Menace de retrait d’agrément de STTB : une bévue du ministre Hèhomey ?

Nommé ministre des infrastructures et des transports le 06 avril 2016 par le président Talon, Hervé Hèhomey menace de retirer l’agrément de la société Solutions Technologiques des Transports du Bénin (STTB) de l’homme d’affaire Jimmy Lassissi Afouhuncho, en violation des clauses du cahier de charges signé entre l’Etat Béninois et la société opérant dans le secteur portuaire du pays.

Une chasse aux sorcières ?

Le 3 Avril 2014 la société Solutions Technologiques des Transports du Bénin (STTB) de l’homme d’affaire Jimmy Lassissi Afouhuncho a débuté les réformes technologiques pour la gestion du trafic au port de Cotonou en vue d’améliorer sa compétitivité. Sélectionnée suite à un appel d’offres international et approuvé en conseil des ministres le 07 février 2014 la STTB a pour missions de désengorger le port et la ville de Cotonou en gérant les flux d’entrées et de sortie des camions gros porteurs au Port Autonome de Cotonou (PAC) et de proposer le suivi et la traçabilité de leurs parcours au sein et en dehors du port.

Mais dans une lettre de mise en demeure en date juillet 2016, le ministre des infrastructures et du transport, Hervé Hèhomey a notifié à la société STTB (Solution Technologique des Transports du Bénin) le retrait de son agrément pour motif de résultats insuffisants notamment en ce qui concerne la non-construction de parcs camion et la non-réalisation de centre de contrôle. Des motifs qui sont, selon le prestataires, non fondés et en déphasage avec les objectifs du cahier de charge signé entre le l’Etat béninois et la société.

Des explications du PDG de la STTB

Selon les explications du Président Directeur Général (PDG) de la STTB, Jimmy Lassissi Afouhuncho, le centre de contrôle mise en cause dans la lettre du ministre est fonctionnel, reconnu et apprécié des autorités aussi bien nationales, sous régionales et qu’internationales à l’instar de la présidente de la commission de l’Union Africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma ; le commissaire de l’Union Européenne aux affaires économiques, Pierre Moscovici ; les gardes côtes américains ; le président-maire Nicéphore Soglo pour ne citer que ceux-là.

Toujours selon les explications du PDG, la construction de parcs camions ne faisait pas partir du cahier de charge de la société. «  La volonté de construire le parc camion est manifesté par ma société. Nous avons les terrains, nous avons commis un entrepreneur de la place suite à une consultation. Les travaux sont estimés à 4 milliards et l’entrepreneur à perçu 1,3 milliards comme avance de démarrage. Il a démarré les travaux mais il est défaillant et l’affaire est portée devant les tribunaux. Nous ne pouvons plus continuer la construction de ce parc tant que cette affaire n’est vidée par la justice. » a-t-il fait savoir.

« J’ai expliqué au ministre Hèhomey avec preuve à l’appui toute la situation lors d’une audience qu’il m’a accordée le 07 juillet 2016. Je lui ai présenté d’abord les titres fonciers du domaine de ces deux parcs, le contrat qui me lie avec l’entrepreneur, l’avance de démarrage et l’attestation d’instance qui prouve que suite à la défaillance de l’entrepreneur, l’affaire est devant les tribunaux. Lorsqu’il a pris connaissance de tous ça, il a dit qu’il ne savait pas que nous traversons autant de problèmes. Il a pour finir dire que c’est tout juste pour un contrôle comme ils sont nouvellement arrivés ils veulent voir si les contrats entre les entreprises et le gouvernement sont respectés. » a-t-il ajouté.

Les exploits de la  STTB

Ayant pour mission principale la gestion des entrées et sorties du port de Cotonou à travers un centre de contrôle informatisé pour désengorger les artères de la ville de Cotonou et l’intérieur du port, la STTB a connu un succès fulgurant reconnu aussi bien par les responsables du port que par les usagers. En effet, grâce à ces prestations, le trafic (entrée – sortie) est passé de 300 camions par jour à 1.200 voire 1.300 camions avec en moyenne 8 heures dans l’enceinte portuaire contre 4 jours autre fois.

Ce qui a pour conséquence, la réduction du rade des navires de 6 voire 8 semaines à 5 jours avant l’accostage rendant ainsi le port plus compétitif en terme de célérité dans la gestion de trafics. Les performances de la STTB ont également permis de réduire le risque de piraterie maritime dans les eaux du Bénin, le rançonnement des conducteurs et le décongestionnement de la ville de Cotonou des camions gros porteurs en stationnement illicites.

A quoi joue donc le ministre Hèhomey ?

De l’avis d’un juriste, eu égard de ce qui précède, la lettre de mise en demeure du ministre Hèhomey est juridiquement irrecevable. A quoi joue donc le ministre Hèhomey ? Compte-t-il donc retirer l’agrément à la STTB pour le donner au plus offrant ? Veut-il aussi sa part du gâteau ou veut-il disposer d’un moyen de pression sur le prestataire ? Est-il en mission pour le président Talon qui prendrait bientôt le contrôle du port de Cotonou ? Pourquoi le ministre ne n’introduit-il pas une communication en conseil des ministres afin que des instructions soient données pour accélérer le dénouement du contentieux qui bloque les travaux de construction des parcs ? Quelles sont les réelles motivations du Ministre Hèhomey ? Autant de questions qui méritent de réponses.