Bénin : Le mandat présidentiel de Boni Yayi s’achève dans 5 jours.

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Le 6 mars prochain, au terme de ses deux mandats constitutionnels, le président Thomas Boni Yayi doit quitter son fauteuil présidentiel et passera le témoin à son successeur Patrice Talon. Après 10 ans de gestion du pouvoir d’Etat globalement Boni Yayi présente un bilan acceptable qui permet aujourd’hui au nouveau président élu de poursuivre les réformes indispensables au développement du Bénin.

Des avancées sociales

Beaucoup reconnaissent qu’il y a eu des avancées sociales sous Boni Yayi : gratuité de la césarienne, de l’école primaire publique pour tous, de l’enseignement secondaire seulement pour les filles, et le RAMU, régime d’assurance maladie universel.

Pour certains acteurs de la vie politique et économique, Boni Yayi n’a pas comblé les attentes des Béninois, qui se résument en un besoin de formation de meilleure qualité, d’emploi valorisant et de la nécessaire stimulation de la croissance de l’économie du pays pour faire face à la forte poussée démographique.

« Certes le Bénin a enregistré une croissance économique soutenue, de plus de 7% de 2011 à 2015. Mais cette croissance ne suffit pas à combattre la pauvreté. Car, elle est absorbée par la croissance démographique forte de 3,5% », a déploré Patrice Gbaguidi, économiste à Parakou.

Le problème de la corruption

Au premier plan des reproches, la corruption. « Elle a augmenté, affirme Soura. Avant, seul l’enfant était corrompu, maintenant c’est aussi le père et la mère ! Et pourtant Boni Yayi a marché contre la corruption au début de son premier mandat ! »

« L’administration est pourrie, déplore Tanguy. Si tu veux ta carte d’identité, si tu ne donnes pas d’argent, ça n’avance pas. Mais l’exemple n’est jamais venu dans haut. Il y a eu pleins de scandales mais pas de sanctions. »

Les Béninois citent l’affaire ICC-Services (du nom de cette structure de placements qui a ruiné des milliers d’épargnants en 2010), la Censad, les machines agricoles, la centrale électrique de Maria Gleta, et plus récemment le détournement de l’aide des Pays-Bas destiné à l’eau potable et à l’assainissement. « Aussi, il y a eu trop de tensions sociales et de grèves, dans les écoles, les hôpitaux, se plaint Marius. Le président voulait gérer sans écouter, et après il demandait pardon. »

Deux préoccupations : l’énergie et l’emploi

Si les infrastructures routières se sont considérablement améliorées, l’énergie est un problème car le Bénin reste dépendant, notamment du voisin nigérian. Serge, hôtelier, le vit au quotidien : « Ce mois-ci, les coupures d’électricité ont repris à Cotonou, on peut être sans courant pendant plusieurs heures. Sans courant, pas d’eau. Comment faire avec les clients ? J’ai dû acheter un groupe électrogène, mais c’est des frais. Le pays ne peut pas se développer dans ces conditions. »

L’emploi des jeunes est une préoccupation. Si le taux de chômage est faible, il cache la réalité du sous-emploi : on se débrouille pour vivre, notamment en travaillant dans l’informel, qui représente plus de 85% de l’économie. Moufid, 25 ans, diplômé en finance, vend des outils avec sa mère. « Mes parents ont fait des sacrifices pour que je fasse des études et me voilà, sans travail, dit-il. Le président a fait trop de promesses aux jeunes ! J’ai envoyé pleins de CV mais si tu ne connais personne de bien placé, tu n’as pas de boulot. »

La mise en œuvre des réformes et la politique politicienne ont-elles eu raison des intentions ? C’est ce que pense la commerçante Soura : « Le président a essayé. Mais je souffre plus que mes parents. » Pour Fayçal, architecte, « certaines initiatives ont laissé une partie de la population sur le carreau pour des raisons politiques, ethniques, ou régionalistes entre le nord et le sud. Les programmes n’étaient pas assez bien expliqués, du coup c’était vu comme du populisme. Je pense que la moitié a été réalisée et ça ne permet pas à une société d’émerger. »