous perdons une actrice de renom, une actrice extraordinaire. Mais, malgré ton talent, quand la mort arrive, elle arrive. C’est Dieu qui est au contrôle de tout ça. Il s’en fout de ce que tu es. Quand Il décide de te reprendre son souffle, Il le reprend. Nous restons dans la tristesse, nous restons vraiment les mains baissées, parce qu’on n’a pas d’autres possibilités, d’autres moyens. Si on pouvait la ressusciter, on le ferait mais on n’en n’a pas les moyens. Ce qu’on peut faire, c’est prier pour le repos de son âme, partout où on se trouve. Avant de monter sur scène, il faut avoir une pensée pieuse pour tous ceux qui ne sont plus de ce monde et qui ont vraiment lutté pour relever ce métier qui est assez compliqué, mais qui n’ont pas pu arriver jusqu’au bout.

 

Beaucoup partent pour manque de moyens financiers surtout. Ne pensez-vous pas que les dirigeants devraient réorienter leur politique sanitaire concernant les artistes ?

 

 

L’appel a été lancé. L’appel est lancé. Chaque jour que Dieu fait, nous lançons cet appel. Mais vous savez, c’est compliqué. C’est compliqué en Afrique. Quand on sait que l’art est assez compliqué, l’artiste c’est quelqu’un qui n’a pas sa langue dans la poche. C’est quelqu’un qui parle beaucoup. Il est capable de tirer à boulets rouges sur son bienfaiteur si ce dernier dévie. Et les politiques n’aiment pas beaucoup collaborer avec les artistes. Aujourd’hui c’est dommage, on est effectivement laissés à nous-mêmes. Mais à force de crier, il y a le Bureau ivoirien des droits d’auteurs qui a mis une assurance à la disposition des artistes, mais là encore, il faut se donner les moyens pour pouvoir s’assurer, parce que ce n’est pas gratuit. C’est vrai que le coût est revu à moitié. Ceux qui arrivent à joindre les deux bouts peuvent se l’offrir. Il y a des artistes qui n’arrivent vraiment pas à trouver le quotidien et payer le loyer est toute une histoire. On ne va pas demander à celui d’aller de prendre une assurance, même si elle est de 50.000. Ce n’est pas facile. Nous leur demandons de faire encore plus d’efforts pour pouvoir amener tous les artistes à s’assurer. Ça ne coûte rien à l’Etat d’assurer les artistes, à leur donner un statut d’artiste, et s’occuper vraiment d’eux. Parce que quand les politiques ont des problèmes, c’est les artistes qu’on appelle pour pouvoir les égayer. Et puis, quelque part, les artistes sont les ambassadeurs du pays. Quel que soit x, quand l’artiste sort, il sort avec le nom du pays. A ce titre-là, on lui doit respect et considération.

 

 

Votre mot pour conclure cet entretien ?

C’est dire à tous les lecteurs que je les salue. Je leur souhaite une bonne année 2017. Que cette année vienne avec tout le bonheur qu’on avait l’intention d’avoir les années précédentes. Que 2017 balaie toutes les calamités. Beaucoup de bonheur, c’est-à-dire la santé, les moyens et tout ce dont on a besoin de positif pour pouvoir avancer. La volonté seule ne suffit pas. Tant que Dieu n’accepte pas, c’est difficile. On prie Dieu pour que cette année 2017 soit l’une des meilleures années pour tout le monde, pour tous vos lecteurs, pour tous les africains. Serrons-nous les coudes, regardons dans la même direction, prions pour que nos gouvernants, nos politiques aient pitié de nous, pitié du peuple et se mettent autour d’une même table pour constituer l’Union africaine. Avec l’union africaine, on pourra construire une autre Afrique, mais si on part en rangs dispersés, on restera toujours sous l’emprise des occidentaux (je propose l’emprise des autres) qui viendront toujours pomper nos richesses au détriment de la population. Il faut que nos politiques se réveillent et qu’on regarde dans la même direction pour construire une nouvelle Afrique. Et que surtout, les frontières soient levées entre pays africains. Que l’africain ne soit pas obligé de payer le visa pour rentrer dans un pays africain. Je vous remercie.

 

Propos recueillis par Josaphat FINOGBE
Transcription : Flore NOBIME

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